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Davos : la Chine veut devenir « le marché du monde » et renforcer ses importations

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  • Avec un excédent commercial estimé à 1.200 milliards de dollars en 2025, la Chine fait face à des critiques croissantes de ses partenaires commerciaux.
  • À Davos, le vice-Premier ministre He Lifeng a assuré que Pékin n’a « jamais délibérément cherché » cet excédent et souhaite désormais renforcer ses importations.

   Avec un excédent commercial colossal estimé à 1.200 milliards de dollars en 2025, la Chine tente de convaincre qu’elle ne cherche pas à inonder les marchés. Devant le Forum économique mondial de Davos, He Lifeng affirme que Pékin veut « muscler » ses importations et développer son « méga-marché » intérieur, afin de se présenter comme un partenaire « fiable » du commerce mondial.

Pékin revendique une nouvelle ambition : devenir « le marché du monde »

La Chine n’a « jamais délibérément cherché à dégager un excédent commercial » et se dit prête à devenir « le marché du monde». C’est le message martelé mardi 20 janvier par He Lifeng, vice-Premier ministre chinois, lors de son intervention au Forum économique mondial de Davos. Dans une formule appelée à marquer, le responsable a insisté :

« Nous ne voulons pas seulement être l’usine du monde, mais aussi, avec plus d’empressement, le marché du monde. »

Cette déclaration s’inscrit dans la ligne officielle du Parti communiste chinois (PCC), qui affirme vouloir renforcer la demande domestique tout en développant « plus vigoureusement » les importations. Objectif affiché : mettre en avant un rééquilibrage du modèle économique chinois, alors que les excédents à l’export alimentent les tensions commerciales.

Un excédent inédit qui inquiète, notamment en Europe

Le contraste est frappant. D’un côté, Pékin assure ne pas viser le surplus. De l’autre, la Chine affiche un excédent commercial d’une ampleur jamais vue, 1.200 milliards de dollars en 2025, faisant craindre que ses exportations contribuent à détruire des dizaines de milliers d’emplois, en Europe notamment.

Dans ce contexte, les dirigeants chinois cherchent à désamorcer les critiques en présentant la Chine comme un partenaire commercial « pour tous ».

Exportations, guerre commerciale et demande intérieure en berne

L’an dernier, l’appétit international pour les produits fabriqués en Chine a permis à la deuxième économie mondiale d’encaisser le choc d’un environnement hostile : la guerre commerciale initiée par le président américain Donald Trump et la faiblesse persistante de sa demande intérieure. Mais Pékin doit désormais composer avec d’autres fragilités : ralentissement de la croissance et spirale de déflation des prix, accentués par la concurrence féroce entre industriels.

Face à ces signaux, les autorités chinoises promettent de réorienter la machine économique. « Cette année, la Chine donne la priorité à l’expansion de la demande intérieure », a affirmé He Lifeng, invitant les entreprises étrangères à « saisir les opportunités ».

Davos, vitrine d’une Chine « fiable » face aux tensions douanières

À Davos, la délégation chinoise veut apparaître comme un pôle de stabilité dans un commerce mondial perturbé par la montée des barrières et l’incertitude sur les politiques douanières américaines. He Lifeng a ainsi dénoncé, sans citer de pays, les stratégies qui fragilisent le cadre multilatéral :

« Les pratiques unilatérales et les accords commerciaux de certains pays ont clairement violé les principes et les règles de base de l’Organisation mondiale du commerce et ont gravement porté atteinte à l’ordre économique et commercial international. »

En filigrane, Pékin se positionne comme défenseur de l’ordre commercial international, tout en cherchant à rassurer investisseurs et partenaires sur la continuité de son ouverture.

Pékin défend son modèle : réforme, ouverture et innovation

He Lifeng a également tenu à répondre aux accusations fréquentes de distorsion de concurrence. Selon lui, le succès chinois ne serait pas le produit de subventions, mais « de la réforme et l’ouverture ainsi que sur l’innovation ». Une façon de justifier la compétitivité de l’appareil industriel chinois, au moment où plusieurs économies s’inquiètent de l’impact de ses exportations sur leurs propres tissus productifs.

Dans le même esprit, le vice-Premier ministre a cherché à renverser la perspective : « La Chine est le partenaire commercial de tous les pays plutôt qu’un adversaire, et le développement de la Chine est une opportunité plutôt qu’une menace pour le développement économique mondial. »

Reste une question centrale : la Chine peut-elle convaincre qu’elle veut réellement « muscler » ses importations alors que son excédent atteint des sommets ? Pékin mise sur l’argument de la demande intérieure et d’un marché gigantesque, mais les partenaires commerciaux scruteront surtout les décisions concrètes : évolution des barrières, accès au marché, conditions de concurrence et trajectoire industrielle.

À Davos, le message de la Chine se veut être perçue non seulement comme une puissance exportatrice, mais comme un marché incontournable. La suite se jouera dans les chiffres… et dans les politiques.

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