- Le gouvernement envisagerait de ramener le déficit public à 4,9 % du PIB en 2027, une réduction limitée qui nécessiterait malgré tout près de 28 milliards d’euros d’ajustements.
- Sans hausse générale des impôts, l’exécutif étudie plusieurs leviers sensibles, de la sous-indexation des pensions à la révision des niches fiscales et des dépenses de santé.
Le gouvernement pourrait retenir un objectif de déficit public de 4,9 % du produit intérieur brut (PIB) pour 2027. Cette hypothèse, révélée le 13 août par Le Monde, correspondrait à une baisse très limitée par rapport à la cible de 5 % fixée pour 2026.
Selon des sources ministérielles citées par Les Échos, l’exécutif chercherait à maintenir le déficit « sous les 5 % ». Ce cadrage n’a toutefois pas encore été officiellement confirmé, les arbitrages devant se poursuivre jusqu’à la présentation des textes budgétaires au début de l’automne.
Près de 28 milliards d’euros à trouver
Même limitée, la réduction du déficit nécessiterait environ 28 milliards d’euros d’économies ou de recettes supplémentaires. L’objectif de 4,9 % avait déjà été présenté comme un scénario central par les économistes Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla.
Selon Reuters, leur rapport, commandé par le gouvernement et remis au ministère de l’Économie et des Finances, alerte sur la dégradation possible des comptes publics français en l’absence de mesures correctrices.
Le document projette un déficit passant de 5 % du PIB en 2026 à 5,9 % en 2027, puis à près de 7 % en 2030. La dette publique pourrait alors dépasser 130 % du PIB, tandis que sa charge annuelle atteindrait 124 milliards d’euros à la fin de la décennie. Le rapport estime également à 126 milliards d’euros l’ajustement budgétaire nécessaire d’ici à 2032 pour stabiliser le ratio d’endettement.
Pierre Moscovici, alors président du Haut Conseil des finances publiques, estimait déjà en octobre 2025 que le retour à 3 %n’interviendrait « au mieux qu’en 2031 ».
Une trajectoire menacée dès 2026
La cible de 2026 demeure elle-même fragile. Le gouvernement vise un déficit limité à 5 % du PIB, après les 5,1 % enregistrés en 2025, selon les dernières données de l’Insee.
Le cabinet Rexecode estime toutefois que le déficit pourrait atteindre 5,2 % en 2026, notamment sous l’effet du ralentissement économique, du conflit au Moyen-Orient, du vieillissement démographique et du renchérissement de la dette.
Le déficit de 2026 demeure lui-même fragile. Le gouvernement vise un niveau limité à 5 % du PIB, après les 5,1 % enregistrés en 2025, selon les données de l’Insee.
Dans un entretien accordé au Figaro, reproduit sur le site de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, alors gouverneur de l’institution, avait averti qu’un déficit supérieur à 5 % « mettrait la France en danger ». Il évoquait notamment le risque d’une dégradation de la note souveraine, d’une défiance accrue des investisseurs et d’une hausse des taux d’intérêt supportés par l’État, les entreprises et les ménages.
Pas de hausse générale des impôts
Sébastien Lecornu a déjà fixé une ligne rouge fiscale. « Les textes que nous proposerons au conseil des ministres début octobre ne comprendront pas de proposition d’augmentation d’impôts », avait déclaré le Premier ministre en mai.
Cette promesse ne signifie cependant pas que tous les avantages fiscaux seront préservés. Dans un entretien accordé à Paris Match, Sébastien Lecornu a indiqué ne pas exclure « d’interroger l’efficacité de certaines niches fiscales et de lutter contre la fraude », des orientations également rapportées par Challenges.
Le pacte Dutreil, qui facilite sous certaines conditions la transmission d’entreprises, pourrait de nouveau faire l’objet d’ajustements après son durcissement en 2026. Le crédit d’impôt recherche, le crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile et l’abattement fiscal de 10 % sur les pensions pourraient également alimenter les discussions.
Dans le même temps, les budgets des armées et de la transition écologique devraient connaître les plus fortes augmentations. Hors charge de la dette et dépenses militaires, les crédits globaux des ministères progresseraient de 0,4 % en 2027.
La sous-indexation des retraites relancée
Le ministre affirme néanmoins vouloir « préserver les retraités les plus modestes ». La piste consisterait à revaloriser certaines pensions moins rapidement que l’inflation. Ce mécanisme peut être concentré sur les pensions les plus élevées afin de limiter ses conséquences sur le pouvoir d’achat des retraités modestes.
Selon Le Parisien, un scénario comprenant « trois taux différents » de revalorisation, déterminés en fonction du montant des pensions, ferait partie des options étudiées. Un gel total, susceptible de rapporter jusqu’à 6 milliards d’euros, semblerait en revanche écarté.
Une pension moyenne de 1.666 euros bruts
Selon l’édition 2025 de l’étude « Les retraités et les retraites » de la Drees, la pension mensuelle moyenne de droit direct des retraités résidant en France atteignait 1.666 euros bruts à la fin de 2023, soit 1.541 euros nets de prélèvements sociaux.
D’après une estimation de Rexecode citée par Les Échos, revaloriser les pensions supérieures à 3.000 euros à hauteur de seulement la moitié de l’inflation ne générerait qu’environ 700 millions d’euros d’économies.
Cette modulation pourrait également soulever une difficulté constitutionnelle au regard du principe d’égalité entre les assurés. Les seuils retenus, le montant total de la pension ou encore la prise en compte des revenus du ménage devront faire partie des arbitrages.
La santé également mise à contribution
Le financement des affections de longue durée (ALD) fait également l’objet de travaux. Ce régime assure une prise en charge renforcée des soins associés à une maladie grave ou chronique.
Un rapport de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale des affaires sociales recensait environ 13,7 millions de bénéficiaires en 2021, soit près de 20 % de la population couverte par l’Assurance-maladie.
Entre maîtrise des dépenses sociales, révision des niches fiscales et hausse des crédits régaliens, la préparation du budget 2027 s’annonce particulièrement délicate. L’objectif de 4,9 % permettrait au gouvernement d’éviter un ajustement brutal, mais repousserait une nouvelle fois le retour de la France sous la barre européenne des 3 %.
