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La dette américaine franchit pour la première fois le seuil des 40.000 milliards de dollars

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  • La dette publique brute des États-Unis a dépassé pour la première fois les 40.000 milliards de dollars, sur fond de déficits persistants et de hausse des charges d’intérêts.
  • L’envolée des rendements obligataires accroît la pression sur Washington, contraint de refinancer sa dette à un coût toujours plus élevé.

La dette du gouvernement fédéral américain vient de franchir un nouveau sommet historique. Mardi 18 août, son encours total a atteint 40.047 milliards de dollars, selon les données quotidiennes publiées par le département américain du Trésor.

Ce montant englobe à la fois la dette détenue par les investisseurs et les créances entre administrations fédérales. Il représente environ 125 % du produit intérieur brut (PIB) des États-Unis, contre un niveau inférieur à 60 % au moment de la crise financière de 2008.

Une progression plus rapide qu’anticipé

Le franchissement du seuil des 40.000 milliards de dollars intervient plus tôt que prévu. Les projections budgétaires tablaient jusqu’ici sur une dette brute proche de 39.400 milliards de dollars à la fin de l’année.

Cette progression s’explique principalement par l’accumulation de déficits publics élevés. Le gouvernement fédéral emprunte pour couvrir l’écart entre ses recettes et ses dépenses, notamment celles consacrées à la santé, à la sécurité sociale, aux réductions d’impôts et aux opérations militaires.

À ces besoins de financement s’ajoute une charge d’intérêts en forte augmentation. La remontée des taux oblige désormais le Trésor à renouveler une partie de ses emprunts à des conditions nettement moins favorables que celles observées au cours de la décennie précédente.

Les taux à trente ans au plus haut depuis 2007

Les tensions se sont particulièrement accentuées sur le marché obligataire. Mardi, le rendement des bons du Trésor à trente ans a atteint son niveau le plus élevé depuis 2007, à plus de 5,3 %. Les investisseurs réclament une rémunération supérieure pour détenir de la dette américaine à long terme, dans un contexte marqué par les déficits budgétaires, les incertitudes monétaires et les tensions inflationnistes.

La guerre au Moyen-Orient et la hausse des prix de l’énergie alimentent notamment les craintes d’un regain d’inflation. Une telle évolution pourrait limiter la capacité de la Réserve fédérale à réduire ses taux directeurs et maintenir durablement le coût du crédit à un niveau élevé.

Pour les finances publiques, le mécanisme est préoccupant : plus les rendements augmentent, plus Washington doit consacrer de ressources au service de sa dette, ce qui creuse à son tour le déficit et accroît les besoins d’emprunt.

Le Trésor double ses rachats d’obligations

Face aux tensions sur les marchés, le département du Trésor a annoncé mercredi une augmentation de ses opérations de rachat d’obligations à long terme. À compter du 9 septembre, leur montant maximal passera de 2 milliards à au moins 4 milliards de dollars par opération pour les titres arrivant à échéance entre dix et trente ans.

La mesure restera en vigueur jusqu’au 4 novembre, selon le communiqué du Trésor américain. Son objectif est d’améliorer la liquidité du marché obligataire en rachetant certaines anciennes émissions devenues moins faciles à négocier.

L’annonce a entraîné une détente temporaire des rendements. Elle ne règle toutefois pas les déséquilibres budgétaires à l’origine des inquiétudes des investisseurs, les montants concernés restant limités par rapport à la taille du marché de la dette américaine.

Des déficits jugés difficilement soutenables

Jessica Riedl, spécialiste du budget et de la fiscalité à la Brookings Institution, estime que la trajectoire des déficits fédéraux est devenue difficilement soutenable. Ses analyses sur les dépenses, les recettes et l’endettement américains sont détaillées dans le rapport budgétaire 2026 de la Brookings Institution.

« Il est bien connu que l’État fédéral suit une trajectoire de déficit qui n’est pas soutenable », a souligné Jessica Riedl, spécialiste des questions budgétaires à la Brookings Institution.

 Alors que des déficits compris entre 3 % et 4 % du PIB suffisaient autrefois à inquiéter les marchés, ils se situent désormais autour de 6 % à 7 %. « Cela a rendu les marchés plus nerveux », a-t-elle ajouté.

La spécialiste rappelle néanmoins que le franchissement d’un seuil symbolique ne provoque pas automatiquement une crise. Aucun ratio précis entre la dette et le PIB ne constitue à lui seul un point de rupture. La confiance des investisseurs, le niveau des taux, la croissance économique et la capacité du gouvernement à maîtriser ses déficits restent déterminants.

L’objectif de réduction du déficit s’éloigne

Donald Trump s’est engagé à réduire les dépenses publiques et le déficit annuel au cours de ses deux mandats. Son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a fixé pour objectif de ramener le déficit fédéral à 3 % du PIB.

Cette ambition paraît toutefois de plus en plus difficile à atteindre. Les remboursements de droits de douane aux entreprises, après leur invalidation par la Cour suprême en février, ont pesé sur les comptes publics. Les baisses d’impôts et l’augmentation des dépenses militaires, notamment dans le cadre du conflit avec l’Iran, ont également accru les besoins de financement.

Le franchissement des 40.000 milliards de dollars concerne toutefois la dette fédérale brute. Le département américain du Trésor distingue celle-ci de la dette détenue par le public, qui exclut notamment les créances entre administrations fédérales.

Cet indicateur est également privilégié par le Congressional Budget Office pour apprécier la trajectoire budgétaire des États-Unis. Selon ses projections, la dette détenue par le public devrait passer de 101 % du PIB en 2026 à 120 % en 2036, bien au-dessus du précédent record enregistré au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

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