- Après l’approbation par New Delhi de l’acquisition de 114 Rafale supplémentaires, Safran annonce l’ouverture en Inde d’une chaîne d’assemblage du moteur M88, une première hors de France.
- Une décision au cœur de la stratégie « Make in India » du gouvernement Modi, sur fond de négociations sensibles autour de la production locale et du transfert de technologies.
Le motoriste aéronautique français Safran a officialisé, ce vendredi 13 février à Paris, son intention d’établir en Inde une chaîne d’assemblage du M88, le moteur qui équipe l’avion de chasse Rafale. L’annonce a été faite par le directeur général du groupe, Olivier Andriès, lors d’une conférence de presse consacrée à la présentation des résultats 2025.
Le calendrier est loin d’être anodin : la veille, le jeudi 12 février, le comité d’acquisition de la Défense indienne a approuvé un contrat portant sur l’acquisition de 114 appareils. Safran en tire une conséquence industrielle immédiate, alors que l’Inde envisage l’achat d’une centaine de nouveaux Rafale.
Première chaîne d’assemblage du M88 hors de France
Jusqu’ici, le M88 est exclusivement fabriqué et monté en France, notamment sur le site de Villaroche, à une cinquantaine de kilomètres de Paris. La future implantation indienne constituerait donc une première historique pour Safran.
« Nous avons annoncé en novembre un atelier de maintenance pour la première fois hors de France, en Inde » pour le moteur M88, a rappelé Olivier Andriès. Et d’insister sur la logique de continuité : « En cas de grande commande supplémentaire en Inde, nous avions dit que nous étions totalement ouverts à faire une chaîne d’assemblage du moteur M88 en Inde ».
Au cœur de la décision, une exigence politique assumée par New Delhi : renforcer la souveraineté industrielle et militaire du pays en augmentant la part de production réalisée localement. « Il y a une demande qu’il va falloir satisfaire d’avoir plus de contenu en Inde et on est prêt à faire ce qu’il faut pour répondre à cette demande de souveraineté du gouvernement indien » qui promeut le « make in India », a ajouté le dirigeant de Safran.
L’initiative « Make in India », lancée en 2014 par le premier ministre nationaliste Narendra Modi, vise à attirer des industriels étrangers en Inde et à développer une base de production nationale, notamment dans la défense. Dans un contexte de tensions régionales avec la Chine et le Pakistan, deux puissances nucléaires voisines, l’Inde a fait de la modernisation de ses armées une priorité stratégique.
Safran promet un « cœur » technologique maintenu en France
Safran cherche toutefois à rassurer sur la préservation du tissu industriel français et sur la maîtrise des composants les plus sensibles. Olivier Andriès a assuré que l’opération ne se ferait pas au détriment des sites hexagonaux : « Évidemment, on va investir en France. Les pièces les plus critiques du moteurs M88, on ne va pas les faire ailleurs qu’en France », a-t-il déclaré, en citant notamment le site du Creusot.
Autrement dit : l’assemblage peut être localisé, mais les éléments les plus stratégiques du moteur resteraient produits en France, afin de conserver le contrôle technologique et la sécurité d’approvisionnement.
Des résultats 2025 records pour Safran, et des ambitions relevées
Cette annonce industrielle intervient alors que Safran met en scène une année 2025 particulièrement solide sur le plan financier. Dans son communiqué, le directeur général Olivier Andriès évoque ainsi « une année remarquable », portée par « un trafic passagers record » et « une dynamique soutenue dans la défense ». Le groupe souligne également avoir réalisé « un chiffre d’affaires sans précédent » dans l’après-vente et produit « un nombre record de moteurs LEAP ».
Sur le plan des indicateurs, Safran met en avant une marge opérationnelle en hausse, « améliorée de 150 points de base » pour atteindre 16,6 % du chiffre d’affaires, ainsi qu’une génération de trésorerie de 3,9 milliards d’euros, malgré « des investissements significatifs » destinés à accroître les capacités de production. Le groupe annonce enfin qu’il proposera un dividende de 3,35 eurospar action lors de sa prochaine assemblée générale et confirme la poursuite de son programme de rachat d’actions de 5 milliards d’euros.
Le dirigeant projette déjà l’entreprise vers la prochaine décennie :
« Pour 2028, nous rehaussons nos ambitions financières et accélérons la préparation des technologies pour les avions de nouvelle génération, en investissant continuellement et de façon significative dans l’innovation ».
Safran indique que son chiffre d’affaires 2025 ressort à 31 329 M€, en hausse de 14,7 % par rapport à 2024 (+14,8 % sur une base organique). Le groupe souligne notamment la progression de la division Équipements & Défense, ainsi qu’une dynamique soutenue des services portée par le trafic aérien.
