- La justice a prononcé ce jeudi la liquidation judiciaire du groupe d’électroménager Brandt, placé en redressement début octobre.
- Dernier grand fabricant d’électroménager en France, le groupe laisse derrière lui plus de 700 salariés et deux bassins d’emploi profondément fragilisés.
Fleuron historique de l’industrie française, Brandt n’a pas été sauvé malgré un projet de reprise en Scop porté par les salariés et soutenu par les collectivités et l’État. Il manquait 5 millions d’euros pour convaincre le tribunal, entraînant la suppression de plus de 700 emplois et déclenchant une vague d’indignation chez les élus, les syndicats et les représentants des petites entreprises.
Une reprise en Scop rejetée par le tribunal
La décision est tombée ce jeudi : le groupe Brandt est placé en liquidation judiciaire, scellant le sort de ce pilier de l’électroménager français. Le tribunal des affaires économiques de Nanterre n’a pas retenu le projet de reprise en Scop (société coopérative et participative) porté par les salariés, en partenariat avec le groupe Revive.
Ce projet, présenté comme une offre de la dernière chance, aurait permis de sauver au moins 300 emplois sur les près de 700 que compte Brandt en France. Il avait reçu ces derniers jours un large soutien des pouvoirs publics et d’une majorité de salariés, déterminés à maintenir une production d’électroménager “made in France”.
Un plan de financement solide… mais incomplet
Pour relancer l’activité, les experts estimaient qu’il fallait réunir entre 20 et 25 millions d’euros. Grâce au soutien de l’État, à hauteur de 5 millions d’euros, complété par des sommes du même ordre apportées par la métropole d’Orléans et la région Centre-Val de Loire, un total d’environ 15 millions d’euros avait été assemblé.
Mais cet engagement n’a pas suffi. Selon les défenseurs du projet, il manquait 5 millions d’euros pour finaliser la reprise et rassurer le tribunal sur la solidité financière du plan.
« On a vraiment fait tous les efforts côté salariés, côté collectivités territoriales. Tout le monde a joué le jeu. Il manquait pour le tribunal 5 millions d’euros. On peut légitimement pointer aussi la responsabilité des banques dans cette affaire », regrette Christophe Marion, député Renaissance du Loir-et-Cher
Le parlementaire juge la décision « difficile à admettre », estimant que le dossier était « solide », même « s’il y a toujours une prise de risque ».
“On est en train de tuer des marques françaises” : la colère des élus
La disparition de Brandt suscite une vive émotion chez les élus, qui y voient le symbole d’un savoir-faire industriel français sacrifié. « On est en train de tuer des marques françaises, du savoir-faire français. Ce n’est vraiment pas admissible », dénonce Christophe Marion, jeudi 11 décembre sur franceinfo.
Ancien maire de Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), où se trouve le service après-vente du groupe, le député connaît bien les équipes :
« La désillusion est énorme. Je pense à eux aujourd’hui, à l’approche des fêtes de Noël, à l’approche de la fin de l’année : recevoir une lettre de licenciement, c’est absolument terrible. »
Le président de la région Centre-Val de Loire, François Bonneau, parle lui de véritable choc industriel : « C’est une terrible nouvelle, un choc et un coup très dur porté à l’industrie française », réagit-il auprès de l’AFP, évoquant un « traumatisme » pour les quelque 700 emplois du groupe supprimés après cette décision du tribunal des affaires économiques (TAE) de Nanterre.
L’État “profondément attristé” par la liquidation
À Bercy, la réaction mêle tristesse et sentiment d’impuissance. Le ministère de l’Économie déplore la disparition d’un « fleuron français », malgré les efforts consentis pour éviter ce scénario. Sur Bluesky, le ministre Roland Lescure rappelle l’ampleur de la mobilisation publique, insistant sur le fait que « nous avons fait feu de tout bois en soumettant 5M€ de soutien pour permettre une reprise ». Il souligne également que « les collectivités se sont aussi mobilisées », mais que, malgré cela, « les autres acteurs indispensables n’ont pas souhaité se positionner pour sauver Brandt« .
Pour le ministre, cette issue marque un moment particulièrement douloureux : « Chaque fermeture d’usine est un déchirement pour les salariés, les familles et tous ceux qui ont fait vivre un savoir-faire industriel. » Il assure enfin que « l’État sera extrêmement mobilisé pour accompagner les salariés dans cette douloureuse étape ».
Roland Lescure et le ministre délégué à l’Industrie Sébastien Martin martèlent le même message : l’État a fait sa part, mais “les autres acteurs indispensables”, en particulier les investisseurs privés et les établissements financiers, n’ont pas suivi.
Deux usines fermées, deux territoires fragilisés
La liquidation de Brandt est une catastrophe sociale pour les salariés, mais aussi un séisme économique pour deux bassins d’emploi : l’usine située près d’Orléans, dans le Loiret et celle de Vendôme, dans le Loir-et-Cher.
Au-delà des 700 familles directement touchées, c’est tout un écosystème local qui vacille : sous-traitants, prestataires, commerces de proximité, artisanat.
Sur BFMTV, Michel Picon, président de l’U2P, alerte sur l’effet domino : « C’est tout le tissu économique de la ville et de la zone, de la région qui est touché, les commerces, bouche, les petites entreprises, les petits artisans. »
Selon lui, cette faillite s’inscrit dans un contexte plus large de fragilisation des entreprises : « Ça ne vient pas de nulle part, quand on dit qu’il faut encore taxer les entreprises, après il ne faut pas s’étonner que les entreprises soient en difficulté et qu’on n’arrive pas à les sauver », dénonce-t-il.
Le représentant des petites entreprises pointe également : « la concurrence internationale face à laquelle on ne sait pas se protéger » et « le coût de production et le coût du travail qui est trop élevé dans notre pays ».
Le dernier fabricant français d’électroménager tire sa révérence
Brandt était présenté comme le dernier fabricant d’électroménager en France, ce qui donne à cette liquidation une portée symbolique considérable. La fermeture du groupe marque la disparition d’un acteur historique de l’équipement ménager, l’extinction d’un savoir-faire industriel français reconnu, et un nouvel épisode de la désindustrialisation qui touche l’Hexagone depuis plusieurs décennies.
Alors que le gouvernement affiche sa volonté de réindustrialisation et de souveraineté économique, la liquidation de Brandt met en lumière les difficultés persistantes à maintenir des sites de production compétitifs face à une concurrence internationale féroce, à des coûts de production élevés et à une financiarisation accrue des décisions industrielles.
