- À l’ouverture du sommet du G7 à Évian, Oxfam accuse les grandes puissances de laisser prospérer les « superprofits » énergétiques liés à la guerre au Moyen-Orient.
- Selon l’ONG, les milliardaires du secteur et les majors pétrolières ont engrangé des gains considérables tandis que la hausse des prix de l’énergie pèse sur les ménages du monde entier.
Le sommet du G7 s’ouvre ce lundi à Évian dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et leurs répercussions sur les marchés de l’énergie. À cette occasion, Oxfam publie une étude dénonçant l’enrichissement accéléré des grandes fortunes du secteur énergétique depuis le début du conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran.
Selon l’organisation, « 41 milliardaires de l’énergie du G7 ont vu leur fortune augmenter de 23,5 milliards de dollars depuis le début de la guerre », soit l’équivalent de « 300 millions de dollars par jour ».
Cette progression s’explique principalement par l’envolée des prix du pétrole provoquée par la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les exportations mondiales d’hydrocarbures.
Le Brent, référence du marché européen, est ainsi passé d’environ 70 dollars le baril avant le conflit à près de 90 dollars aujourd’hui, après avoir franchi ponctuellement les 125 dollars fin avril. Le WTI américain s’échange quant à lui autour de 87 dollars le baril, soit près de 20 dollars de plus qu’à la fin du mois de février.
Des bénéfices records attendus pour les majors pétrolières
Cette hausse des cours profite directement aux grands groupes pétroliers mondiaux. Oxfam estime que les bénéfices cumulés des six principales compagnies du secteur pourraient atteindre 152 milliards de dollars en 2026.
L’organisation affirme que ces profits seraient supérieurs de 80 % aux prévisions établies avant le déclenchement de la guerre, soit un surplus estimé à 68 milliards de dollars.
Selon l’ONG, ces entreprises engrangeraient ainsi l’équivalent de 416 millions de dollars de bénéfices chaque jour, alors même que la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires fragilise les économies et le pouvoir d’achat des ménages à travers le monde.
« Les conflits ravagent des pays et coûtent la vie à d’innombrables personnes mais pour certains, ils sont extrêmement lucratifs », déplore Amitabh Behar, directeur général d’Oxfam International.
Le responsable dénonce également « un système brutal qui redistribue la richesse vers le haut – des travailleurs et travailleuses aux actionnaires, des plus pauvres aux plus riches, des personnes qui ont le moins de pouvoir à celles qui en ont déjà bien trop ».
Les superprofits pétroliers au cœur du débat politique
Les critiques visant les bénéfices exceptionnels des groupes énergétiques ne se limitent pas aux ONG. En France, plusieurs responsables politiques, notamment à gauche, ont récemment dénoncé les résultats de TotalEnergies. Le groupe a affiché un bénéfice net de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre, en progression de 51 % sur un an, alimentant le débat sur une éventuelle taxation des profits exceptionnels réalisés dans le contexte de la crise énergétique.
Cette question revient régulièrement dans le débat public depuis les précédentes flambées des prix de l’énergie, mais continue de diviser les gouvernements du G7.
Oxfam accuse le « G6 » d’inaction face à la crise
Au-delà des critiques adressées aux entreprises pétrolières, Oxfam cible également les gouvernements des grandes économies occidentales. L’organisation estime que les six membres du G7 hors États-Unis — Canada, France, Allemagne, Italie, Japon et Royaume-Uni — disposent d’importants leviers financiers et diplomatiques mais refusent de les utiliser.
Selon l’ONG, ces pays prennent comme prétexte « les actions destructrices de l’administration américaine dans l’économie mondiale et dans l’attisement des conflits » pour justifier leur manque d’initiatives. Amitabh Behar accuse également les dirigeants du sommet d’avoir relégué plusieurs dossiers majeurs au second plan.
« Pour s’assurer la présence du président Trump à ce sommet, le président Macron a accepté d’écarter les discussions sur la crise climatique, l’aggravation des inégalités et la nécessité de réponses coordonnées face à des crises mondiales qui se chevauchent », affirme-t-il.
Taxation des grandes fortunes et allègement de la dette parmi les propositions
Face à cette situation, Oxfam appelle les dirigeants du G7 à adopter rapidement une série de mesures destinées à protéger les populations les plus vulnérables.
L’organisation plaide notamment pour une taxation accrue des superprofits et des grandes fortunes, l’annulation ou la suspension de la dette des pays à revenu faible ou intermédiaire, ainsi qu’un renforcement de l’aide publique au développement.
L’ONG souligne que les pays du G7 ont déjà réduit cette aide de 48 milliards de dollars sur les exercices 2024 et 2025, ce qu’elle considère comme la plus forte baisse jamais enregistrée.
« Les pays du « G6 » ne peuvent pas plaider l’impuissance, ils peuvent annuler la dette. Ils peuvent taxer les superprofits et les grandes fortunes. Ils peuvent plaider en faveur d’une nouvelle émission de droits de tirage spéciaux. Ils peuvent fournir plus d’aide aux pays les plus pauvres », insiste Amitabh Behar.
Avant de conclure : « Refuser d’agir au seul motif que Washington ne se joindra pas à eux n’est pas de la diplomatie — c’est de la lâcheté. »
Un sommet du G7 sous le signe des tensions internationales
Le sommet du G7 réunit jusqu’à mercredi les dirigeants des principales économies industrialisées : les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et le Canada. Plusieurs pays partenaires participent également aux discussions, parmi lesquels l’Ukraine, l’Égypte, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Brésil, la Corée du Sud, l’Inde et le Kenya.
Les débats devraient être largement dominés par les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient, la sécurité énergétique mondiale et les tensions commerciales internationales.
