- Daniel Kretinsky passe à l’offensive sur Fnac Darty. Déjà détenteur de 28,5% du capital, le milliardaire tchèque lance une OPA pour franchir le cap des 50%.
- Une opération saluée par le conseil d’administration, sur fond de recomposition actionnariale et d’arrivée possible de JD.com via Ceconomy
Daniel Kretinsky veut verrouiller sa position au sein de Fnac Darty. Vendredi, l’homme d’affaires a informé le conseil d’administration de son intention de mener une opération « amicale » via une offre publique d’achat destinée à lui permettre d’atteindre 50% du capital. À ce jour, il détient 28,5% des parts du groupe via Vesa Equity Investment, filiale de son entité EP Group.
L’entreprise a officialisé l’opération lundi 26 janvier dans un communiqué : « Le conseil d’administration de Fnac Darty a unanimement accueilli favorablement l’offre », indique le groupe. Une prise de position rare, qui traduit la volonté de la direction de sécuriser un actionnariat de référence dans un secteur sous pression.
36 euros par action et 230 millions d’euros à remettre « au pot »
Le prix proposé par Daniel Kretinsky s’établit à 36 euros par action. Selon Les Echos, cette offre correspond à une prime de 19% par rapport au cours actuel, et de 26% par rapport au cours moyen des trois derniers mois. Pour mener l’opération à son terme, l’investisseur pourrait devoir remettre 230 millions d’euros au pot, une enveloppe destinée à racheter suffisamment de titres pour franchir la barre de la majorité.
Dans l’immédiat, l’enjeu est clair : transformer une position d’actionnaire influent en un contrôle effectif, avec la capacité d’orienter durablement la stratégie de Fnac Darty, de ses investissements à ses priorités e-commerce.
Le facteur JD.com : une recomposition actionnariale qui inquiète
Derrière l’OPA, un autre dossier pèse : l’arrivée potentielle d’un nouveau géant du commerce en ligne dans l’actionnariat. Le deuxième actionnaire, l’allemand Ceconomy (21,9%), voit sa participation « en passe d’être reprise » par le numéro 3 chinois du e-commerce, JD.com.
Une perspective qui, selon plusieurs observateurs, pourrait expliquer l’empressement de Daniel Kretinsky à consolider sa main. D’autant que l’État a déjà cherché à baliser le terrain : Bercy a négocié en novembre, via un « accord supra-légal », l’engagement de JD.com de ne pas monter davantage au capital et de ne pas intervenir dans la gouvernance du groupe.
Suffisant pour rassurer ? Manifestement pas totalement, si l’on en juge par la volonté de Kretinsky de sécuriser une majorité.
Un empire en expansion entre énergie, distribution, édition et médias
L’offensive sur Fnac Darty s’inscrit dans une stratégie plus large. Daniel Kretinsky est désormais présent dans de multiples secteurs clés.
Dans l’énergie, il s’apprête à devenir l’un des principaux actionnaires de TotalEnergies. Le groupe dirigé par Patrick Pouyanné, qui veut produire davantage d’électricité, a annoncé en novembre prévoir de s’allier avec Daniel Kretinsky pour créer une coentreprise de production d’électricité en Europe de l’Ouest.
Dans la distribution, le milliardaire a marqué les esprits avec Casino, groupe qu’il a repris en 2023. Il est aussi un acteur de l’édition via Editis, numéro deux du secteur en France, qui compte notamment Delcourt, Philéas, Kurokawa et Kotoon. Enfin, il possède des parts dans les médias via CMI (Czech Media Invest), propriétaire de plusieurs titres et marques dont Ouest-France, T18 et Télé 7 Jours.
Si l’OPA aboutit et permet à Daniel Kretinsky d’atteindre ou dépasser 50% du capital, Fnac Darty entrerait dans une nouvelle phase : celle d’un groupe doté d’un actionnaire majoritaire, capable de trancher plus vite sur les choix structurants — stratégie omnicanale, investissements numériques, alliances et expansion.
