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PPE 2025-2035 : Roland Lescure dénonce les “fausses nouvelles” et défend un mix “équilibré” nucléaire-renouvelables

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  • Très attendu par la filière énergétique, le décret sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) publié ce vendredi ne changera pas, à court terme, la facture des Français.
  • Mais il redonne de la visibilité aux acteurs des renouvelables sur les appels d’offres à venir.
  • En conférence de presse, le ministre de l’Économie Roland Lescure a martelé sa ligne : “souveraineté” et “réalisme”, en s’attaquant aux “fausses nouvelles” qui ont, selon lui, paralysé le débat.

   La publication, ce vendredi, du décret sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) n’aura “pas d’impact immédiat” sur la facture énergétique des Français. Pas davantage sur la demande d’électricité, qui stagne depuis vingt ans dans l’Hexagone. Pour autant, le texte est loin d’être anecdotique : il redonne de la visibilité aux professionnels des énergies renouvelables sur les futurs appels d’offres publics, dont dépend tout ou partie de leur activité.

Présentant les grandes orientations énergétiques de la France pour les dix prochaines années, le ministre de l’Économie Roland Lescure a expliqué vouloir reprendre la main dans un débat devenu explosif. Objectif affiché : combattre les “fausses nouvelles” qui ont, selon lui, “pollué le débat politique et médiatique depuis près de trois ans” et retardé la publication de la PPE 2025-2035.

“La PPE ruinerait l’avenir de la France” ? “C’est faux”, réplique le ministre

Première “fausse nouvelle” ciblée par Roland Lescure : l’idée que “la PPE ruinerait l’avenir de la France”. “C’est faux”, a-t-il tranché. “Nous préparons notre souveraineté énergétique. Chaque année, nous achetons des milliards d’euros de carburants fossiles à des pays qui ne nous veulent pas du bien, oui qui étaient des amis et ne le sont plus tout à fait.”

Le ministre a insisté sur la vulnérabilité économique associée aux importations d’énergies fossiles. Il a rappelé qu’au plus fort de la crise de 2022, elles ont coûté à la France jusqu’à 120 milliards d’euros. Aujourd’hui, la facture atteindrait encore 60 milliardsd’euros, alors même que la France dépend à 60% des énergies fossiles importées pour sa consommation.

Soit on préfère se laisser dicter le prix de notre plein d’essence par les autres, soit on choisit notre avenir”, a-t-il lancé.

Nucléaire seul : “Le RN raconte n’importe quoi”, attaque Roland Lescure

Deuxième “fausse nouvelle” selon le ministre : “Il suffirait de construire des centrales nucléaires et tout irait bien.” “Le RN raconte n’importe quoi”, a-t-il balayé. S’il a réaffirmé la nécessité de relancer le nucléaire, Roland Lescure a mis en garde contre une stratégie mono-technologie. La France doit avancer “sur nos deux jambes”, en préservant et en augmentant les capacités renouvelables.

Il a également visé des déclarations venues du Rassemblement national : “J’ai entendu Jean-Philippe Tanguy (RN) dire que la Chine construisait des réacteurs nucléaires en cinq ans”, a-t-il poursuivi. Avant d’ajouter, mordant, qu’après une proximité passée avec Vladimir Poutine ou Donald Trump, “voilà que le RN souhaite désormais que les Chinois construisent nos réacteurs”. “En terme de souveraineté, on peut faire mieux”, a-t-il raillé.

Délais de construction : “Nous ne pouvons pas attendre dix à quinze ans”

Au-delà du duel politique, le ministre a appuyé son argumentation sur les délais industriels. Selon lui, la France se situe plutôt “sur la fourchette haute”, voire au-delà, pour le nucléaire : entre dix et quinze ans pour construire un réacteur. Face à cela, les renouvelables offrent des horizons plus rapides : entre cinq et dix ans pour un parc éolien en mer, et entre un et trois ans pour un champ de panneaux solaires.

Nous ne pouvons pas attendre dix à quinze ans pour être indépendants”, a-t-il martelé.

Troisième “fausse nouvelle” : “La PPE coûterait des centaines de milliards d’euros.” Là aussi, Roland Lescure a jugé que ses opposants confondaient “les choux et les carottes”. Il a rappelé l’ampleur des investissements nécessaires dans les infrastructures électriques, indépendamment de la PPE : un réseau de distribution construit dans l’après-guerre et un réseau de transport datant des années 1970.

Enedis et RTE doivent, selon lui, investir 200 milliards d’euros pour moderniser ces réseaux. Le ministre a comparé cette situation à celle de la SNCF, qui aurait tardé à renouveler son réseau et “en payait le prix” encore aujourd’hui.

Sur le financement public du développement des énergies renouvelables, il a rappelé que cela représente actuellement entre 6 et 8 milliards d’euros, mais que ces coûts sont appelés à diminuer, car liés à d’anciens contrats de la fin des années 2000.

L’objectif est de réduire la contribution des finances publiques au financement des nouveaux appels d’offre à un milliard d’euros par an”, a-t-il précisé.

Facture d’électricité : “si on n’investit pas, les coûts augmentent”

Quatrième “fausse nouvelle” dénoncée : l’idée que la PPE “va augmenter la facture des Français”. “C’est faux”, répond le ministre, qui pose un raisonnement économique : “en économie, si on souhaite ne pas avoir des prix trop élevés à l’avenir, il faut investir sinon les coûts augmentent”.

Nous investissons pour nous assurer que nos enfants puissent bénéficier de cet atout”, a-t-il insisté, rappelant que le prix de l’électricité en France est, selon lui, nettement inférieur à celui de plusieurs voisins européens : -36% par rapport à la Belgique, -40% par rapport à l’Allemagne et -50% par rapport à l’Italie.

“Nucléaire ou renouvelables” : le gouvernement veut “les deux de manière équilibrée”

Dernier point martelé : la PPE ne serait pas un choix de camp. “Seul le nucléaire suffit” ou “seules les énergies renouvelables suffisent” : pour le ministre, ces deux visions relèvent des “fausses nouvelles”.

Nous souhaitons utiliser les deux de manière équilibrée car elles sont indispensables à notre mix énergétique”, a-t-il affirmé. Objectif revendiqué : faire passer la France de 60% d’énergie consommée importée (et 40% produite sur le territoire) à 60% d’énergie consommée produite en France.

On ne peut pas attendre que la demande augmente pour augmenter l’offre, de même qu’on ne peut pas augmenter l’offre seule”, a-t-il résumé. Pour Roland Lescure, la PPE doit donc permettre d’“produire plus, électrifier plus et consommer plus”, dans un cadre qu’il décrit comme un “plan ambitieux, réaliste et adaptable”.

 

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