- Le site historique de Sanofi à Maisons-Alfort, spécialisé dans la fabrication du Lovenox, pourrait être cédé au façonnier allemand Adragos Pharma.
- Une annonce qui suscite inquiétudes et réactions politiques, malgré les assurances du groupe pharmaceutique.
Après la cession de 50 % d’Opella, maison-mère du Doliprane, Sanofi poursuit sa réorganisation stratégique. Cette fois, c’est son site de production de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), actif depuis 1948, qui est sur la sellette. Selon ActuLabo, un média spécialisé, le site devrait être repris par Adragos Pharma, un façonnier allemand. La nouvelle a été communiquée en début de semaine aux représentants syndicaux.
Le site fabrique essentiellement le Lovenox, un anticoagulant injectable, à hauteur de 160 millions de seringues par an, distribuées dans 125 pays. Il emploie près de 600 salariés.
Une annonce "brutale", selon les élus
L’annonce a provoqué une vague de réactions au sein des instances locales. Dans un communiqué commun, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, et le président du conseil départemental, également maire de Maisons-Alfort et député de la circonscription, Olivier Capitanio, dénoncent une décision « brutale » qui « s’inscrit dans un abandon progressif par Sanofi de ses implantations départementales« .
Ils réclament une rencontre « dans les meilleurs délais » avec le repreneur supposé afin de « sécuriser l’avenir du site » et « garantir la continuité de la production et des emplois« .
Sanofi assure : "La fermeture est totalement exclue"
Face aux critiques, Sanofi tente de rassurer. « La fermeture du site de Maisons-Alfort est totalement exclue et tout est mis en œuvre pour construire un projet durable, qui assurera le maintien de l’activité et de l’emploi de cet établissement« , affirme le groupe dans un communiqué.
Une réunion extraordinaire des instances, réunissant la direction et les représentants du personnel, est prévue ce 1er juillet pour discuter du projet de cession.
Une activité en déclin, concurrencée par l’Asie
Le groupe explique cette décision par une baisse structurelle d’activité sur le site. Le Lovenox est aujourd’hui concurrencé par des médicaments similaires « produits notamment en Asie à des coûts moins élevés« . Sanofi souligne également que « les technologies du site ne sont pas transposables aux futurs produits biologiques » qu’il souhaite développer, notamment dans le domaine de l’immunologie.
Le groupe conserve toutefois une unité de production du Lovenox en Hongrie, à Csanyikvölgy, où les coûts de fabrication sont plus compétitifs.
Les syndicats peu surpris, mais inquiets
Du côté des syndicats, l’annonce ne fait que confirmer des inquiétudes déjà anciennes. « On se doutait qu’il y avait un risque sur Maisons-Alfort« , confie Fabien Mallet, représentant CGT. « Cela fait un an que la CGT réclame des investissements et qu’on ramène de l’activité. »
Il s’étonne toutefois que Sanofi envisage de céder un site qui produit encore des médicaments injectables : « Cela nous paraissait étonnant de vendre le site qui fabrique des médicaments injectables biologiques, alors que Sanofi veut devenir un ‘pure player’ biologique« , rappelle-t-il, en référence à l’ambition affichée du groupe de devenir un leader de l’immunologie.
Une stratégie de recentrage vers les biotechs
Cette cession s’inscrit dans une politique plus large de recentrage stratégique. Sanofi réduit ses activités dans les médicaments matures pour se concentrer sur les biotechnologies, l’immunologie ou encore l’oncologie. Le groupe a par exemple doublé la production d’anticorps monoclonaux sur son site de Vitry-sur-Seine, et investi 9 milliards d’euros en juin dans la biotech américaine Blueprint Medicines.
Auditionnée à l’Assemblée nationale le 13 juin, dans le cadre d’une enquête parlementaire sur la désindustrialisation, la présidente de Sanofi, Audrey Duval, a confirmé la possibilité de futures cessions : « À la date d’aujourd’hui, nous n’avons pas de fermeture en vue. Nous n’en avons pas eu depuis dix ans. Mais il faut dissocier les fermetures des cessions – qui peuvent ramener des investissements et sauvegarder des emplois. »
Le groupe insiste enfin sur le fait que « les sites vendus depuis dix ans n’ont jamais été fermés après leur mise en vente« .
