- Le trafic commercial dans le détroit d’Ormuz est tombé à un niveau historiquement bas, avec seulement deux traversées recensées lundi 24 août selon des données préliminaires.
- Le durcissement des sanctions américaines contre l’Iran et la mise sur liste noire de dizaines de pétroliers accentuent les risques pesant sur l’approvisionnement énergétique mondial.
Le détroit d’Ormuz se rapproche de la paralysie. Seuls deux navires de transport y ont été détectés lundi 24 août, un niveau inédit depuis le début du mois de mai et très inférieur à la moyenne mobile sur dix jours, établie à 14 traversées.
Ces données restent toutefois provisoires. Plusieurs bâtiments naviguent désormais avec leur système d’identification automatique (AIS) désactivé afin de limiter leur traçabilité dans cette zone particulièrement exposée. Le nombre réel de passages pourrait donc être légèrement supérieur.
Le ralentissement s’était déjà confirmé durant le week-end : selon les données de suivi maritime de Kpler rapportées par Reuters, 13 navires transportant des marchandises avaient franchi le détroit samedi, contre seulement quatre dimanche.
Une chute de près de 90 % depuis le début de la guerre
Avant le déclenchement, le 28 février, de la guerre menée contre l’Iran par les États-Unis et Israël, entre 130 et 140 navires traversaient quotidiennement ce passage stratégique. Le trafic observé ces dernières semaines évolue ainsi à environ 10 % de son niveau d’avant-guerre.
Situé entre l’Iran et Oman, le détroit d’Ormuz constitue l’une des principales artères du commerce énergétique international. Avant le conflit, près d’un cinquième des expéditions mondiales de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié transitait par cette voie maritime reliant le golfe Persique à la mer d’Arabie.
En représailles aux opérations militaires américaines et israéliennes, Téhéran a rapidement imposé une fermeture de facto du passage. Les attaques contre plusieurs bâtiments, les restrictions de navigation et les menaces de saisie ont progressivement détourné les armateurs de la zone.
L’Iran place 45 pétroliers sur liste noire
La pression iranienne s’est encore renforcée lundi. La nouvelle Autorité du détroit du golfe Persique a annoncé l’inscription de 45 pétroliers sur une liste noire, leur reprochant d’avoir enfreint les règles de passage imposées par Téhéran.
Les navires concernés s’exposent désormais à des amendes, à une immobilisation ou à la confiscation de leur cargaison. L’Iran a également menacé de sanctionner les bâtiments qui participeraient à des transferts de cargaisons avec les pétroliers visés. Cette décision concerne notamment des navires liés à plusieurs grands opérateurs internationaux, selon Reuters.
Cette nouvelle étape devrait dissuader davantage les compagnies maritimes de reprendre leurs traversées. Les armateurs doivent déjà composer avec l’envolée des primes d’assurance, les risques d’attaque et le coût des mesures de protection.
Washington élargit ses sanctions contre Téhéran
Cette escalade intervient alors que l’administration de Donald Trump renforce sa campagne de pression économique contre l’Iran. Le département américain du Trésor a lancé lundi l’« Operation Economic Outcast », un dispositif visant à isoler davantage le régime iranien et les acteurs étrangers qui continuent de commercer avec lui.
Les nouvelles mesures étendent notamment le risque de sanctions secondaires aux secteurs des actifs numériques, des technologies, de l’or, de l’aviation et du transport maritime. Washington a également sanctionné 60 personnes, entreprises et navires présentés comme liés aux réseaux économiques iraniens, selon le Trésor américain.
L’objectif est de menacer d’exclusion du système financier américain les entreprises et les pays qui faciliteraient encore les échanges avec Téhéran. L’Iran a promis de riposter, tout en affirmant que ses principaux partenaires commerciaux résisteraient aux pressions exercées par Washington.
Le pétrole reste installé au-dessus de 90 dollars
L’effondrement du trafic dans le détroit d’Ormuz maintient une forte prime de risque sur les marchés pétroliers. Malgré un léger repli lundi, le baril de Brent a terminé à 92,17 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) américain s’est établi à 85,01 dollars.
La persistance du conflit et l’absence de perspective diplomatique crédible pourraient durablement maintenir le Brent au-dessus de 90 dollars. Les stocks de secours mobilisés depuis le début de la crise diminuent, tandis que les capacités d’exportation alternatives restent insuffisantes pour remplacer totalement le détroit.
Cette tension énergétique alimente les pressions inflationnistes à l’échelle mondiale. Elle renchérit les carburants, le transport et les coûts de production des entreprises, au moment où plusieurs grandes économies cherchent encore à stabiliser la hausse des prix.
