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Carburants : pourquoi le Brent à 100 dollars n’explique pas à lui seul la flambée des prix

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  • Le Brent a franchi mercredi la barre symbolique des 100 dollars le baril, sous l’effet de la nouvelle escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran.
  • Mais, pour les automobilistes français, la pression vient surtout d’une pénurie mondiale de produits raffinés, qui fait bondir le prix du gazole et limite les perspectives de baisse à la pompe.

   Le répit paraît encore lointain pour les automobilistes. À l’issue d’une réunion avec les distributeurs de carburants, mercredi 9 septembre, le gouvernement a réaffirmé son opposition à des dispositifs d’aide généralisés, invoquant notamment la situation dégradée des finances publiques.

Bercy se dit toujours « défavorable » à des « mesures plus générales » pour compenser la hausse des prix. Les pouvoirs publics privilégient jusqu’à présent des aides ciblées sur les ménages et les secteurs professionnels les plus exposés.

À court terme, l’exécutif mise donc essentiellement sur les distributeurs, auxquels pourraient être demandés de nouveaux efforts commerciaux ou des mécanismes de plafonnement. L’évolution du marché pétrolier restera toutefois déterminante.

Le Brent repasse au-dessus de 100 dollars

Le Brent, principale référence mondiale du pétrole, a franchi mercredi matin les 100 dollars le baril pour la première fois depuis le 24 juillet. Selon les données de marché rapportées par Reuters, son cours dépassait 101 dollars dans la matinée, porté par les craintes entourant l’approvisionnement du Moyen-Orient.

Cette accélération traduit le retour brutal d’une prime de risque géopolitique. Les marchés ont notamment réagi à la destruction de cinq pétroliers iraniens par l’armée américaine, suivie d’une riposte de Téhéran. Les attaques menées par les Houthis contre des installations énergétiques saoudiennes renforcent également les inquiétudes.

À ce stade, un baril autour de 100 dollars ne correspond toutefois pas au scénario le plus extrême. Les investisseurs semblent surtout anticiper une guerre durable, susceptible de perturber davantage les exportations du Golfe, plutôt qu’une interruption complète de la production régionale.

Le détroit d’Ormuz cristallise les inquiétudes

L’attention se concentre sur le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite traditionnellement une part majeure du commerce pétrolier mondial. Une perturbation prolongée de la navigation réduirait fortement les volumes disponibles et compliquerait le recours à des itinéraires alternatifs.

Selon Reuters, les flux pétroliers dans le détroit, qui avaient retrouvé un niveau compris entre 8 et 9 millions de barils par jour avant la reprise des combats, sont retombés sous les 2 millions de barils quotidiens.

Le marché redoute également que les affrontements touchent de nouvelles infrastructures en Arabie saoudite : raffineries, terminaux d’exportation ou oléoducs. Les attaques contre les installations saoudiennes ont déjà élargi les risques au-delà des seules exportations iraniennes.

Plusieurs facteurs empêchent néanmoins une envolée immédiate vers les 150 ou 200 dollars : les stocks constitués avant l’aggravation du conflit, l’augmentation de la production dans plusieurs pays non membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et le ralentissement de la demande chinoise.

Les exportations qui continuent de transiter par Ormuz et les voies alternatives contribuent également à contenir les cours, comme le souligne une analyse de Reuters consacrée aux facteurs qui freinent la hausse du pétrole.

Une désescalade militaire pourrait ainsi provoquer un reflux rapide. À l’inverse, une intensification des attaques contre la navigation régionale pourrait pousser le Brent vers 120 dollars, selon un scénario avancé par Goldman Sachs.

Une pénurie plus marquée pour le gazole que pour le brut

Le cours du pétrole brut n’explique pourtant qu’une partie de la flambée actuelle. Les consommateurs achètent de l’essence, du gazole ou du fioul, et non du brut. Ces produits doivent être fabriqués dans des raffineries dont les capacités sont aujourd’hui fortement contraintes.

Plusieurs installations du Moyen-Orient et de Russie ont été endommagées ou fonctionnent au ralenti. Les restrictions russes sur les exportations de carburants accentuent cette contraction de l’offre, tandis que la demande de gazole reste élevée à l’approche de l’hiver.

« Il y a réellement une pénurie de produits, parce qu’il nous manque deux millions de barils par jour en provenance de Russie et près de deux millions en provenance du Moyen-Orient », a expliqué Russell Hardy, directeur général de Vitol, lors d’une conférence professionnelle à Singapour. Ses déclarations sont rapportées dans une analyse de Reuters sur les tensions affectant le marché mondial du gazole.

Le dirigeant du premier négociant indépendant mondial de pétrole estime que le marché du brut se trouve dans une situation moins tendue que celui des produits raffinés. La région moyen-orientale exporte encore environ 9 millions de barils de brut par jour, contre seulement 1 million de barils de produits transformés.

« Nous ne faisons toujours pas fonctionner suffisamment de capacités de raffinage pour empêcher la diminution des stocks », a-t-il ajouté.

Le transport des carburants se complique

La logistique constitue une contrainte supplémentaire. Le transport des produits raffinés nécessite un plus grand nombre de navires et une organisation plus fragmentée que celui du pétrole brut.

Les menaces pesant sur le détroit d’Ormuz, la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb obligent certains navires à emprunter des routes plus longues. Elles augmentent les coûts de fret tout en immobilisant plus longtemps les capacités de transport disponibles.

Les stocks de fioul dans les grands centres de stockage de Singapour, Amsterdam-Rotterdam-Anvers et Fujaïrah se situent ainsi environ 30 % sous leurs moyennes saisonnières des trois dernières années, selon des données compilées par Reuters.

Des marges de raffinage à des niveaux records

La pénurie apparaît clairement sur le marché européen. Début septembre, la prime du gazole par rapport au pétrole brut — appelée « marge de raffinage » ou crack spread — a dépassé 100 dollars le baril pour certaines livraisons en Europe du Sud. Le prix de gros du gazole a alors franchi 198 dollars le baril, d’après les données d’Argus Media rapportées par le Financial Times.

Cette marge ne correspond pas intégralement au bénéfice net des raffineurs. Elle mesure l’écart brut entre la valeur du carburant obtenu et celle du pétrole utilisé, avant la prise en compte des dépenses d’énergie, de transport, d’exploitation et de maintenance.

Elle constitue néanmoins un indicateur très concret de la pénurie de capacités industrielles. Elle explique également pourquoi le gazole peut augmenter plus rapidement que l’essence et pourquoi les carburants pourraient rester chers même si le Brent se stabilisait ou reculait légèrement.

La BCE alerte sur l’effet des capacités de raffinage

La Banque centrale européenne avait déjà mis en évidence cette déconnexion dans une analyse consacrée à la formation des prix des carburants.

Selon les calculs de la BCE, les perturbations intervenues au Moyen-Orient avaient provoqué une diminution d’environ 4,5 millions de barils par jour des exportations mondiales de produits raffinés au deuxième trimestre 2026.

Dans la zone euro, la contribution des coûts et marges de raffinage au prix du gazole est passée d’environ 0,10 euro par litre en février à 0,35 euro au cours des trois premières semaines de juillet. Pour l’essence, cette composante a atteint 0,23 euro par litre.

La BCE rappelle que les prix à la pompe dépendent de plusieurs éléments : cours du brut, raffinage, distribution, fiscalité et taxe sur la valeur ajoutée. La hausse du pétrole n’est donc répercutée que partiellement, mais une augmentation simultanée du brut et des marges de raffinage produit un choc beaucoup plus important.

Un nouveau risque pour l’inflation

Les banques centrales surveillent désormais les marges de raffinage presque autant que le cours du brut. « Nous ne consommons pas des barils de pétrole, nous consommons les produits dérivés du pétrole », a rappelé Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre.

Le phénomène dépasse directement la facture des automobilistes. L’augmentation du gazole renchérit le transport routier, les activités agricoles, les livraisons et les coûts de production de nombreuses entreprises. Ces surcoûts peuvent ensuite se répercuter sur les prix payés par les ménages.

Dans son rapport de politique monétaire de juillet 2026, la Banque d’Angleterre estime que la hausse de l’énergie pourrait ajouter environ 0,4 point à l’inflation britannique au second semestre. L’essence et le gazole représenteraient à eux seuls près de 0,3 point.

Pour les gouvernements comme pour les banques centrales, le principal danger ne vient donc plus seulement du prix du pétrole. Il réside aussi dans la capacité insuffisante du système mondial à transformer le brut et à acheminer les carburants jusqu’aux consommateurs.

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