Le groupe LVMH, contrôlé par Bernard Arnault, a officialisé mardi 30 décembre le rachat des magazines Challenges, Sciences et Avenir et La Recherche.
Une opération conclue pour un euro symbolique avec Claude Perdriel, 99 ans, qui se retire de la presse après soixante ans d’activité.
Promesse de « pérennité » et d’accélération numérique d’un côté, « saut dans le vide » et « défiance » de l’autre : le rachat des titres des Éditions Croque Futur par LVMH ouvre une nouvelle étape, déjà sous tension, sur fond de demandes pressantes de chartes d’indépendance et d’engagements sur l’emploi.
LVMH finalise le rachat des Éditions Croque Futur
Le géant du luxe LVMH a annoncé avoir racheté, mardi 30 décembre, comme prévu, les magazines Challenges, Sciences et Avenir ainsi que La Recherche, selon un communiqué. L’opération actée avec l’homme d’affaires Claude Perdriel, jusque-là actionnaire majoritaire, a été conclue pour un euro symbolique.
Propriété du milliardaire Bernard Arnault, LVMH était déjà présent au capital des Éditions Croque Futur depuis 2020, à hauteur de 40%. Le groupe entend désormais accélérer la transformation des trois titres, en particulier sur le numérique.
Une promesse de développement et de « pérennité »
Dans son communiqué, LVMH met en avant la consolidation économique et la modernisation des magazines. « Cette acquisition permettra aux Éditions Croque Futur de dynamiser le développement et la diffusion de ses trois titres, notamment sur le numérique, et de contribuer ainsi à leur pérennité », affirme le groupe. LVMH indique également sa volonté de « promouvoir une information de qualité et la culture scientifique ainsi que sa vulgarisation ».
Derrière ces engagements, l’enjeu est aussi celui d’un secteur fragilisé : l’information magazine, particulièrement en kiosque, fait face à une concurrence accrue et à une bascule durable vers les usages numériques.
« Un saut dans le vide » : la défiance des rédactions
Mais l’annonce ne rassure pas tout le monde. Dans un communiqué commun, les sociétés des journalistes des trois magazines, leurs délégués syndicaux et le comité social et économique (CSE) évoquent « un saut dans le vide » avec cette vente, alors qu’« une véritable défiance s’est installée » envers LVMH.
En novembre, les rédactions de Challenges, Sciences et Avenir et La Recherche disent avoir sollicité Bernard Arnault – « sans succès », selon elles – afin qu’il signe leurs « chartes d’indépendance » sous leurs formes actuelles. Mardi, elles ont réitéré leur demande et exigent désormais « des gages de bonne volonté ( …) des perspectives d’avenir crédibles, des engagements clairs sur l’emploi, la signature de la charte d’indépendance actuelle de Challenges et l’octroi de garanties similaires pour Sciences et Avenir et La Recherche ».
Maurice Szafran : un « redressement économique » à mener
Du côté de la nouvelle gouvernance, le discours insiste sur la relance. Maurice Szafran, conseiller de Claude Perdriel et tout juste nommé président des Éditions Croque Futur et directeur de la publication des trois titres, souligne que leur « objectif commun serait d’entamer [leur] redressement économique dans un marché de la presse plus difficile et complexe que jamais ».
LVMH, un acteur médiatique déjà bien installé
Cette acquisition s’inscrit dans une stratégie plus large du groupe dans les médias. LVMH détient notamment Les Echos–Le Parisien, qui comprend les quotidiens éponymes ainsi que Radio Classique. Le groupe a aussi racheté cette année la totalité du quotidien libéral L’Opinion et du site d’actualité financière L’Agefi, dont il détenait déjà des parts.
Ces mouvements suscitent l’attention des organisations professionnelles et des ONG. Reporters sans frontières et des syndicats de journalistes ont saisi en décembre la justice administrative et l’Autorité de la concurrence pour examiner les conséquences du rachat de Challenges.
Un dossier sensible : indépendance, emploi, transition numérique
Entre la promesse d’un nouvel élan et les craintes de perte d’autonomie, l’avenir des trois magazines se jouera sur des points concrets : garanties d’indépendance, trajectoire économique, stratégie numérique et engagements sociaux. À court terme, la demande de signature de chartes et « d’engagements clairs sur l’emploi » apparaît comme le premier test de confiance entre LVMH et des rédactions qui disent déjà évoluer dans un climat de « défiance ».
