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Une lettre d’alerte de Bruno Le Maire à Emmanuel Macron sur la dérive des finances publiques dévoilée par France 5

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  • Révélée par La Tribune Dimanche et C dans l’air (France 5), une lettre marquée « secret » datée du 6 avril 2024 montre que Bruno Le Maire alertait Emmanuel Macron sur un risque de dérapage des comptes publics.
  • Les recommandations de Bruno Le Maire n’ont été retenues ; le déficit 2024 a finalement atteint 5,8 %.

   Révélée par La Tribune Dimanche et C dans l’air (France 5), une lettre “secret” envoyée par l’ex-ministre de l’Économie Bruno Le Maire alertait l’Élysée sur le dérapage des comptes et proposait 10 milliards d’annulations de crédits, puis 15 milliardsd’économies supplémentaires pour tenir un déficit à 4,9 % en 2024 et revenir sous 3 % en 2027. La trajectoire n’a pas été suivie : le déficit a atteint 5,8 %, déclenchant une salve de réactions politiques.

Une alerte budgétaire classée « secret »

 Dans sa lettre adressée au président de la République, Bruno Le Maire dresse un constat : la situation budgétaire s’est dégradée bien plus que prévu. Il rappelle ainsi que « la chute des recettes fiscales en 2023 a porté notre déficit pour 2023 à 5,5 % au lieu de 4,9 % attendus » et que le gouvernement avait « réagi immédiatement en annonçant des suppressions de crédit sur l’État pour 2024 à hauteur de 10 milliards d’euros ».

Face à cette dérive, l’ancien ministre de l’Économie appelle à une inflexion rapide et assumée de la trajectoire budgétaire. Il propose « de mettre en place une stratégie ambitieuse de contrôle de nos finances publiques, pour revenir sous les 3 % de déficit en 2027″, avertissant que « toute stratégie d’évitement est vouée à l’échec ». L’objectif qu’il fixe pour 2024 consiste à : « poursuivre l’objectif ambitieux mais nécessaire de 4,9 % de déficit, pour marquer notre prise de conscience et préserver notre crédibilité financière ».

Les leviers envisagés dans la missive

Bruno Le Maire insiste également sur l’exécution rigoureuse des économies déjà annoncées, qui doivent être tenues « à l’euro près ». Il écrit : « Les 10 milliards d’euros d’économies du décret d’annulation doivent être rigoureusement exécutés, à l’euro près » et « au-delà de ces 10 milliards, nous devons nous assurer de la bonne exécution du budget 2024, sans dépassement majeur. »

L’ex-ministre adopte par ailleurs une perspective européenne, estimant que la France doit cesser de se singulariser par « le niveau élevé de notre dépense et de nos prélèvements », alors que « l’enjeu est la crédibilité politique de la France en Europe ».

En complément, il détaille un second volet d’économies : 15 milliards supplémentaires en 2024, via une baisse des aides à l’apprentissage, des prélèvements sur les rentes, une maîtrise accrue des dépenses sociales, des efforts demandés aux collectivités et une réduction de niches fiscales. Pour donner corps à ces ajustements, il plaide pour une loi de finances rectificative (LFR).

« Faute de LFR, nous ouvrirons immédiatement un contentieux avec toutes les oppositions, qui feront bloc contre nous et nous accuserons d’insincérité », prévient-il.

Une mise en garde liée au calendrier politique

Enfin, Bruno Le Maire alerte sur le timing des annonces. Selon lui, « il est indispensable que certains de ces objets d’économies soient présentés simultanément ». Dans le cas contraire, met-il en garde, « nous risquons de nous faire accuser de cacher notre copie et des économies douloureuses pour le lendemain des élections européennes ».

Éric Coquerel (LFI) dénonce une « omission d’État ». Invité du Face-à-Face sur BFMTV et RMC, le président de la commission des Finances affirme avoir eu connaissance de la lettre et met en cause l’Élysée.

« Il y a une omission d’État », fustige-t-il. « Rétrospectivement, ça veut dire que le budget qui était présenté était insincère. »

De son côté, le RN parle d’« énorme scandale d’État ».  Guillaume Bigot (Territoire de Belfort) accuse l’exécutif d’avoir masqué le dérapage. Selon lui, Emmanuel Macron « savait et a fait dissimuler le dérapage des comptes publics avant les élections ».

Interrogé sur France Info, l’actuel ministre Roland Lescure indique ne pas avoir eu connaissance formelle de la missive de son prédécesseur, tout en assumant collectivement la situation : « Je me sens aussi responsable que lui et que tous les autres de la situation dans laquelle on est. »

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