- Onze mois après son dernier déplacement, le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, s’est rendu à Rabat les 2 et 3 février pour consolider la coopération judiciaire entre la France et le Maroc.
- Objectif : accélérer les extraditions, renforcer la lutte contre le narcotrafic et mieux coordonner la riposte face à la criminalité organisée transfrontalière.
Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, a effectué une visite officielle au Maroc les lundi 2 et mardi 3 février, onze mois après son dernier déplacement dans le Royaume. Déjà présent en mars 2025, il revient cette fois avec une priorité : renforcer les mécanismes de coopération judiciaire entre Paris et Rabat, en particulier sur les dossiers liés au narcotrafic et au grand banditisme.
Cette séquence s’inscrit dans une phase d’intensification des relations franco-marocaines, marquée par plusieurs affaires sensibles traitées conjointement par les autorités des deux pays.
En juin, Badiss Mohammed Bajiou, Franco-marocain de 24 ans, soupçonné d’avoir commandité plusieurs enlèvements dans le milieu de la cryptomonnaie, a été interpellé à Tanger le 3 juin pour des faits commis en France. La France souhaite désormais obtenir son extradition.
Sur le plan juridique, un cadre existe de longue date : Paris et Rabat ont signé en 1981 une convention permettant le transfèrement des détenus. Depuis un avenant de 2007, l’application de la convention aux personnes disposant de la double nationalité française et marocaine est possible, ce qui ouvre la voie à des procédures plus adaptées aux dossiers impliquant des binationaux.
L’affaire Mohamed Amra, symbole d’une coopération opérationnelle
Autre dossier emblématique : en août, deux complices présumés du narcotrafiquant Mohamed Amra ont été transférés vers la France après leur arrestation au Maroc. Cette procédure intervenait dans le sillage de l’évasion spectaculaire de Mohamed Amra en mai 2024, lors de l’attaque d’un fourgon pénitentiaire près de Rouen, en Normandie — une attaque qui avait coûté la vie à deux surveillants pénitentiaires.
Ces extraditions, survenues six mois après l’arrestation des suspects, avaient été saluées publiquement par Gérald Darmanin. Le ministre avait remercié sur les réseaux sociaux les autorités marocaines, en particulier son homologue de la Justice Abdellatif Ouahbi, pour avoir rendu cette opération possible rapidement.
Au cœur de la visite, une séquence institutionnelle a marqué une nouvelle étape dans la coopération bilatérale. Le président du Ministère public, Hicham Balaoui, a reçu à Rabat le ministre français « dans le cadre du renforcement de la coopération judiciaire bilatérale, notamment en matière de lutte contre la criminalité organisée ».
Hicham Balaoui, procureur général du Roi près la Cour de cassation et président du Ministère public, a accueilli Gérald Darmanin « au siège de la Présidence du ministère public à Rabat. Les échanges ont porté sur les moyens de développer les mécanismes de coopération internationale dans les domaines d’intérêt commun, « en particulier la lutte contre la criminalité organisée ».
Nouveau Code de procédure pénale : techniques spéciales d’enquête
Les discussions ont également porté sur plusieurs dossiers d’intérêt stratégique liés à la prévention et à la répression des crimes transfrontaliers. Les deux parties ont passé en revue les nouveautés introduites par le nouveau Code de procédure pénale marocain, notamment en matière de techniques spéciales d’enquête et de coopération judiciaire internationale dans le domaine pénal.
Dans cette logique, la rencontre a mis en avant des leviers concrets : échange d’informations, organisation de visites professionnelles, ainsi que tenue de séminaires et de sessions de formation visant à renforcer les compétences des magistrats du parquet, en particulier dans le champ de la justice pénale.
Avec cette visite, Paris et Rabat affichent une volonté de mieux coordonner leurs réponses face à des menaces qui dépassent les frontières, du narcotrafic au grand banditisme en passant par la criminalité organisée.
Entre coopération institutionnelle, échanges d’expertise et accélération des procédures, la justice devient un axe central de la relation franco-marocaine — avec, en ligne de mire, une efficacité accrue contre les réseaux criminels.
