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mercredi, avril 15, 2026
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Défense française : feu vert de Bercy au rachat de LMB Aerospace par l’américain Loar Group

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  • Équipementier clé de la défense française, LMB Aerospace, installé en Corrèze et présent sur des programmes majeurs comme le Rafale, les SNLE ou le porte-avions Charles-de-Gaulle, va passer sous pavillon américain.
  • Révélée mercredi 28 janvier, la vente à Loar Group a été autorisée par le ministre de l’Économie Roland Lescure, contre l’avis de la Direction générale de l’armement (DGA).
  • L’État assure avoir imposé des conditions « extrêmement strictes » et promet un « suivi rapproché », tandis que l’opposition dénonce une atteinte à la souveraineté.

   Spécialisée dans la fabrication de moteurs et de ventilateurs électriques, LMB Aerospace fait partie de ces entreprises discrètes mais essentielles à la base industrielle et technologique de défense française. Implanté en Corrèze, l’équipementier équipe notamment l’avion Rafale de Dassault, les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de Naval Group, le char Leclerc ainsi que le porte-avions Charles-de-Gaulle.

Un positionnement stratégique qui explique pourquoi son changement d’actionnariat était scruté de près dans le cadre du contrôle des investissements étrangers en France.

L’opération a été dévoilée par le média La Lettre ce mercredi 28 janvier : LMB Aerospace va « passer sous pavillon américain », après la validation du rachat par Loar Group par le ministre de l’Économie Roland Lescure.

Selon les informations rapportées, cette décision a été prise contre l’avis de la Direction générale de l’armement (DGA). Ce service rattaché au ministère des Armées proposait, en juillet, de conditionner l’opération « à l’entrée de Bpifrance à son capital comme actionnaire minoritaire », assortie d’un siège au conseil d’administration.

L’idée : garantir un levier d’influence publique sur un acteur jugé sensible. Mais Roland Lescure « a donné son feu vert » à la vente sans l’entrée de Bpifrance. De son côté, Loar Group a déclaré aux États-Unis avoir acquis « 100 % des actions et des droits de vote » de l’entreprise française.

« Conditions extrêmement strictes » : Bercy promet un contrôle renforcé

Face aux interrogations, le gouvernement confirme avoir autorisé le rachat et assure qu’un « suivi rapproché » sera mis en place pour « protéger les intérêts nationaux ».

Le ministère de l’Économie affirme que l’opération a été examinée dans les règles : « L’opération de rachat de l’entreprise LMB par le groupe Loar a fait l’objet d’un examen exhaustif et rigoureusement détaillé dans le cadre de la procédure de contrôle des investissements étrangers en France, en coordination avec les ministères compétents », assure Bercy.

Le ministère insiste sur la rigueur des exigences encadrant l’opération.

« Cette opération n’a pu être autorisée qu’assortie de conditions extrêmement strictes et permanentes pour protéger les intérêts nationaux et garantir notamment la pérennité des activités de LMB en France », a t-on appris  auprès de Bercy.

Parmi ces engagements figurent notamment un « maintien en France » des activités ainsi qu’une « modernisation des capacités industrielles, indispensables à la poursuite des activités stratégiques de LMB », précise le ministère de l’Économie.

 Deux conditions auraient ainsi été posées « sur la table » : un « maintien en France » de l’activité ; une « modernisation des capacités industrielles, indispensables à la poursuite des activités stratégiques de LMB ».

 Autre garde-fou mis en avant : l’État fera l’acquisition d’une « action de préférence » via l’Agence des participations de l’État au sein de LMB, « lui donnant un important pouvoir de contrôle sur les actifs de LMB ».

Bercy conclut par un avertissement aux investisseurs : « Tout manquement aux conditions imposées dans le cadre du régime de contrôle des investissements étrangers en France expose l’investisseur concerné à des sanctions sévères ».

Souveraineté : la vente déclenche une opposition politique

Au-delà du dispositif annoncé par l’exécutif, plusieurs responsables politiques dénoncent une perte de souveraineté industrielle et stratégique.

Jean-Luc Mélenchon affirme que si « un gouvernement insoumis » venait à arriver au pouvoir, il « vérifierait toutes les autorisations et saisirait autant que nécessaire la Cour de justice de la République pour ce genre de cession plus que discutable à l’adversaire USA ».

« D’ici là, la justice pourrait se saisir elle-même comme elle le fait contre les insoumis pour apologie du terrorisme et autre », ajoute le fondateur de La France insoumise. La députée LFI Aurélie Trouvé qualifie, elle, le rachat de « suicidaire ».

Le président du RN Jordan Bardella fustige, lui, « les macronistes qui approuvent la vente d’un actif stratégique au cœur de l’industrie de défense française, sans aucune contrepartie et malgré les réticences de la Direction générale de l’Armement ».

Pour le député européen de l’extrême droite, l’opération intervient dans un contexte où « le réarmement de la France est une nécessité vitale ». « Alors qu’il ne leur reste plus que quelques mois de mandat, les macronistes terminent la grande braderie de la France », juge-t-il.

Entre impératifs de compétitivité industrielle et exigences de souveraineté, le dossier LMB Aerospace cristallise les tensions autour des investissements étrangers dans la défense. Le gouvernement met en avant ses conditions et son « action de préférence » pour garantir la pérennité de l’activité en France.

Les oppositions, elles, pointent l’absence d’entrée de Bpifrance au capital — pourtant souhaitée par la DGA — et redoutent, malgré les engagements, un transfert progressif de savoir-faire et de décisions stratégiques hors du pays.

 

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