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Tunisie : 430 millions de dollars pour moderniser la STEG et sécuriser le réseau électrique

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Kaïs Saïed a ratifié deux garanties couvrant 384,8 millions d'euros de la Banque mondiale et 30 millions de dollars du Clean Technology Fund pour la STEG. Ces financements soutiennent le programme TEREG, destiné à moderniser le réseau, intégrer 2,8 GW d'énergies renouvelables et assainir les finances de l'opérateur.

Faits clés
Prêt BIRD 384,8 millions d'eurosBanque internationale pour la reconstruction et le développement
Financement Clean Technology Fund 30 millions de dollarsfinancement concessionnel pour la transition énergétique
Capacités renouvelables à intégrer 2,8 gigawattsd'ici à 2028, selon la Banque mondiale
Endettement de la STEG 7,356 milliards de dinarsau 23 juin 2026
Créances impayées de la STEG 6,061 milliards de dinarsparticuliers, entreprises et établissements publics

   La ratification présidentielle ouvre la voie à l’un des plus importants programmes récents de transformation du secteur électrique tunisien. Par deux décrets publiés au Journal officiel de la République tunisienne (JORT) du 21 juillet 2026, le président Kaïs Saïed a officiellement garanti deux financements internationaux accordés à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG).

Le premier, d’un montant de 384,8 millions d’euros, provient de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), institution du groupe de la Banque mondiale. Le second porte sur 30 millions de dollars mobilisés par l’intermédiaire du Fonds pour les technologies propres, ou Clean Technology Fund.

Ces enveloppes doivent financer le programme TEREG — Tunisia Energy Reliability, Efficiency and Governance Improvement Program — dont l’ambition dépasse la seule rénovation des infrastructures. Il s’agit à la fois d’améliorer la fiabilité du réseau, d’accélérer le développement des énergies renouvelables et de rétablir progressivement les équilibres économiques de la STEG.

Un programme de transformation plutôt qu’un simple prêt

Le décret n° 2026-138 du 20 juillet ratifie la convention de garantie conclue le 3 novembre 2025 entre la Tunisie et la BIRD. Celle-ci couvre le prêt de 384,8 millions d’euros destiné à financer l’amélioration de la fiabilité, de l’efficacité et de la gouvernance du secteur énergétique.

Le décret n° 2026-139 concerne la convention conclue à la même date avec la BIRD, agissant comme entité de mise en œuvre du Fonds pour les technologies propres. Ce financement concessionnel complémentaire de 30 millions de dollars doit principalement accompagner les investissements liés à la transition énergétique.

D’après la documentation officielle de la Banque mondiale, le programme TEREG repose sur trois priorités : accroître la capacité de production renouvelable, améliorer la continuité de l’approvisionnement électrique et renforcer les performances financières et opérationnelles de la STEG.

Le dispositif fonctionne en partie selon une logique de résultats. Les décaissements sont associés à des objectifs précis, notamment la réduction des pertes techniques et commerciales, l’amélioration du recouvrement des factures, la diminution des interruptions de service et le renforcement de la transparence financière.

Pour la Tunisie, l’enjeu est de préparer un réseau électrique encore largement dépendant du gaz naturel à l’arrivée de nouvelles capacités solaires et éoliennes.

Selon la Banque mondiale, le programme doit contribuer à mobiliser 2,8 milliards de dollars d’investissements privés et permettre l’ajout de 2,8gigawatts de capacités renouvelables d’ici à 2028. L’institution estime également que ces projets pourraient générer plus de 30.000 emplois, principalement pendant leur phase de construction.

La modernisation du réseau doit permettre à la STEG d’absorber cette production intermittente sans dégrader la stabilité du système électrique. Elle suppose de renforcer les infrastructures de transport, les postes électriques, les outils de planification et les dispositifs de pilotage du réseau.

La Banque mondiale fixe aussi un objectif de réduction de neuf minutes de la durée moyenne annuelle des interruptions d’électricité par client. Son rapport de suivi publié en juin 2026 précise que la STEG travaille au renforcement de la maintenance des postes ainsi qu’à l’amélioration de la collecte des données relatives aux coupures.

Une STEG fragilisée par la dette et les impayés

La réussite du programme dépendra toutefois de la capacité de la STEG à assainir sa situation financière. Au 23 juin 2026, l’endettement de l’entreprise atteignait 7,356 milliards de dinars, tandis que ses créances impayées auprès des particuliers, des entreprises et des établissements publics s’élevaient à 6,061 milliards de dinars.

Ces chiffres ont été communiqués devant la commission des Finances de l’Assemblée des représentants du peuple, selon La Presse de Tunisie.

À cette accumulation de dettes s’ajoute une forte exposition aux prix des hydrocarbures. Les représentants de la STEG ont indiqué que plus de 95 % de la production électrique tunisienne dépendait encore du gaz naturel. Le combustible représenterait environ 72 % du coût de production de l’électricité, selon les informations rapportées lors des travaux parlementaires par African Manager.

Cette dépendance pèse sur les comptes de l’entreprise et, par ricochet, sur le budget de l’État. La Banque mondiale estime que le programme pourrait réduire de 23 % les coûts d’approvisionnement électrique et faire progresser le taux de couverture des coûts de la STEG de 60 % à 80 %. L’objectif affiché est également de réduire de 2,045 milliards de dinars les subventions supportées par les finances publiques.

Des réformes conditionnent les décaissements

Les financements ne constituent donc pas un chèque sans contrepartie. Ils sont liés à une série de réformes portant sur la facturation, le recouvrement des créances, la gouvernance de l’opérateur et la régulation du marché électrique.

Le programme prévoit notamment une diminution des impayés accumulés par les administrations publiques, l’élaboration d’états financiers audités selon les normes internationales IFRS et l’amélioration du contrat de performance conclu entre l’État et la STEG. Il doit aussi soutenir la création d’une autorité de régulation du secteur électrique.

Le rapport de suivi de la Banque mondiale daté du 12 juin 2026 jugeait l’avancement général du programme « satisfaisant », tout en maintenant son niveau global de risque à « substantiel ». Il signalait surtout qu’aucun décaissement n’avait encore été enregistré à cette date, l’entrée en vigueur formelle du programme restant attendue.

La ratification des garanties par Kaïs Saïed lève ainsi un verrou juridique essentiel, sans résoudre à elle seule les fragilités structurelles de l’entreprise.

Une adoption parlementaire sous tension

Les deux conventions ont été ratifiées après une séquence agitée à l’Assemblée des représentants du peuple. Le report de leur examen avait suscité de vives critiques, plusieurs députés accusant le président de l’ARP, Brahim Bouderbala, d’avoir voulu influer sur le vote en l’absence de certains parlementaires. Certains élus avaient qualifié cet épisode de « scandale ».

Les textes ont finalement été adoptés le 14 juillet. Le prêt principal a recueilli 72 voix pour, 19 contre et six abstentions, tandis que le financement de 30 millions de dollars a été approuvé par 67 voix contre 25, avec cinq abstentions, selon le compte rendu publié par La Presse de Tunisie.

La mise à disposition des financements place désormais la STEG face à une obligation de résultats. La modernisation des équipements ne pourra produire ses effets que si elle s’accompagne d’un meilleur recouvrement des factures, d’une réduction des pertes du réseau et d’une gouvernance financière plus rigoureuse. Pour la Tunisie, l’enjeu consiste autant à sécuriser l’électricité qu’à rendre durablement finançable son modèle énergétique.

Questions fréquentes

Combien la Tunisie a-t-elle obtenu pour moderniser la STEG ?

La STEG bénéficie de 384,8 millions d'euros de la BIRD (Banque mondiale) et de 30 millions de dollars du Fonds pour les technologies propres, ratifiés par décrets présidentiels.

Quel est l'objectif du programme TEREG ?

Améliorer la fiabilité du réseau, accélérer les énergies renouvelables et rétablir les équilibres financiers de la STEG, avec 2,8 GW de capacités renouvelables à intégrer d'ici 2028.

Quelle est la situation financière de la STEG ?

Au 23 juin 2026, son endettement atteignait 7,356 milliards de dinars et ses créances impayées 6,061 milliards de dinars, selon la commission des Finances de l'ARP.

La production électrique tunisienne dépend-elle du gaz ?

Oui, plus de 95 % de la production dépend encore du gaz naturel, qui représente environ 72 % du coût de production de l'électricité.

La Rédactionhttps://echosplus.com
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