- Alors que les États-Unis et l’Iran se rapprochent d’un accord susceptible de permettre la réouverture du détroit d’Ormuz, une nouvelle source de tension est apparue dans les négociations : la volonté de Téhéran de facturer certains services maritimes aux navires en transit.
- Une mesure jugée contraire au droit international par plusieurs dirigeants occidentaux, dont Emmanuel Macron.
Une clause de dernière minute qui ravive les tensions. La perspective d’une reprise progressive du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz se heurte à une nouvelle controverse. Selon l’agence iranienne Fars, Téhéran aurait introduit au dernier moment dans les négociations avec Washington une disposition prévoyant l’instauration de redevances pour les navires empruntant cette voie stratégique.
Cette annonce intervient alors que les discussions entre les États-Unis et l’Iran semblent proches d’aboutir à un accord destiné à mettre fin au conflit en cours et à rétablir la libre circulation maritime dans la région.
Face aux critiques internationales, les autorités iraniennes contestent toutefois l’existence d’un système de « péage » au sens strict. Lors de son point presse hebdomadaire, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a assuré que son pays ne cherchait pas à instaurer un droit de passage.
« Nous avons toujours soutenu que nous ne cherchions pas à percevoir de péages de transit, mais que des frais pour les services de navigation, la protection de l’environnement, l’assurance des navires et d’autres services nécessaires seraient facturés », a-t-il déclaré.
Emmanuel Macron dénonce un précédent contraire au droit international
Cette distinction sémantique n’a pas convaincu Emmanuel Macron. Interrogé par TF1, le président français a estimé que l’Iran « jouait sur les mots » et a exprimé son opposition à toute forme de tarification du transit maritime dans le détroit.
« C’est une bonne chose » que les négociations progressent, a d’abord souligné le chef de l’État, avant d’insister sur la nécessité de garantir une réouverture durable de la voie maritime.
« Je souhaite que l’accord entre les États-Unis et l’Iran soit une réalité, pour qu’Ormuz puisse rouvrir de manière pacifique et que le trafic puisse reprendre », précise -t-il.
Mais Paris refuse catégoriquement l’idée d’un droit de passage, même déguisé sous forme de frais de service. « Ce n’est pas du tout ce que l’on souhaite parce que cela crée un précédent. On va aussi en discuter pendant le G7. Ce n’est pas conforme au droit international. On va tout faire pour qu’il n’y ait pas de péages », a averti Emmanuel Macron.
Le président français a également souligné que les déclarations iraniennes nécessitaient des clarifications. Pour Paris, l’urgence demeure avant tout la sécurisation du trafic maritime. « Déjà, la priorité, c’est de le rouvrir, c’est faire sortir les centaines de bateaux, de porte-conteneurs, de tankers, ainsi que les équipages », a insisté le chef de l’État.
Le G7 appelé à réfléchir à des alternatives à Ormuz
Au-delà de la gestion immédiate de la crise, Emmanuel Macron estime que les pays du G7 doivent tirer les leçons de cet épisode en réduisant leur dépendance à l’un des passages maritimes les plus stratégiques de la planète.
Le président français a notamment évoqué le développement d’infrastructures énergétiques alternatives, notamment des gazoducs et oléoducs reliant les zones de production du Golfe aux marchés internationaux sans passer par Ormuz.
L’objectif est de diversifier les routes d’exportation du pétrole et du gaz, afin de limiter l’impact économique et géopolitique d’une éventuelle nouvelle fermeture du détroit.
Washington privilégie une ouverture sans péage
Du côté américain, Donald Trump n’a pas confirmé l’existence d’un mécanisme de paiement dans le futur accord avec l’Iran. Sur son réseau Truth Social, le président américain a toutefois affirmé que la circulation maritime commençait déjà à reprendre.
« Les navires commencent à quitter le détroit d’Ormuz, beaucoup chargés de pétrole. Ils empruntent la route du Sud, qui est totalement sûre et préservée. D’autres voies de navigation sont également possibles. »
Son vice-président, JD Vance, s’est montré encore plus explicite quant à la position américaine. Lors d’un entretien accordé à CNBC, il a indiqué s’attendre à une réouverture durable du détroit sans système de péage.
« Nous nous attendons à ce que le détroit soit ouvert sans péage à long terme, et c’est le genre de chose que nous allons régler lors de ces négociations techniques », a déclaré le vice-président américain.
Une réouverture encore conditionnée à des opérations de sécurisation
Malgré les avancées diplomatiques, la situation demeure fragile sur le terrain. Selon les autorités américaines, 46 navires ont été attaqués depuis le début du conflit et près de 500 bâtiments restent actuellement bloqués dans le Golfe.
Donald Trump a par ailleurs précisé que la réouverture complète du détroit nécessiterait des opérations de déminage afin de garantir la sécurité de la navigation commerciale.
Les États-Unis et l’Iran devraient finaliser vendredi en Suisse un accord destiné à mettre un terme au conflit. Selon les éléments évoqués jusqu’à présent, celui-ci prévoirait la libre circulation des navires dans le détroit d’Ormuz en échange de la levée du blocus naval américain imposé à l’Iran.
La question des éventuels frais de navigation pourrait toutefois constituer l’un des derniers points de friction avant la signature du texte, tant ses implications juridiques et économiques sont jugées sensibles par les grandes puissances maritimes.
