- Dans un contexte jugé « d’extrême tension », le Medef met sur pause son grand rassemblement prévu à l’Accor Arena.
- Le patronat dit vouloir « contribuer à l’apaisement du pays » alors que s’aiguise le débat
La première organisation patronale française reporte la grande réunion publique programmée le 13 octobre à Paris-Bercy. « Le moment d’extrême tension que nous traversons nous incite à contribuer à participer à l’apaisement du pays », affirme le Medef, sur fond d’inquiétudes liées au budget 2026, à la « taxe Zucman » et à la démission du Premier ministre Sébastien Lecornu.
Prévu lundi à l’Accor Arena de Bercy, le meeting devait matérialiser l’inquiétude des chefs d’entreprise face à une possible hausse de leurs impôts dans le budget 2026. Le Medef précise toutefois que l’initiative n’est pas abandonnée, seulement reportée, le temps d’une accalmie.
Crise politique et « décrochage » : l’alerte de Patrick Martin
Pour Patrick Martin, la France traverse « une crise majeure, paralysée politiquement et économiquement ». Au micro de franceinfo, mardi 7 octobre, il prévient :
« Le décrochage de l’économie française est enclenché. »
Au lendemain de la démission du Premier ministre, il ajoute : « C’est l’étouffement progressif du pays qu’on craint. » Et de marteler : « On a ce spectacle politique qui nous désole […] la pente déclinante est engagée. » Le président du Medef « appelle à une forme de responsabilité de la part de tous les acteurs politiques » afin d’éviter « d’en rajouter » dans un contexte qu’il juge déjà inflammable.
Fiscalité et « taxe Zucman » : un signal redouté par les entreprises
La mobilisation reportée avait été déclenchée par le débat sur la taxe Zucman, proposition d’impôt sur les très hauts patrimoines. Le patronat y voit un risque de tour de vis fiscal au moment où la visibilité des entreprises est fragilisée. L’objectif initial du meeting était de faire entendre l’inquiétude des dirigeants face à toute trajectoire qui alourdirait la charge fiscale et pèserait sur l’investissement.
Investissements en berne et 100 000 suppressions de postes évoquées
Patrick Martin décrit des conséquences concrètes dans les entreprises : « Depuis deux ans, les investissements sont en baisse alors qu’on devrait accélérer sur le numérique, la décarbonation, la compétitivité… » Il évoque déjà 100 000 suppressions d’emplois dans le secteur privé et une perte de compétitivité « alors que pendant ce temps-là, les pays voisins accélèrent. »
« Nous, notre principale contribution, c’est qu’on génère de la croissance, rappelle-t-il. On ne demande qu’à investir et à embaucher. Si l’économie est à l’arrêt, les recettes pour l’État et pour les régimes sociaux sont à l’arrêt. »
Apprentissage : « économies de bouts de chandelles »
Le patron du Medef dénonce par ailleurs des « économies de bouts de chandelles » au détriment de l’apprentissage. Il s’offusque de potentiels 65 000 postes d’alternants en moins d’ici la fin de l’année, citant une note de conjoncture de l’Insee publiée en septembre.
Selon lui, la baisse annoncée tient aussi à des mesures entrées en vigueur en juillet, notamment une participation obligatoire de 750 euros pour les entreprises dont l’apprenti prépare un diplôme Bac+3 et au-delà.
« Des postes d’apprentissage en moins, pour des raisons budgétaires et parce qu’il ne faut surtout pas aider les entreprises, » raille-t-il.
Un report, pas un renoncement
Malgré le report, « l’idée d’un grand rassemblement n’est pas pour autant abandonnée ». Le Medef estime être entré « dans une nouvelle phase » après la démission du Premier ministre, qui « risque de nous conduire à une crise institutionnelle ». Le message du patronat reste le même : apaiser d’abord, pour rassembler ensuite autour d’un cap lisible en matière de compétitivité, d’investissement et d’emploi.
