- Le gouvernement entend privilégier la maîtrise des dépenses publiques afin d’éviter une hausse des impôts dans le budget 2027.
- Tout en renforçant les moyens des ministères régaliens et de plusieurs secteurs stratégiques, Sébastien Lecornu ouvre le débat sur une possible sous-indexation de certaines pensions de retraite.
Le cap fiscal est fixé. Dans un entretien accordé au Parisien, publié samedi 29 août, Sébastien Lecornu a dévoilé les premières orientations des budgets de l’État et de la Sécurité sociale pour 2027. Le Premier ministre exclut d’actionner les principaux leviers fiscaux et entend concentrer l’effort sur la dépense publique.
« La réduction de la dépense va être absolument prioritaire pour permettre la stabilité fiscale. D’abord parce que la croissance est fragile et qu’un choc fiscal pourrait la casser. Ensuite, il y a une présidentielle, ce n’est pas à ce gouvernement de toucher aux grands leviers fiscaux, c’est aux Français d’en décider », justifie le chef du gouvernement.
La baisse des dépenses érigée en priorité
Alors que le déficit public français a atteint 5,1 % du produit intérieur brut en 2025, Sébastien Lecornu estime que le déséquilibre des comptes publics ne pourra pas être corrigé par de nouvelles recettes fiscales.
« Nos problèmes sont d’abord des problèmes de dépenses. Toute la fiscalité du monde ne les réglera pas, cela serait toujours insuffisant », affirme-t-il. Le Premier ministre met également en garde contre le risque de voir de nouvelles contributions finir par peser sur les ménages : « C’est une manie française, on commence toujours par dire qu’on va taxer les plus riches, et à la fin, ce sont les classes moyennes qui paient ! »
L’exécutif souhaite ainsi que les dépenses progressent moins rapidement que l’inflation en 2027. Cette orientation implique des arbitrages délicats entre les ministères et au sein des dépenses sociales, dans un contexte de croissance fragile et de hausse des coûts liés au vieillissement de la population.
Les Armées, la Justice et l’Intérieur renforcés
Le gouvernement entend toutefois sanctuariser les fonctions régaliennes. « Ma priorité est d’abord de ne pas toucher à l’État régalien », assure Sébastien Lecornu.
Le ministère des Armées bénéficiera de l’augmentation la plus importante, avec 6,4 milliards d’euros supplémentaires en 2027. Cette hausse traduit la priorité accordée à la défense dans un environnement géopolitique dégradé.
Les crédits du ministère de l’Intérieur progresseront, pour leur part, de 600 millions d’euros. La Justice obtiendra une enveloppe supplémentaire de 400 millions d’euros, destinée « notamment à la pénitentiaire et au rattrapage numérique », précise le Premier ministre.
L’Éducation, la Recherche et l’Écologie préservées
Au-delà du régalien, plusieurs politiques publiques jugées stratégiques échapperont aux réductions budgétaires. Sébastien Lecornu refuse notamment de « sacrifier l’avenir » dans les domaines de l’éducation, de la recherche et de la transition écologique.
Le budget de l’Éducation nationale augmentera ainsi de 800 millions d’euros, malgré la diminution du nombre d’élèves liée à la démographie. La Recherche bénéficiera de 500 millions d’euros supplémentaires.
Les crédits consacrés à l’Écologie progresseront de 1,1 milliard d’euros. Cette enveloppe doit notamment renforcer le soutien aux énergies renouvelables et au Fonds vert, conformément aux demandes formulées par la gauche et les partis du socle gouvernemental.
Le Premier ministre promet également de préserver les moyens consacrés au logement social et à l’apprentissage.
Les aides face au coût des carburants bientôt prolongées
À plus court terme, Sébastien Lecornu confirme son intention de prolonger les aides accordées aux entreprises les plus exposées à la hausse des prix des carburants. Ces dispositifs doivent en principe prendre fin le 31 août, rendant nécessaire une décision rapide du gouvernement.
« Il faut donc qu’on continue de marcher sur nos deux jambes : l’accompagnement des filières impactées et des travailleurs les plus modestes, tout en déployant le plan électrification, qui est un vrai succès », affirme-t-il.
L’exécutif cherche ainsi à amortir le choc énergétique pour les secteurs les plus vulnérables tout en accélérant leur transition vers des solutions moins dépendantes des énergies fossiles.
L’agriculture, « dossier numéro un » de la rentrée
Face à l’ampleur de la sécheresse, le chef du gouvernement annonce également faire de l’agriculture son « dossier numéro un de la rentrée ».
Selon Sébastien Lecornu, « 90 départements sont touchés par des effondrements de production, c’est du jamais-vu depuis 30 ans ». Le Premier ministre estime que la loi agricole récemment adoptée apporte des réponses de moyen terme, mais la situation pourrait nécessiter de nouvelles mesures d’accompagnement en faveur des exploitants.
Cette priorité agricole s’inscrit dans un contexte marqué par la multiplication des aléas climatiques, la progression des coûts de production et la fragilisation de plusieurs filières.
Une possible sous-indexation de certaines retraites
Le dossier des retraites constitue l’un des arbitrages les plus sensibles du futur budget. Pour limiter la progression des dépenses, l’exécutif envisage de faire évoluer certaines prestations moins rapidement que l’inflation. Une telle orientation pourrait conduire à une sous-indexation d’une partie des pensions.
Sébastien Lecornu « exclut » toutefois de toucher aux petites retraites. Pour les autres pensions, il renvoie la décision aux discussions avec les formations politiques. Certains partis privilégient une modification de l’abattement fiscal de 10 % appliqué aux pensions au titre des frais professionnels.
« Il peut y avoir débat entre ces deux approches. En tout cas, on a besoin de pouvoir financer notre branche autonomie », explique le Premier ministre.
Faire contribuer autrement au coût du vieillissement
L’exécutif entend plus largement ouvrir une réflexion sur le financement de la dépendance et des soins apportés aux personnes âgées. « Dans une société qui vieillit et dans laquelle les soins coûtent de plus en plus cher pour nos anciens, comment financer ? Et comment les pensions de retraite de nos aînés pourraient être mises à contribution pour le soin des plus âgés ? », interroge Sébastien Lecornu.
Le chef du gouvernement assure qu’aucune décision définitive n’a encore été prise. « Je n’ai rien tranché. Mais je pose le sujet sur la table. Car on ne peut pas demander uniquement à ceux qui travaillent de payer tous les effets du vieillissement de la population. C’est un beau débat de société, pas que budgétaire… »
À quelques mois de l’élection présidentielle, le budget 2027 s’annonce ainsi comme un exercice d’équilibre : réduire les déficits sans augmenter les impôts, protéger les dépenses considérées comme prioritaires et obtenir un compromis parlementaire sur des économies politiquement sensibles.
