20.1 C
Paris
lundi, mai 25, 2026
AccueilCultureCanal+ : la LDH et la CGT Spectacle attaquent le groupe pour...

Canal+ : la LDH et la CGT Spectacle attaquent le groupe pour discrimination

Date:

  • La LDH et la CGT Spectacle engagent une action en justice contre Canal+, après les propos de Maxime Saada visant les signataires d’une tribune anti-Bolloré.
  • Les organisations dénoncent une décision discriminatoire dans un secteur fortement dépendant du financement du groupe audiovisuel.

   Une offensive judiciaire contre Canal+. La Ligue des droits de l’homme et la CGT Spectacle ont annoncé, samedi 23 mai, engager une action en justice à Nanterre contre Canal+. Les deux organisations accusent le groupe audiovisuel d’avoir violé la loi en excluant de futures collaborations avec les signataires d’une tribune critiquant l’influence de Vincent Bolloré dans le cinéma français.

Dans un communiqué, elles dénoncent le « choix brutal de discriminer » de Maxime Saada, président du directoire de Canal+, et affirment que « Canal+ comparaîtra devant la justice pour avoir violé la loi ».

Les propos de Maxime Saada au cœur de la procédure

La polémique est née après les déclarations du dirigeant de Canal+, qui avait affirmé : « Si certains en viennent à qualifier Canal+ de “crypto-fasciste”, alors je ne peux pas accepter de collaborer avec eux. »

Pour la LDH et la CGT Spectacle, ces propos ne relèvent pas d’une simple « réaction à chaud ». Les organisations estiment qu’ils traduisent une volonté de sanctionner une expression politique et syndicale, dans un secteur où Canal+ occupe une place centrale dans le financement des films.

Elles accusent Maxime Saada de vouloir « musler les voix qui s’élèvent dans la profession contre l’emprise croissante de Vincent Bolloré sur l’ensemble de la chaîne de fabrication et de diffusion du cinéma ».

« La discrimination est établie », selon la LDH

Sur franceinfo, Arié Alimi, avocat et vice-président de la LDH, a estimé que « la discrimination est établie ». Selon lui, les propos du patron de Canal+ produisent un effet immédiat sur l’ensemble de la filière.

« À partir du moment où [les dirigeants de Canal+] sont affirmatifs, il y a un caractère performatif », a-t-il expliqué. L’avocat considère que la discrimination est « consommée » dès lors que des sociétés de production pourraient être réticentes à travailler avec les signataires afin de préserver leurs chances d’obtenir un financement.

L’action au civil vise d’abord à obtenir l’annulation « sous astreinte » de la décision attribuée à Maxime Saada. Elle demande également la désignation d’un mandataire chargé de constater d’éventuelles discriminations au sein du groupe Canal+.

Pour les organisations requérantes, l’enjeu dépasse le cas individuel des signataires. Il touche à l’équilibre économique du cinéma français, largement dépendant des investissements des grands diffuseurs.

Une mobilisation contre l’influence de Vincent Bolloré

La tribune anti-Bolloré, publiée le 11 mai dans Libération, dénonçait « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le cinéma par l’intermédiaire du milliardaire breton. Le texte s’inscrit dans un climat de tensions plus large autour de la concentration des médias et des industries culturelles.

Les signataires s’inquiétaient notamment du projet de Canal+ de prendre le contrôle total d’UGC, dont le groupe a acquis 34 % du capital en septembre. L’Olympia, salle emblématique parisienne, appartient également au groupe Bolloré.

Vincent Bolloré contrôle par ailleurs plusieurs médias, dont CNews, Europe 1 et Le JDD, ainsi que des actifs dans l’édition, l’audiovisuel, la production et la distribution.

La CGT dénonce un « climat de peur »

La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, avait déjà dénoncé un « climat de peur » dans le cinéma français. Sur franceinfo, elle avait salué « le courage de celles et ceux qui osent briser l’omerta ».

La CGT Spectacle prévoit également un rassemblement le 30 mai devant l’Olympia afin d’« exiger des mesures pour protéger notre démocratie ».

Une possible action devant Bruxelles

Au-delà de la procédure engagée à Nanterre, une action devant la Commission européenne est envisagée, sans calendrier précis. Les organisations veulent faire reconnaître un possible « abus de dépendance économique » de Canal+, dans un contexte de concentration croissante des industries culturelles autour de Vincent Bolloré.

Le collectif « Zapper Bolloré » a reçu le soutien de plusieurs personnalités internationales, parmi lesquelles Javier Bardem et Ken Loach.

Les plus populaires