- Les fruits et légumes biologiques coûtent jusqu’à 81 % plus cher en raison de marges jugées excessives par les associations de consommateurs.
- Dans le même temps, un rapport sénatorial dénonce des pratiques « prédatrices » de la grande distribution envers agriculteurs et industriels, relançant le débat sur la répartition de la valeur dans l’alimentation.
La grande distribution est une nouvelle fois sous le feu des critiques. Selon une étude de l’association Que Choisir ensemble révélée par Le Parisien, les enseignes appliqueraient des marges nettement plus élevées sur les fruits et légumes biologiques que sur leurs équivalents conventionnels.
D’après les calculs de l’association, la marge brute pratiquée sur les produits bio est en moyenne 81 % supérieure à celle observée sur les produits issus de l’agriculture conventionnelle. L’exemple des tomates illustre cet écart : le kilo est vendu en moyenne 5,84 euros en bio contre 3,26 euros en conventionnel. Pourtant, la part revenant aux agriculteurs est proportionnellement plus faible dans le bio, représentant environ 37 % du prix final contre 47 % pour le conventionnel.
« Une politique de marge opportuniste sur un marché de niche », dénonce Que Choisir ensemble, qui estime qu’un foyer souhaitant privilégier les fruits et légumes bio doit dépenser environ 732 euros par an, contre 460 euros pour des produits conventionnels. « Les fruits et légumes bio subissent donc une double peine qui les rend encore plus inaccessibles », regrette l’association.
Les distributeurs défendent leurs pratiques
Les enseignes de la grande distribution contestent toutefois ces accusations. Isabelle Senand, directrice des études de la Fédération du commerce et de la distribution, assure que « les prix plus élevés en bio reflètent avant tout des coûts de production, de logistique et de conservation plus importants ».
Face à ces prix jugés trop élevés, une quarantaine d’associations, dont Que Choisir ensemble, réclament désormais « une loi d’urgence » afin d’imposer « la vente en supermarché de 100 produits sains à prix coûtant ».
Un rapport sénatorial accable la grande distribution
Cette polémique intervient dans un contexte particulièrement tendu entre distributeurs, industriels et agriculteurs. Quelques jours auparavant, une commission d’enquête du Sénat avait publié un rapport très sévère sur les pratiques commerciales des grandes enseignes comme Carrefour, E.Leclerc, Intermarché ou la Coopérative U.
Les sénateurs dénoncent des méthodes de négociation « assises sur la menace, l’intimidation et la contrainte », dans un contexte de guerre des prix exacerbée. Plusieurs industriels auraient demandé à être auditionnés à huis clos par crainte de représailles commerciales.
Selon le rapport, certaines centrales d’achat menacent leurs fournisseurs de réduire brutalement leurs commandes ou de déréférencer leurs produits s’ils refusent les conditions tarifaires imposées. Ces diminutions de commandes peuvent représenter jusqu’à 60 % desventes réalisées avec un distributeur, provoquant parfois « plusieurs millions d’euros » de pertes sur des produits périssables.
Les lois Egalim jugées contournées
La rapporteure écologiste de la commission, Antoinette Guhl, accuse également les distributeurs de contourner les lois Egalim, censées protéger les revenus agricoles. « La centrale d’achat Leclerc nous a dit très clairement : “nous ne respectons pas la loi française” », affirme-t-elle auprès de franceinfo.
Selon le rapport, les centrales d’achat européennes permettraient de contourner les règles françaises sur la rémunération des producteurs. La sénatrice estime qu’« il y a beaucoup de mécanismes de contournement de la loi ».
Une répartition de la valeur toujours contestée
Le rapport met également en lumière le déséquilibre persistant dans le partage de la valeur alimentaire. Sur 100 euros dépensés par les consommateurs, plus de 40 euros iraient à la distribution, contre seulement 8 euros aux agriculteurs et 13 euros à l’industrie agroalimentaire.
Les distributeurs rappellent pour leur part que leurs marges nettes restent limitées, de l’ordre de 1 à 2 %. Un argument que nuance Antoinette Guhl : « J’entends ce chiffre de 1 à 2 % de marges mais réalisé sur des chiffres d’affaires qui représentent des dizaines de milliards d’euros ».
Des « services » facturés aux industriels dans le collimateur
Les sénateurs s’inquiètent également du développement de services commerciaux facturés aux industriels par les distributeurs. Certains fournisseurs évoquent des prestations imposées, comme des rendez-vous stratégiques « Top to top » entre dirigeants, pouvant coûter plus de 350.000 euros.
« C’est une forme de péage pour pouvoir être distribué », estime la rapporteure de la commission, qui parle clairement « d’abus de pouvoir ». Selon le Sénat, ces services peuvent représenter jusqu’à 40 % du chiffre d’affaires de certains industriels, sans justification économique réelle.
Vers davantage de transparence sur les marges ?
Pour répondre à ces dérives présumées, les sénateurs proposent plusieurs mesures destinées à renforcer la transparence dans la chaîne alimentaire. Parmi elles : la publication annuelle de l’évolution des prix payés par les consommateurs comparée à celle des tarifs négociés avec les fournisseurs, ainsi qu’un affichage obligatoire des marges sur les produits bruts, notamment les fruits et légume
