- Le Conseil d’orientation des retraites (COR) confirme un retour du déficit à 1,7 milliard d’euros en 2024.
- En plein débat sur la réforme des retraites de 2023, son rapport relance les tensions entre syndicats, patronat et gouvernement sur l’avenir du système et l’âge légal de départ.
Le système de retraites français, excédentaire pendant trois années consécutives, a replongé dans le déficit en 2024, selon le dernier rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR), dévoilé vendredi 6 juin. Un signal d’alerte qui ravive les tensions sociales et politiques autour de la réforme des retraites, alors que syndicats et patronat négocient à couteaux tirés.
Un déficit de 1,7 milliard d’euros en 2024
D’après le rapport, le système a enregistré un déficit de 1,7 milliard d’euros, soit -0,1% du PIB, rompant ainsi avec les excédents constatés en 2021, 2022 et 2023. Le document prévient que cette tendance ne serait pas passagère : le déficit devrait atteindre -0,2 point de PIB en 2030 (6,6 milliards d’euros courants), pour grimper jusqu’à -1,4 point de PIB en 2070.
Le COR rappelle par ailleurs que les dépenses de retraite ont représenté en 2024 près de 14% du PIB, soit plus de 400 milliards d’euros, financés à deux tiers par les cotisations et à un tiers par des transferts et prélèvements.
Quatre leviers, une voie privilégiée
Pour corriger cette trajectoire, le COR identifie quatre leviers potentiels : la modération de la hausse des pensions, l’augmentation des cotisations pour les salariés et les employeurs, et enfin le recul de l’âge de départ à la retraite.
Mais tous ne se valent pas, selon le Conseil. Les trois premières options sont jugées « récessives », tandis que la quatrième, le report de l’âge de départ, est présentée comme « expansive « .
« Elle aboutit à augmenter l’offre de travail et donc à terme l’emploi et le PIB, et en conséquence toutes les recettes fiscales et sociales des administrations publiques au-delà des seuls prélèvements finançant les retraites », indique le rapport.
Le COR insiste : cette voie « correspond à un enrichissement du pays (hausse du PIB par habitant) ».
Une lecture contestée par les syndicats
Cette orientation assumée du rapport provoque une vive réaction du côté des syndicats, à commencer par la CGT. Denis Gravouil, chargé de la protection sociale, dénonce une prise de position biaisée :
« Il y a un scandale dans le fait de ne flécher qu’une seule préconisation. Jusqu’à présent, le COR émettait des hypothèses et aux politiques de trancher. Là, c’est totalement orienté », a-t-il fustigé auprès de l’AFP.
Il accuse le président du COR, Gilbert Cette, d’agir « en mission commandée par Emmanuel Macron », soulignant que ce rapport est publié au lendemain du vote symbolique à l’Assemblée pour l’abrogation de la réforme de 2023, qui avait repoussé l’âge légal de départ de 62 à 64 ans.
Le Medef conforté, la CFDT vent debout
La publication du rapport intervient en pleine négociation entre le patronat et les syndicats, dans le cadre d’un « conclave » social censé s’achever le 17 juin. Une négociation déjà tendue, notamment entre le Medef et la CFDT.
Le rapport semble donner raison au patronat, qui refuse de revenir sur la réforme de 2023. Il estime qu’un recul à 63 ans au lieu de 64 coûterait 13 milliards d’euros en année pleine, un chiffre qui renforce la ligne dure du Medef.
Une vision alternative portée par la gauche
Interrogé sur franceinfo, Éric Coquerel, député LFI et président de la commission des finances à l’Assemblée nationale, rejette catégoriquement les conclusions du COR.
« Ce qu’on nous a présenté comme une solution miracle ne marche pas », tranche-t-il. Le recul de l’âge de départ à la retraite prévue dans la réforme Borne, selon le COR, ne solutionne rien puisque lui-même indique que le déficit va continuer à augmenter. »
Pour lui, le cœur du problème est ailleurs : « Ce rapport exclut toute nouvelle recette, alors que nous, à l’in verse, nous disons qu’il faut aller chercher des recettes », affirme-t-il.
« Quand vous poussez les gens à travailler plus longtemps alors qu’il n’y a pas l’activité économique qui correspond, c’est le chômage qui augmente. », explique-t-il.
Éric Coquerel insiste sur le manque d’emplois pour les seniors. « Plus d’un travailleur sur deux qui arrive à la retraite est inactif parce qu’il n’a pas d’emploi. Vous pouvez repousser l’âge de départ à la retraite infiniment, s’il n’y a aucun emploi qui correspond, vous n’aurez fait qu’accroître les indemnités chômage ou le RSA. », a t-il ajouté.
Pour un financement alternatif des retraites
Le président de la commission des finances à l’Assemblée nationale propose d’autres solutions, axées sur le financement par les recettes. « Si vous voulez ne pas faire progresser l’âge de départ à la retraite, ça serait 0,15 point de cotisations patronales en plus pendant 7 ans. C’est un choix de société », argue-t-il.
« Est-ce qu’on pense qu’il est impossible de faire cotiser les dividendes, les primes à l’intéressement et participation ? On pourrait récupérer 10 milliards. »
Il conclut sur un appel à une répartition plus équitable des richesses : « Il faut faire en sorte que le partage des richesses dans ce pays, qui a été au détriment du travail depuis des années, reparte dans le sens inverse : du capital vers le travail. »
Un débat loin d’être clos
Ce rapport du COR, loin de mettre fin aux polémiques, ravive les tensions autour d’un sujet déjà explosif. Alors que les partenaires sociaux s’apprêtent à conclure leurs négociations, une question reste en suspens : le gouvernement entendra-t-il les voix discordantes qui réclament une autre voie que celle du recul de l’âge de départ ?
