- La Banque centrale européenne franchit une étape majeure dans son projet d’euro numérique.
- La commission des affaires économiques du Parlement européen a approuvé le règlement encadrant cette nouvelle monnaie électronique, conçue pour renforcer la souveraineté financière de l’Union européenne face à la domination des géants américains du paiement.
Un soutien politique clé pour l’euro numérique. La Banque centrale européenne (BCE) a obtenu mardi un soutien parlementaire déterminant dans son projet d’euro numérique, un dispositif appelé à devenir le pendant numérique des billets et pièces en euros.
La commission des affaires économiques du Parlement européen a validé le projet de règlement encadrant cette future monnaie numérique, ouvrant la voie à des négociations avec les États membres et la Commission européenne dès le mois prochain.
Cette avancée intervient dans un contexte géopolitique marqué par le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et la montée des tensions commerciales entre Washington et Bruxelles. Les responsables européens craignent notamment que la dépendance de l’Europe aux réseaux de paiement américains ne constitue à terme un risque stratégique.
Réduire la dépendance aux géants américains du paiement
L’euro numérique se présente comme un portefeuille électronique garanti par la BCE, mais distribué au public par les banques commerciales et les acteurs de la fintech.
L’objectif est de permettre à l’ensemble des résidents de la zone euro d’effectuer des paiements numériques, aussi bien en ligne que dans les commerces physiques, tout en conservant un accès direct à une monnaie de banque centrale.
Le projet de règlement met clairement en avant la dimension stratégique de cette initiative. Selon le texte, « l’introduction de l’euro numérique permettrait (…) de réduire la dépendance excessive vis-à-vis des prestataires non européens en devenant un moyen de paiement paneuropéen, et ferait entrer la monnaie unique dans l’ère numérique en donnant aux citoyens de l’Union la liberté de choisir de payer avec de la monnaie de banque centrale dans leurs transactions quotidiennes ».
Pour Bruxelles et Francfort, l’enjeu est de limiter l’influence des acteurs dominants du secteur, notamment Visa et Mastercard, qui occupent aujourd’hui une place centrale dans les paiements électroniques en Europe.
Trois années de négociations avec le secteur bancaire
L’adoption du texte par les eurodéputés intervient après plusieurs années de discussions parfois tendues entre la BCE et les établissements financiers.
Les banques européennes ont longtemps exprimé leurs réserves, craignant que l’euro numérique ne provoque des transferts massifs de dépôts vers les portefeuilles numériques de banque centrale, réduisant ainsi leurs capacités de financement et certaines sources de revenus.
Après trois ans de négociations, un compromis semble toutefois avoir émergé, permettant au projet de franchir une étape institutionnelle importante.
Une opposition persistante au Parlement européen
Le soutien obtenu n’est cependant pas unanime. Certains groupes politiques continuent de s’opposer au projet. Siegbert Frank Droese, membre du groupe d’extrême droite « Europe des nations souveraines » au Parlement européen, a indiqué que sa formation avait voté contre le texte, une position qui pourrait conduire à de nouveaux débats lors du vote en séance plénière.
Cette opposition laisse planer la possibilité d’amendements ou d’un nouveau scrutin avant l’adoption définitive du règlement.
Un lancement envisagé à l’horizon 2029
Sauf objection majeure lors des prochaines étapes législatives, les négociations entre le Parlement européen, les gouvernements des États membres et la Commission européenne devraient débuter dès juillet.
L’objectif affiché est d’aboutir à une adoption définitive du cadre réglementaire avant la fin de l’année.
De son côté, la BCE prévoit de lancer un projet pilote de douze mois au cours du second semestre 2027 afin de tester les infrastructures et les usages de l’euro numérique. Si les résultats sont concluants, un déploiement à grande échelle pourrait intervenir en 2029.
Pour la banque centrale, cette future monnaie numérique constitue un élément central de la stratégie européenne de souveraineté financière, dans un environnement où les enjeux technologiques et géopolitiques prennent une importance croissante.
