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Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) : la France vise 60 % d’énergie décarbonée en 2035

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  • Publiée au Journal officiel ce vendredi matin, la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) fixe un cap inédit : porter l’énergie décarbonée à 60 % d’ici 2035, contre 42 % aujourd’hui.
  • Pour y parvenir, l’exécutif mise sur une relance massive du nucléaire, tout en ajustant à la baisse certains objectifs de renouvelables terrestres sur fond de stagnation de la consommation électrique.

   Avec trois ans de retard, le gouvernement a dévoilé jeudi 12 février les grandes orientations de la PPE3, présentée sous forme de décrets et destinée à cadrer la politique énergétique française pour la période 2025-2035. Ce document stratégique doit donner de la visibilité aux acteurs du secteur pour lancer leurs projets et anticiper les besoins d’investissements, de compétences et d’emplois.

En déplacement sur les barrages hydroélectriques de Saut-Mortier et de Vouglans, dans le Jura, le Premier ministre Sébastien Lecornu a échangé avec plusieurs anciens ministres, parlementaires et professionnels autour de cette programmation.

Le cœur de la PPE3 repose sur l’électrification des usages : remplacer progressivement le gaz et le pétrole par une électricité décarbonée, afin de réduire la dépendance aux importations d’énergies fossiles, coûteuses et exposées aux crises. Le texte met en avant la bascule de secteurs entiers vers l’électricité, des transports (véhicules électriques) au bâtiment (pompes à chaleur), en passant par l’industrie (fours électriques).

« La PPE3 fixe un cap clair : accroître la production énergétique décarbonée notamment électrique et réduire la consommation d’énergies fossiles ».

Le gouvernement vise une baisse rapide du poids des fossiles dans la consommation finale : « En 2023, nous consommions près de 60% d’énergie finale fossile. Notre objectif est de n’en consommer plus que 40% en 2030 », souligne le texte, qui parle « d’inverser » la part des fossiles avec celle des renouvelables.

Nucléaire : rupture assumée et nouveaux réacteurs

La PPE3 acte une relance du nucléaire à rebours de la précédente programmation (2019-2024), elle-même dans la continuité d’une trajectoire qui prévoyait la fermeture de 14 réacteurs. Désormais, l’exécutif affiche une ambition industrielle : construire au moins six nouveaux réacteurs et optimiser le parc existant dès 2030.

L’objectif de production nucléaire est fixé entre 380 et 420 TWh en 2035, contre 320 TWh en 2023, alors qu’EDF visait 400 TWh. Une montée en puissance présentée comme un alignement d’intérêts économiques et climatiques.

 « Pour la première fois, nos intérêts industriels, climatiques et géopolitiques correspondent aux intérêts du consommateur et à sa facture d’électricité », a déclaré Sébastien Lecornu lors de son déplacement dans le Jura.

Renouvelables : accélération en mer, ajustements sur terre

Si la PPE3 confirme une accélération de l’éolien en mer, elle décale légèrement les objectifs assignés à la filière afin de tenir compte des retards constatés. Sur terre, en revanche, le gouvernement « lève le pied » sur le solaire et l’éolien terrestre, conséquence directe de la stagnation de la demande d’électricité actée dans le document.

La PPE3 prévoit une « poursuite raisonnée du développement des énergies renouvelables électriques terrestres », dont les objectifs d’installations « ont été ajustés pour tenir compte de l’évolution de la consommation électrique sur les dernières années ». Ils sont toutefois alignés sur un scénario favorable établi par RTE, qui a revu à la baisse ses prévisions de consommation d’électricité à l’horizon 2030.

Dans le détail, les objectifs 2030 reculent par rapport à la version soumise à consultation en mars : le solaire est désormais attendu à 48 GW d’ici 2030, contre 54 GW dans la version de mars ; l’éolien terrestre vise 31 GW, contre 33 GW auparavant.

Sur le fond, les arbitrages de la PPE3 relancent un débat bien connu entre partisans d’un effort plus marqué sur les renouvelables et défenseurs d’un recours encore plus massif à l’atome. Malgré un consensus renforcé sur la relance du nucléaire depuis la crise inflationniste de 2022, la feuille de route fait ressurgir le clivage gauche/droite.

Bruno Retailleau, patron des Républicains, estime que « l’empilement des ENR subventionnées fragilise notre nucléaire », dans une tribune publiée dans L’Opinion. De son côté, Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, dénonce sur X un coût « minimum de 300 milliards d’euros » pour cette PPE et fustige « une faute économique et budgétaire ».

En fixant la répartition attendue entre nucléaire, éolien, solaire et hydraulique, la PPE3 doit désormais se traduire en décisions concrètes : planification des chantiers, adaptation du réseau, formation et recrutements, et acceptabilité locale des projets. Le gouvernement assume une trajectoire où l’électricité décarbonée, principalement nucléaire, devient la colonne vertébrale de la souveraineté énergétique française à l’horizon 2035, avec un déploiement renouvelable réajusté mais toujours présent.

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