- À trois jours du vote de confiance du lundi 8 septembre, Olivier Faure a propulsé le Parti socialiste au cœur de la recomposition.
- « Volontaire » pour aller à Matignon, « à la disposition » du chef de l’État pour discuter « des conditions » d’un accord, il trace ses lignes rouges pendant que ses alliés comme ses adversaires affûtent leurs ripostes.
Le signal est venu de l’Élysée. Emmanuel Macron a convié, mardi, les chefs des partis de la coalition gouvernementale pour leur demander de « travailler » avec le PS, « pour élargir » son assise avant le vote du 8 septembre, « et le cas échéant après ». Le même soir, sur LCI, Olivier Faure s’est dit « à la disposition » du président pour discuter « des conditions » d’un nouveau gouvernement — en précisant aussitôt le cap :
« Nous ne voulons pas d’un gouvernement qui serait en même temps de droite et de gauche. »
L’offre Faure : gauche assumée, majorité « projet par projet », sans 49.3
Au cœur de la proposition socialiste, un triptyque : un gouvernement de gauche, une majorité « projet par projet » et l’engagement de ne pas recourir au 49.3. « Nous ne voulons pas d’un gouvernement qui serait en même temps de droite et de gauche », répète le premier secrétaire du PS, qui met en garde contre un attelage bancal. L’idée, martèle-t-il, est d’obtenir des avancées nettes sur la justice fiscale et les services publics, en s’appuyant sur des majorités d’idées plutôt que sur un bloc soudé artificiellement.
Jeudi 4 septembre, à la sortie de Matignon où il était reçu dans le cadre des consultations conduites par François Bayrou, Olivier Faure a maintenu son offre : les socialistes « censureraient l’exécutif » en l’état, mais « la proposition de gouverner tient toujours ». Et de renvoyer le président à ses responsabilités : « Dans le périmètre de la gauche qui veut gouverner, à lui de choisir quel sera le ou la Première ministre qui aura son agrément. »
Un « pacte de gouvernance » plutôt qu’une coalition classique
Dans l’entourage socialiste, on parle d’un pacte : Emmanuel Macron pourrait nommer un Premier ministre issu de son camp, tandis que le PS s’engagerait à ne pas censurer, à condition d’obtenir des inflexions visibles. « Les concessions doivent se voir », préviennent plusieurs cadres, échaudés par de précédents marchandages.
Le député Laurent Baumel fixe la barre : « qu’on puisse faire 20 milliards de recettes fiscales » ; il raille au passage les promesses minimalistes : « Il faut qu’ils se sortent de la tête qu’ils peuvent nous acheter avec deux carottes. » Hors de question, ajoute-t-il, de « négocier la politique du moindre mal ».
Des « bougés » chez les ex-majoritaires
Si François Bayrou rejette en bloc les candidatures et idées socialistes, d’autres au sein de l’ancienne majorité esquissent des ouvertures. Lors de sa rentrée, Gérald Darmanin a salué « un grand parti d’opposition responsable ». Yaël Braun-Pivet a, elle, conseillé d’abandonner la suppression de deux jours fériés et d’examiner « des ‘bougés’ sur les fiscalités sur les hauts patrimoines, engager des travaux sur les transmissions de patrimoines, il faut de la justice fiscale, il faut de la justice sociale ».
De son côté, Amélie de Montchalin juge possible de « discuter de beaucoup de choses avec les socialistes », notamment la justice fiscale et la taxe Zucman, tout en traçant une ligne rouge :
« repousser l’objectif des 3 % de déficit public de 2029 à 2032 n’est pas raisonnable. »
La droite en équilibre précaire
La semaine a aussi été marquée par une phrase de Laurent Wauquiez venue donner du crédit — au moins tactique — à l’hypothèse socialiste à Matignon. Le patron des députés LR assure que son groupe ne censurerait « ni un gouvernement PS ni un gouvernement RN » pour éviter « une instabilité catastrophique » après les échecs successifs des gouvernements Barnier et Bayrou.
« Tant mieux si Laurent Wauquiez dit qu’il ne censurerait pas ce gouvernement », réagit Olivier Faure, rappelant que « toute façon il n’y a aucune solution majoritaire » et que le PS a au moins « le mérite de présenter une offre ».
Mais à droite, la cohérence reste un défi. Sur X, Bruno Retailleau a aussitôt écrit : « Si un gouvernement socialiste devait mener une politique contraire aux intérêts de la France, le devoir de la droite serait de l’empêcher. » De quoi refermer la fenêtre qu’entrevoyait le PS ?
Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat, prévient en tout cas : « Il est hors de question qu’on siège avec Bruno Retailleau dans un gouvernement. » Le périmètre souhaité irait plutôt jusqu’aux « déçus du macronisme », à l’image du député Sacha Houlié, récemment passé chez Place Publique aux côtés de Raphaël Glucksmann. Et de résumer, côté PS : « pas d’union nationale, pas de LR, pas de macronistes ».
À gauche, LFI ferraille : « consternant »
Cette stratégie fait bondir La France insoumise. Jean-Luc Mélenchon juge « consternante » la mise « à la disposition » revendiquée par Olivier Faure. Manuel Bompard, coordinateur de LFI, enfonce le clou : « Olivier Faure déchire le programme du NFP et se met à disposition de Macron pour assurer la continuité du macronisme. Le 10 septembre, on préférera la lutte des classes à la lutte des places. »` Les insoumis posent leurs conditions : ils ne soutiendront un gouvernement dirigé par le PS que s’il défend « un programme de rupture ».
À trois jours du vote de confiance du 8 septembre, une chose est acquise : aucune majorité stable ne se dessine. Le PS joue sa carte, misant sur un pacte de gouvernance où la majorité se construit texte par texte. L’exécutif teste des bougés sur la fiscalité et les patrimoines, sans renoncer aux 3 % à l’horizon 2029. La droite hésite entre responsabilité et opposition frontale. Et la gauche se divise entre gestion et rupture.
