- Quatre jours après la condamnation de Nicolas Sarkozy dans l’affaire des financements libyens, la justice est sommée de se justifier.
- Face aux procès d’intention et aux menaces, le Parquet national financier martèle sa ligne : le droit, rien que le droit.
Sur RTL, Jean-François Bohnert, chef du Parquet national financier (PNF), assure n’avoir « pas de haine » contre Nicolas Sarkozy, condamné à cinq ans de prison avec mandat de dépôt et exécution provisoire dans l’affaire des soupçons de financements libyens de 2007. Alors que l’ancien chef de l’État dénonce une « volonté d’humiliation » et « toutes les limites de l’État de droit » franchies, les plus hautes autorités judiciaires et politiques fustigent les menaces visant la magistrate qui a prononcé la peine.
« Notre boussole, c’est le droit » : la riposte du PNF
Au micro de RTL ce lundi 29 septembre, Jean-François Bohnert balaie l’idée d’une justice animée par l’animosité : « Nous n’avons pas de haine à exprimer. Chacun peut penser ce qu’il souhaite en son for intérieur, mais nous, notre boussole, c’est le droit, c’est la règle de droit. »
« Je n’ai aucun compte à régler avec aucun homme politique », a t-il martelé.
Face aux critiques de l’ancien président, le chef du PNF appelle à la mesure : « On va un peu trop loin », dit-il, rappelant l’ampleur du travail judiciaire accompli :
« Avant d’en arriver au jugement, il n’y a pas moins d’une centaine de magistrats qui s’est penchée sur le dossier du financement libyen de sa campagne. »
Un verdict lourd et des suites immédiates
Après plusieurs mois de procès, le tribunal correctionnel de Paris a condamné, jeudi 25 septembre, Nicolas Sarkozy à cinq ans d’emprisonnement, assortis d’un mandat de dépôt et de l’exécution provisoire, pour association de malfaiteurs. Il est reproché à l’ex-chef de l’État d’avoir « laissé ses plus proches » collaborateurs démarcher la Libye de Mouammar Kadhafi pour financer la campagne victorieuse de 2007.
L’ancien président fait appel, mais cette démarche ne suspend pas la mesure : il est convoqué le 13 octobre pour connaître la date d’incarcération. Dans les colonnes du Journal du Dimanche ce samedi, Nicolas Sarkozy contre-attaque : sa condamnation violerait « toutes les limites de l’État de droit ».
« Il y a juste la volonté d’humiliation. Si je dois dormir en prison, je dormirai en prison, mais je ne reconnaîtrai jamais quelque chose que je n’ai pas fait », affirme-t-il, continuant de clamer son innocence.
Menaces contre la juge : l’État réagit, la justice ripostent
Depuis l’annonce de la peine, la présidente du tribunal est la cible de menaces de mort et de cyberharcèlement. Deux enquêtes ont été ouvertes vendredi par le parquet de Paris et confiées au Pôle national de lutte contre la haine en ligne.
Le président Emmanuel Macron dénonce des actes « inadmissibles » et rappelle que les décisions de justice « peuvent être commentées ou critiquées dans le débat public mais toujours dans le respect de chacun ».
« L’État de droit est le socle de notre démocratie. L’indépendance de l’autorité judiciaire, son impartialité comme la protection des magistrats qui la rendent, en sont les piliers essentiels », insiste-t-il.
« C’est inacceptable » : un électrochoc réclamé par la juridiction parisien
Invité de France Inter, le président du tribunal judiciaire de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban, hausse le ton : « C’est inacceptable et ça devrait être un électrochoc dans notre pays », après les menaces visant la magistrate.
Il trace deux lignes rouges : « Vous avez le droit de dire qu’une décision aurait dû être motivée autrement et que la peine est inadéquate. En revanche, il y a deux limites : le discrédit ou l’opprobre jeté sur une décision de justice. Discréditer un juge, c’est une atteinte à l’État de droit. Et par ailleurs, ce qui est intolérable, c’est lorsqu’on en arrive à des menaces de mort. »
Et de souligner la solidité de la décision : des débats de qualité, un délibéré minutieux et « 400 pages » de jugement.
Mandat de dépôt et exécution provisoire : ce que dit la pratique
Très critiqué par une partie de la droite et de l’extrême droite, le mandat de dépôt n’a rien d’inhabituel, rappelle Peimane Ghaleh-Marzban : il « est quelque chose qui est utilisé massivement dans nos juridictions ». Pour Nicolas Sarkozy, la juridiction a retenu un effet différé, justement pour « tenir compte de la situation professionnelle de Monsieur Sarkozy ».
Le magistrat rappelle aussi la gravité des faits : l’association de malfaiteurs est « une infraction d’une gravité exceptionnelle ». « De manière habituelle, les menottes auraient dû être passées à la barre à Monsieur Sarkozy », ajoute-t-il, avant de glisser : « J’ai l’impression que les uns et les autres découvrent la réalité de la justice de notre pays. »
