- Cité dans les documents de l’affaire Jeffrey Epstein récemment publiés par le ministère américain de la Justice, Jack Lang assume ses échanges passés avec le financier mort en prison en août 2019, mais nie toute contrepartie.
- Sur RTL, ce mercredi 4 février, l’ancien ministre de la Culture exclut de quitter l’Institut du monde arabe.
- En parallèle, sa fille Caroline Lang s’est mise en retrait du Syndicat des producteurs indépendants après des révélations sur une société offshore fondée avec Epstein.
La polémique ne le fait pas vaciller. Interrogé sur RTL ce mercredi 4 février, Jack Lang a balayé les appels au retrait et réaffirmé sa volonté de rester à la tête de l’Institut du monde arabe (IMA), qu’il dirige depuis 2013. « Je ne crains rien, je me sens blanc comme neige », lance l’ancien ministre de la Culture, persuadé de n’avoir « rien à se reprocher ». « Je ne me sens pas du tout dans la tourmente », insiste-t-il, alors que son nom figure parmi ceux cités dans les documents rendus publics fin janvier par le ministère de la Justice américain.
Lundi déjà, Jack Lang avait déclaré « assumer » ses liens passés avec Jeffrey Epstein. Ce mercredi, il assure n’avoir « jamais reçu le moindre centime de Monsieur Epstein » ni aucune « contrepartie ». Il décrit pourtant l’Américain comme un homme « généreux », « cultivé et passionné d’art ».
« Je ne demande pas aux gens leur casier judiciaire »
Face aux interrogations sur la nature de ses relations avec Jeffrey Epstein, Jack Lang dit avoir agi sans soupçonner la réalité des crimes reprochés au financier. « C’était pour moi un inconnu (…) et progressivement, il est devenu une connaissance », reconnaît-il. Puis il se justifie : « Je ne demande pas aux gens quand je les rencontre leur casier judiciaire ou leur histoire personnelle », assurant qu’il ignorait les affaires judiciaires de Jeffrey Epstein.
Interrogé sur « les nombreux échanges » entre les deux hommes, l’ancien ministre dénonce les procès d’intention. On « n’a pas le droit de faire des supputations », tranche-t-il, ajoutant que certaines questions lui « paraissent surréalistes ». Jack Lang soutient n’avoir observé aucun signal d’alerte : « (Je dois) être un naïf, un ignorant. Je fais confiance et je continuerai à faire confiance aux gens que je rencontre ici et là quand ils apportent de l’intelligence, du talent, de la lumière et de la générosité », affirme-t-il. Avant d’ajouter : « Mais, en même temps, je condamnerai véhémence tous ceux qui se livrent à des actes monstrueux comme ceux qu’il a accomplis aux États-Unis ».
Démission à l’IMA ? « C’est une plaisanterie ? »
La question revient avec insistance depuis la publication des documents. Jack Lang, lui, ne laisse aucune place au doute. Démissionnera-t-il de l’Institut du monde arabe ? « C’est une plaisanterie ? » répond-il, avant de défendre l’institution et son action.
« L’IMA est plus solide que jamais. L’IMA est reconnu en France et dans le monde. Croyez-moi, la confiance dans le président de l’IMA est totale », martèle-t-il.
Selon les éléments évoqués, les correspondances entre l’ancien ministre et Jeffrey Epstein se font principalement par mail, parfois directement, parfois par l’intermédiaire de leurs assistants. Les échanges témoignent d’une certaine proximité entre les deux hommes. Mais, dans la famille Lang, l’homme d’affaires ne côtoie pas que le père : des dizaines de mails et de messages évoquent aussi une proximité avec Caroline Lang, fille de l’ancien ministre.
Présentée comme le principal relais des sollicitations de Jeffrey Epstein auprès de son père, Caroline Lang organisait une partie de l’agenda et des rencontres de Jack Lang, celui-ci étant souvent en copie des échanges.
Une société offshore révélée par Mediapart et un testament à 5 millions de dollars
Cette relation s’est également concrétisée par du business. Lundi, Mediapart a révélé, à partir de documents du ministère américain de la Justice, l’existence d’une société offshore dans les îles Vierges fondée par Jeffrey Epstein, dont Caroline Lang détient la moitié des parts. Cette entreprise avait pour objectif de « favoriser l’acquisition d’œuvres de jeunes artistes », précise la fille de Jack Lang.
Les mails cités indiquent que les fonds viendraient de la Southern Trust Company, la société de Jeffrey Epstein, et que « Madame Lang apporte son expertise et son flair pour le potentiel et la valeur artistiques ». Interrogée sur cette société et ces liens d’affaires, Caroline Lang reconnaît ne pas l’avoir déclarée au fisc français : « Comme je n’avais pas mis d’argent dedans – tous les fonds provenaient de Jeffrey –, je n’ai pas mesuré les implications et les conséquences ».
Autre élément : Caroline Lang figure sur un testament financier signé par Jeffrey Epstein deux jours avant sa mort, lui promettant cinq millions de dollars. Elle affirme avoir ignoré l’existence de ce document et dit avoir demandé la liquidation de la société commune après le suicide du financier.
Jack Lang dit être « tombé de l’armoire » et avoir « coupé court »
Mardi 3 février, au « 20 heures » de France 2, Jack Lang a répété avoir mis fin à toute relation dès qu’il a eu connaissance des faits reprochés à Jeffrey Epstein. Quand il a « appris les crimes abominables commis » par le financier, il est « tombé de l’armoire », a-t-il assuré. « Comment cet homme si courtois, si charmant, si généreux, avait pu perpétrer de pareilles abominations ? », s’interroge-t-il, disant avoir « coupé court » « tout aussitôt » après.
France Télévisions détaille que le nom de Jack Lang revient 685 fois dans les documents mis en ligne par les autorités américaines, notamment dans des échanges de mails liés à des invitations. Un passage évoque aussi le prix d’une villa à Marrakech, estimée à 5,4 millions d’euros. « La maison, je ne l’ai jamais vue, le document probablement je ne l’ai pas lu », assure-t-il.
« Vous imaginez bien que je n’ai jamais reçu un centime de lui, pas plus que ma fille Caroline n’a reçu un centime de lui », a t-il affirmé
Caroline Lang dit, elle, avoir appris la condamnation de Jeffrey Epstein pour prostitution de mineurs en 2008 après un message explicite : « Si tu fais des recherches sur moi sur Google, peut-être que tu ne voudras plus jamais me parler ».
« Il m’a dit qu’il avait payé sa dette et indemnisé les victimes, et je l’ai cru », ajoute-t-elle.
À la suite de ces révélations, elle a démissionné lundi de son poste au Syndicat des producteurs indépendants, seulement trois semaines après sa nomination, et s’est mise en retrait de l’organisation.
