- Les dépenses d’assurance maladie atteindront 265,4 milliards d’euros en 2025, selon une note de la Cour des comptes dévoilée ce lundi.
- Une hausse continue depuis 2019, qui alimente un déficit croissant des comptes sociaux.
- L’institution alerte sur les risques d’un retour massif de la dette sociale et propose trois pistes pour maîtriser la situation.
Les dépenses d’assurance maladie poursuivent leur envolée. Dans une note rendue publique ce lundi 14 avril, la Cour des comptes, par la voix de son premier président Pierre Moscovici, dresse un constat préoccupant : 265,4 milliards d’euros seront consacrés à l’assurance maladie en 2025, soit une progression annuelle moyenne de 4,8 % depuis 2019, bien avant l’impact de la crise sanitaire.
Une trajectoire qui n’est pas sans conséquence. La part de ces dépenses dans le produit intérieur brut atteint désormais 8,9 %, contre 8,2 % avant la pandémie de Covid-19. « La ligne de crête est étroite« , reconnaît Pierre Moscovici, mais pour la Cour des comptes, il est encore temps d’agir.
Un déficit qui se creuse
Dans le détail, la Cour alerte sur l’aggravation du solde des trois branches de la Sécurité sociale concernées — maladie, accidents du travail et autonomie — qui financent l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam). Le déficit cumulé de ces trois branches pourrait presque doubler entre 2024 et 2028, passant de 11,8 à 20,1 milliards d’euros.
Plus inquiétant encore, cette dérive budgétaire pourrait aboutir à la reconstitution d’une dette sociale de plus de 70 milliards d’euros entre 2025 et 2028. Un retour en arrière, trois ans seulement après les efforts de désendettement amorcés à la sortie du Covid.

Trois pistes pour freiner la dérive
Face à ce constat, la Cour des comptes ne se contente pas de pointer du doigt : elle propose trois leviers d’action pour contenir les dépenses tout en préservant la qualité du système de santé.
- Renforcer la lutte contre la fraude
Si 628 millions d’euros de fraudes ont été détectés en 2024, les estimations les plus hautes évoquent jusqu’à 4,5 milliards d’euros de fraudes potentielles. La Cour fixe un objectif ambitieux : 1,5 milliard d’euros de fraudes stoppées d’ici 2029. Un chantier colossal qui nécessitera plus de contrôles et des outils plus efficaces.
- Mieux équiper les caisses d’assurance maladie
Pour parvenir à ses fins, la Cour recommande de muscler les moyens humains, juridiques et technologiques des caisses. Objectif : améliorer la détection, suspendre les paiements suspects, et éviter les remboursements indus.
- Maîtriser sans casser
« La maîtrise des dépenses de santé peut se faire dans le respect des principes fondamentaux de la Sécurité sociale« , insiste Moscovici. Selon lui, il est possible d’améliorer l’efficience du système sans nuire à la qualité du service rendu, à condition d’agir avec méthode.
Prévenir plutôt que subir
La Cour des comptes appelle à une prise de conscience politique et à une mobilisation rapide. Car plus l’ajustement est tardif, plus il sera douloureux. Pour l’institution de la rue Cambon, le choix est clair : mieux piloter aujourd’hui pour éviter de tailler dans les droits demain.
Dans un contexte de transition démographique, d’innovation médicale et de contraintes budgétaires, la question est cruciale : comment continuer à garantir un haut niveau de protection sociale tout en enrayant la spirale déficitaire ? Pour la Cour des comptes, des marges de manœuvre existent. Mais il faudra faire vite — et bien.
