Emmanuel Macron a annoncé, jeudi 24 septembre, l'envoi de militaires, radars et systèmes de défense français pour protéger le terminal pétrolier saoudien de Yanbu, sur la mer Rouge. Présentée comme une opération de sécurisation des flux, l'annonce divise la classe politique, de Glucksmann à Mélenchon et Chenu.
| Article constitutionnel concerné | L’article 35Constitution française encadrant les interventions militaires à l'étranger |
|---|---|
| Délai d'information du Parlement | trois joursaprès le début d'une intervention des forces armées à l'étranger |
| Durée déclenchant une autorisation parlementaire | quatre moisau-delà, le gouvernement doit soumettre la prolongation à l'autorisation du Parlement |
Sécuriser les flux pétroliers pour desserrer la pression sur les prix des carburants : c’est l’objectif affiché par Emmanuel Macron pour justifier l’envoi de moyens militaires français en Arabie saoudite. Lors de son entretien sur TF1 et France 2, jeudi 24 septembre, le chef de l’État a annoncé un dispositif destiné à protéger le site de Yanbu, important terminal d’exportation de pétrole situé sur la mer Rouge.
Cette annonce, porte sur des soldats, des radars et des systèmes de défense. Le président présente cette mission comme une opération de protection, sans engagement de la France dans le conflit.
Sécuriser une voie d’exportation alternative à Ormuz
L’enjeu dépasse la seule défense d’une installation saoudienne. Le port de Yanbu offre une voie d’exportation du pétrole par la mer Rouge, alternative au passage par le détroit d’Ormuz. En protégeant ce débouché, Emmanuel Macron entend agir sur les tensions d’approvisionnement qui alimentent la hausse des prix.
L’exécutif mise ainsi sur la sécurisation des flux pour détendre les marchés pétroliers et, à terme, les prix à la pompe. Cette perspective économique se heurte toutefois à une interrogation politique : jusqu’où une mission défensive peut-elle exposer les forces françaises dans une région en guerre ?
Glucksmann approuve la stratégie présidentielle
Raphaël Glucksmann a apporté son soutien à cette orientation vendredi 25 septembre. Le fondateur de Place publique, candidat à la primaire socialiste et de ses alliés, estime qu’Emmanuel Macron a « raison » de vouloir protéger le terminal saoudien.
« Ca a du sens de faire en sorte qu’il y ait une stratégie (…) qui vise à sécuriser les routes d’approvisionnement alternatives au détroit d’Ormuz », a-t-il déclaré. Le président « a raison de dire qu’il faut régler le problème à la source », a-t-il ajouté.
Ce soutien fait ressortir les divergences à gauche sur la réponse à apporter aux conséquences énergétiques et militaires du conflit au Moyen-Orient.
LFI redoute un engrenage militaire
Jean-Luc Mélenchon s’est opposé à l’annonce présidentielle sur X. « Des troupes en Arabie saoudite, c’est s’installer sur un théâtre de guerre », a averti le leader de La France insoumise, avant de demander : « Si la base est frappée, que ferons-nous ? »
Craignant que cette décision ne conduise la France à devenir belligérante, il réclame un vote de l’Assemblée nationale.
La députée insoumise Clémence Guetté a également demandé une discussion parlementaire, vendredi sur France Inter. « Le chef de l’État ne peut pas envoyer de troupes dans un conflit qui est aussi brûlant que celui qui a lieu au Proche et au Moyen-Orient en ce moment sans qu’une discussion ait lieu devant le Parlement national », a-t-elle déclaré.
Le RN conteste les risques pris par la France
Au Rassemblement national, Sébastien Chenu rejette lui aussi la solution retenue. « C’est nous engager dans un coin du monde où la situation n’est pas stabilisée », a estimé le vice-président du parti sur BFMTV.
« C’est prendre un certain nombre de risques que nous ne voulons pas prendre et que nous n’avons pas à prendre parce que nous n’avons pas ces accords de défense qui nous lient et qui font de l’Arabie saoudite, un partenaire », a-t-il poursuivi.
S’il se montre réservé sur la demande de discussion portée par LFI, sa position sur un éventuel scrutin est claire : « S’il y avait un vote (…) on ne serait pas d’accord ».
Ce que prévoit la Constitution
L’article 35 de la Constitution impose au gouvernement d’informer le Parlement au plus tard trois jours après le début d’une intervention des forces armées à l’étranger, en précisant les objectifs poursuivis. Cette information peut être suivie d’un débat, sans vote.
Le texte ne prévoit donc pas d’autorisation parlementaire préalable pour ce type d’intervention. En revanche, lorsque sa durée excède quatre mois, le gouvernement doit soumettre sa prolongation à l’autorisation du Parlement. La demande d’un vote immédiat formulée par Jean-Luc Mélenchon relève ainsi d’une exigence politique distincte de cette procédure constitutionnelle
Questions fréquentes
Pourquoi la France envoie des militaires en Arabie saoudite ?
Pour protéger le terminal pétrolier de Yanbu, sur la mer Rouge, et sécuriser une voie d'exportation alternative au détroit d'Ormuz, afin de détendre les marchés et les prix à la pompe.
Que dit l'article 35 sur l'envoi de troupes à l'étranger ?
Il impose au gouvernement d'informer le Parlement au plus tard trois jours après le début de l'intervention. Un débat sans vote peut suivre, sans autorisation préalable requise.
Quelle est la position de Mélenchon sur Yanbu ?
Jean-Luc Mélenchon s'oppose à l'annonce, craignant un engrenage militaire. « Des troupes en Arabie saoudite, c'est s'installer sur un théâtre de guerre », a-t-il averti, réclamant un vote de l'Assemblée.
Que pense Glucksmann de la stratégie de Macron ?
Raphaël Glucksmann approuve, estimant que Macron a « raison » de sécuriser les routes d'approvisionnement alternatives au détroit d'Ormuz et de vouloir régler le problème à la source.
