- Le gouvernement veut engager un investissement massif pour adapter le système électrique français aux défis de la décarbonation et de la souveraineté énergétique.
- Le ministre de l’Économie Roland Lescure a annoncé 200 milliards d’euros pour moderniser les réseaux, tout en défendant un déploiement ciblé de nouvelles éoliennes et la relance du nucléaire dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
C’est un chantier d’ampleur que l’exécutif met sur la table. Dimanche 15 février, sur BFMTV, le ministre de l’Économie Roland Lescure a confirmé que 200 milliards d’euros doivent être mobilisés pour remettre à niveau les infrastructures électriques françaises, jugées trop anciennes pour soutenir la transition énergétique.
Le ministre pointe l’état des équipements existants : « On a aujourd’hui des réseaux de distribution qui datent de l’après-guerre, dans lesquels il faut investir », a-t-il déclaré. Selon lui, l’investissement concerne aussi bien les réseaux locaux que les grands axes d’acheminement :
« Il y a 200 milliards de prévus d’investissement dans les réseaux, les lignes à haute tension, ce qu’on appelle le transport d’électricité et la distribution », a-t-il détaillé.
Face aux critiques sur l’impact potentiel sur la facture, Roland Lescure a assuré que l’objectif n’est pas de renchérir le coût pour les usagers : « Toutes celles et ceux qui nous font des procès en disant qu’on investit pour augmenter les prix se mettent le doigt dans l’oeil ».
La PPE jusqu’en 2035 : souveraineté et décarbonation comme cap
Ces annonces s’inscrivent dans la foulée de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), dévoilée jeudi et très attendue. La feuille de route doit répondre, d’ici à 2035, à deux priorités affichées par le gouvernement : la souveraineté énergétique et la réduction des émissions.
L’exécutif met l’accent sur la relance de la consommation d’une électricité décarbonée — notamment d’origine nucléaire — afin de remplacer des énergies fossiles coûteuses à importer. En toile de fond : l’électrification progressive des usages (chauffage, transport, industrie) et la nécessité de disposer d’un réseau capable d’absorber davantage de production et de nouveaux besoins.
Nucléaire : une relance assumée, en rupture avec la précédente PPE
La troisième PPE acte une inflexion majeure par rapport à la période 2019-2024, qui prévoyait la fermeture de 14 réacteurs. Cette fois, le texte entérine une relance massive du nucléaire, présenté comme décarboné mais long et complexe à mettre en œuvre.
La trajectoire annoncée repose sur « une optimisation » du parc existant et sur la construction de six nouveaux réacteurs, avec huit autres réacteurs en option. En parallèle, la PPE mise sur une accélération de l’éolien en mer, tandis que l’éolien terrestre et le solaire voient leurs objectifs revus à la baisse, sur fond de stagnation de la demande d’électricité, par rapport à la version soumise à consultation du public en mars.
Éoliennes : pas de moratoire, mais un déploiement “là où il en manque”
Roland Lescure a également voulu couper court à l’idée d’un gel des projets éoliens. Le ministre a exclu tout « moratoire » sur les éoliennes. Sa ligne : adapter le déploiement aux réalités territoriales.
« Il y a des régions dans lesquelles il n’y en aura pas plus parce qu’il y en a déjà beaucoup », a-t-il reconnu. Mais d’autres zones sont identifiées comme sous-dotées : « Dans le grand Ouest de la France, on sait qu’il y a peu d’éoliennes par rapport aux Hauts-de-France », a-t-il expliqué.
L’objectif affiché est de dégager des gains de production sans concentrer davantage les installations dans les mêmes régions. Roland Lescure vise ainsi « un huitième » de production d’énergie en plus grâce à de nouvelles éoliennes, « essentiellement dans des régions dans lesquelles il n’y en a pas ». Autre piste évoquée : moderniser l’existant. « Et si on peut remplacer des éoliennes existantes par des éoliennes plus puissantes, on le fera », a-t-il ajouté.
