- Alors que les négociations entre les États-Unis et l’Iran progressent vers un possible accord de paix au Moyen-Orient, Téhéran affirme vouloir conserver le contrôle du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures.
- Les deux pays ont également conclu un accord prévoyant le déblocage immédiat de 12 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés.
Téhéran veut maintenir son emprise sur le détroit d’Ormuz. Malgré les signes de détente observés ces derniers jours entre Washington et Téhéran, la République islamique ne compte pas revenir à la situation qui prévalait avant le déclenchement de la guerre du 28 février.
Mardi 23 juin, les autorités iraniennes ont réaffirmé leur volonté de conserver le contrôle du détroit d’Ormuz, une voie maritime essentielle par laquelle transitent habituellement près de 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) consommés dans le monde.
Les discussions organisées le week-end dernier en Suisse ont pourtant permis de poser des « bases très solides pour aboutir à un accord final réussi », selon le vice-président américain JD Vance. Dans la foulée, Washington a annoncé une suspension de deux mois des sanctions pétrolières visant l’Iran.
Mais du côté iranien, le ton reste ferme. Mohammad Bagher Ghalibaf, chef de la délégation de négociation de Téhéran, a assuré que « l’administration du détroit d’Ormuz ne redeviendra jamais ce qu’elle était avant la guerre », ajoutant que « l’Iran administrera » désormais cette voie stratégique.
Cette position marque un changement majeur pour ce corridor maritime qui, avant le conflit, était libre de tout contrôle spécifique de la part de la République islamique.
Un accord sur le déblocage de 12 milliards de dollars
L’Iran a annoncé avoir conclu avec les États-Unis un accord portant sur la libération immédiate de 12 milliards de dollars d’avoirs gelés. Selon Kazem Gharibabadi, chef de la délégation iranienne chargée des discussions techniques, les fonds seront débloqués « en deux tranches de 6 milliards ».
Washington reste toutefois prudent quant à l’utilisation de ces ressources. JD Vance a précisé que les États-Unis veilleraient à ce qu’un éventuel déblocage d’avoirs iraniens « ne servirait pas à financer le terrorisme ».
Des négociations encadrées par le Pakistan et le Qatar
Les pourparlers, facilités par le Pakistan et le Qatar, doivent désormais aboutir à un document final dans un délai de 60 jours renouvelables. Dans ce cadre, la délégation iranienne conduite par Mohammad Bagher Ghalibaf s’est rendue à Oman afin de poursuivre les discussions relatives à la gestion future du détroit d’Ormuz.
Sur le volet énergétique, le département américain du Trésor a confirmé un allègement temporaire des restrictions visant le secteur pétrolier iranien. Selon Washington, « toutes les transactions » liées à la production, à la vente et au transport d’hydrocarbures iraniens « sont autorisées jusqu’au 21 août ».
Cette mesure vise à soutenir les négociations tout en offrant un répit économique à la République islamique, dont les exportations pétrolières constituent la principale source de revenus.
Le dossier nucléaire au cœur des discussions
Au-delà des questions énergétiques et financières, le programme nucléaire iranien demeure l’un des principaux sujets de contentieux entre les deux pays. Selon JD Vance, Téhéran aurait accepté le retour des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Une information qui n’a toutefois pas été officiellement confirmée par les autorités iraniennes.
Mardi, Téhéran a néanmoins annoncé la création de plusieurs groupes de travail consacrés au nucléaire et à la levée des sanctions.
À l’issue des discussions techniques organisées en Suisse, il a été décidé de mettre en place « quatre groupes de travail portant sur la levée des sanctions, le nucléaire, la reconstruction et le développement économique ainsi qu’un groupe de suivi », a déclaré Kazem Gharibabadi à l’agence officielle Irna.
Les inspections de l’AIEA toujours suspendues
La question des inspections internationales reste particulièrement sensible. Prévues dans le cadre de l’accord nucléaire de 2015, abandonné par Donald Trump en 2018, les missions de l’AIEA avaient été suspendues après les bombardements israélo-américains menés contre des installations iraniennes en juin 2025.
Depuis, les inspecteurs n’ont pas été autorisés à accéder aux sites touchés, alimentant les interrogations sur l’état réel des stocks d’uranium hautement enrichi détenus par l’Iran.
Téhéran continue de rejeter toute ambition militaire nucléaire, tout en défendant son droit à développer une filière nucléaire civile complète. Cette question devrait constituer l’un des points centraux des négociations au cours des prochaines semaines.
Vers un accord global d’ici la fin de l’été ?
La suspension temporaire des sanctions pétrolières, le déblocage d’avoirs iraniens et la création de groupes de travail spécialisés témoignent d’une dynamique de dialogue retrouvée entre Washington et Téhéran.
Toutefois, les divergences persistantes sur le contrôle du détroit d’Ormuz et les garanties nucléaires montrent que plusieurs obstacles majeurs demeurent avant la conclusion d’un accord global.
