Quelques heures après la présentation par Marine Le Pen d'un programme visant 140 milliards d'euros d'économies d'ici 2032, Roland Lescure en a contesté les fondements. Le ministre de l'Économie juge irréalistes l'hypothèse de croissance de 1,8 % et les mesures sur l'Europe, l'immigration et la taxe sur les rachats d'actions.
| Objectif d'économies du RN | 140 milliards d'euros net d'économies d'ici 2032Programme présenté par Marine Le Pen |
|---|---|
| Hypothèse de croissance retenue | 1,8 %Prévision du RN pour les cinq années à venir, contestée par Lescure |
| Économies sur le budget européen | 9 milliards d'euros d'économies par anNécessiterait l'accord des 26 autres États membres selon le ministre |
| Économies sur l'immigration | 15 milliards d'euros d'économiesJugées anticonstitutionnelles par Lescure |
| Recettes attendues taxe rachats d'actions | 11,4 milliards d'eurosDès la première année ; rachats du CAC 40 en 2025 situés à un peu moins de 35 milliards |
La riposte du gouvernement n’a pas tardé. Quelques heures après la présentation par Marine Le Pen d’un programme visant « 140 milliards d’euros net d’économies d’ici 2032 », Roland Lescure en a attaqué les fondements lors des questions au gouvernement. Interpellé par le député du Rassemblement national (RN) Jean-Philippe Tanguy, le ministre de l’Économie a estimé « qu’avec un budget Le Pen, on rêverait en couleurs et on raserait gratis ».
« Vous rêvez en couleurs », a-t-il lancé à plusieurs reprises, dans un échange rapporté par l’AFP, dont la dépêche est publiée par Bourse Direct. Au cœur de ses critiques : des perspectives économiques jugées trop favorables et des mesures dont il conteste la faisabilité.
Une hypothèse de croissance de 1,8 % contestée
Premier point de friction, la prévision de croissance de 1,8 % retenue par le RN pour les cinq années à venir. « C’est bien au-dessus de ce que tous les économistes sérieux français et internationaux planifient », a affirmé Roland Lescure.
Le ministre a également mis en doute la portée de la « règle d’or » de sérieux budgétaire que Marine Le Pen souhaite inscrire dans la Constitution. À ses yeux, il ne suffit pas « d’inscrire dans la Constitution un texte pour que les économies s’en suivent ». Une manière de contester la capacité de cet engagement institutionnel à garantir, à lui seul, la réalisation des économies annoncées.
Budget européen : les économies promises au défi des négociations
Roland Lescure a ensuite ciblé les propositions concernant l’Union européenne et l’immigration, dénonçant « des mesures parfaitement incantatoires et totalement inapplicables ».
Sur le volet européen, le RN entend dégager 9 milliards d’euros d’économies par an. Le ministre a fait valoir que leur réalisation nécessiterait l’accord des 26 autres États membres, une issue qu’il juge incertaine.
Il a aussi mis en garde contre les conséquences de telles économies pour les bénéficiaires français des financements européens. Selon lui, les premiers à en pâtir seraient « les agriculteurs français, premiers bénéficiaires de la PAC (politique agricole commune), les entreprises françaises qui bénéficient de subventions, les laboratoires de recherche français qui bénéficient des programmes de recherche européens ».
Immigration : Lescure invoque des obstacles constitutionnels et sanitaires
Autre cible du ministre, les 15 milliards d’euros d’économies que Marine Le Pen propose de réaliser sur l’immigration. Roland Lescure y voit des « mesures pour la plupart anticonstitutionnelles qui auraient des impacts délétères sur la santé des Français et pas seulement des immigrés, des mesures à la va-comme-je-te-pousse ».
Le ministre conteste ainsi à la fois leur solidité juridique et leurs conséquences sanitaires. Ces appréciations constituent les arguments avancés par le gouvernement contre ce volet du programme du RN.
Les recettes attendues des rachats d’actions mises en doute
Roland Lescure a également contesté le rendement espéré de la taxe sur les rachats d’actions défendue par le RN. Le parti souhaite en tirer 11,4 milliards d’euros dès la première année.
Pour mettre en cause cet objectif, le ministre l’a rapproché du montant des rachats d’actions réalisés par les entreprises du CAC 40 en 2025, qu’il a situé à un peu moins de 35 milliards d’euros. Cette comparaison nourrit sa critique du chiffrage, sans suffire à préciser l’assiette ni les modalités de la taxe envisagée.
La détente des taux de la dette alimente aussi la confrontation
L’échange s’est enfin déplacé sur le terrain des marchés financiers. Alors que le RN a attribué au discours de Marine Le Pen la légère détente des taux de la dette française observée à la mi-journée, Roland Lescure a récusé cette lecture. Selon lui, la baisse relevait d’« un mouvement global, qui concerne la France, l’Italie et tant d’autres ».
Jean-Philippe Tanguy a, de son côté, repris la formule du ministre pour défendre le projet de son camp : « nous rêvons en couleurs, c’est la renaissance pour la France avec Marine Le Pen ». Roland Lescure lui a répondu : « Vous nous préparez un cauchemar, nous l’éviterons ».
Questions fréquentes
Combien d'économies promet Marine Le Pen ?
Le programme présenté par Marine Le Pen vise 140 milliards d'euros net d'économies d'ici 2032, avec une hypothèse de croissance de 1,8 % sur cinq ans contestée par le gouvernement.
Pourquoi Lescure conteste le budget du RN ?
Roland Lescure juge la croissance de 1,8 % supérieure aux prévisions des économistes et estime les mesures sur l'Europe et l'immigration incantatoires, inapplicables ou anticonstitutionnelles.
Que prévoit le RN sur le budget européen ?
Le RN entend dégager 9 milliards d'euros d'économies par an sur l'Union européenne, ce qui nécessiterait selon Lescure l'accord des 26 autres États membres et pénaliserait les agriculteurs français bénéficiaires de la PAC.
Combien rapporterait la taxe sur les rachats d'actions ?
Le RN espère en tirer 11,4 milliards d'euros dès la première année, un montant que Lescure rapproche des rachats du CAC 40 en 2025, situés à un peu moins de 35 milliards.
