- Le gouvernement renforce son plan de redressement budgétaire avec 3 milliards d’euros de gels de crédits supplémentaires sur l’État et la Sécurité sociale.
- Dans le même temps, Bercy révise sa prévision de croissance pour 2026 à 0,7 %, reconnaissant que l’objectif d’un déficit public limité à 5 % du PIB sera plus difficile à atteindre.
Le gouvernement serre un peu plus la vis budgétaire. Face à la dégradation des finances publiques, le gouvernement a annoncé mardi un nouveau tour de vis budgétaire à l’issue du comité d’alerte sur les finances publiques. Au total, 3 milliards d’euros d’économies supplémentaires seront réalisés grâce à des gels de crédits : 2 milliards d’euros sur les dépenses de l’État et 1 milliard d’euros sur la Sécurité sociale.
Le ministre chargé des Comptes publics, David Amiel, a justifié ces mesures par un risque de dérapage des comptes publics.
« On a aujourd’hui un risque de dérapage de la dépense publique de 5 milliards : 3 milliards sur l’État et la Sécurité sociale, des mesures devront être prises, et 2 milliards d’euros sur les collectivités locales », a-t-il déclaré lors d’un point presse.
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a toutefois tenu à distinguer les économies effectivement décidées des risques identifiés concernant les collectivités territoriales. Selon lui, les 2 milliards d’euros évoqués pour les collectivités ne constituent pas des économies actées, l’État ne pouvant imposer de telles décisions aux élus locaux.
David Amiel s’est néanmoins montré confiant :« Je ne doute pas que beaucoup d’élus locaux font preuve dans la période d’un très grand sens des responsabilités et que nous pourrons donc affiner les prévisions dans les prochaines semaines. »
Neuf milliards d’euros d’économies désormais programmés
Avec cette nouvelle annonce, le montant des économies décidées par l’exécutif atteint désormais 9 milliards d’euros pour 2026. En ajoutant les 2 milliards d’euros de risques identifiés concernant les collectivités locales, l’effort potentiel grimperait à 11 milliards d’euros.
Rappelons qu’en avril dernier, le gouvernement avait annoncé 6 milliards d’euros d’économies lors d’un précédent comité d’alerte, répartis entre 4 milliards d’euros sur les dépenses de l’État et 2 milliards d’euros dans la sphère sociale, afin de compenser notamment le coût du conflit au Moyen-Orient sur les finances publiques.
Le rapporteur général du budget au Sénat, Jean-François Husson, a toutefois regretté le manque de précisions sur ces nouvelles économies. Dans un communiqué, il estime que la réunion a été « ponctuée par l’annonce de 3 milliards d’euros supplémentaires de gels de crédits, dont le détail n’a même pas été donné ».
Une cible de déficit à 5 % du PIB qui se complique
Ces annonces interviennent dans un contexte budgétaire particulièrement tendu. Avec un déficit public de 5,1 % du PIB en 2025, la France affiche l’un des niveaux les plus élevés de la zone euro, derrière la Belgique. Dans le même temps, la dette publique atteint3.536,1 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB à la fin du premier trimestre.
Le gouvernement maintient son objectif de ramener le déficit à 5 % du PIB en 2026, tout en reconnaissant que la trajectoire sera difficile à respecter. « Il faut qu’on fasse tout pour s’en approcher au maximum », a déclaré Roland Lescure.
Bercy revoit sa prévision de croissance à la baisse
En parallèle de ce nouvel effort budgétaire, le ministre de l’Économie a annoncé une révision de la prévision de croissance française. Le gouvernement table désormais sur une progression du PIB de 0,7 % en 2026, contre 0,9 % jusqu’à présent.
Cette estimation rejoint désormais celles de l’Insee, du Fonds monétaire international (FMI) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui anticipent également une croissance de 0,7 % cette année. De son côté, la Banque de France reste plus prudente avec une projection limitée à 0,5 %.
Un premier semestre plus faible que prévu
Cette révision tient compte d’une série de facteurs défavorables observés depuis le printemps. L’économie française a enregistré un recul de 0,1 % du PIB au premier trimestre, tandis que le conflit au Moyen-Orient a pesé sur l’activité économique avant l’accord de cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis.
Selon le ministère de l’Économie, cette nouvelle prévision « tient compte d’un premier trimestre inférieur aux anticipations », d’un « deuxième trimestre qui devrait être marqué par les conséquences du conflit au Moyen-Orient sur l’activité » et « d’une approche prudente pour les troisième et quatrième trimestres ».
L’évolution récente de l’inflation offre néanmoins quelques motifs d’optimisme. Après avoir atteint 2,4 % sur un an en mai, elle est redescendue à 1,8 % en juin, favorisant un redémarrage progressif de la consommation.
Une reprise attendue, mais insuffisante
L’Insee prévoit un rebond technique de l’économie au deuxième trimestre avec une croissance de 0,3 %, avant un retour à un rythme plus modéré de 0,1 % aux troisième et quatrième trimestres.
Pour Roland Lescure, ces signaux restent insuffisants pour retrouver les ambitions initiales du gouvernement. « Si le reflux de l’inflation observé en juin et la reprise de la consommation constituent des signaux encourageants, ils ne devraient vraisemblablement pas suffire à atteindre une croissance de 0,9 % sur l’ensemble de l’année », précise -t-il.
Cette croissance plus faible réduit mécaniquement les recettes fiscales attendues et complique davantage la trajectoire budgétaire du gouvernement, qui devra poursuivre ses efforts d’économies pour tenter de ramener le déficit public à 5 % du PIB dès cette année.
