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Le Plan propose 30% de droits de douane sur les produits chinois pour protéger l’industrie européenne

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  • Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan propose une mesure radicale : instaurer des droits de douane de 30% sur tous les produits chinois.
  • En cause, une montée en gamme de l’industrie chinoise qui menace l’appareil productif européen, de l’Allemagne à la France.
  • « Choc systémique », « menace existentielle » : le rapport appelle Bruxelles à durcir le rapport de force avec Pékin.

À la faveur d’un apaisement relatif des tensions avec les États-Unis, le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan relance un débat hautement sensible : comment l’Europe doit-elle répondre à la montée en puissance industrielle de la Chine ? Sur la table, une mesure radicale : instaurer des droits de douane de 30% sur l’ensemble des produits chinois importés.

Objectif assumé : provoquer un sursaut politique au niveau européen et engager un rapport de force plus dur avec Pékin, notamment pour conditionner l’accès au marché de l’Union européenne — et, à terme, obtenir des contreparties comme des transferts de technologie.

« La montée en puissance industrielle de la Chine constitue désormais un choc systémique pour l’économie européenne », a averti Clément Beaune, haut-commissaire à la stratégie et au plan, lors de la présentation d’un rapport consacré au « choc chinois pour l’Europe ».

Pour les auteurs, l’enjeu dépasse la simple concurrence commerciale : c’est le socle industriel européen qui vacille. Thomas Grjebine, économiste au Cepii et l’un des contributeurs du rapport, identifie une « menace existentielle » : les filières qui ont assuré la prospérité du continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale pourraient être bousculées au point d’être « balayées ».

Des produits moins chers… et parfois meilleurs

Le diagnostic s’appuie sur un basculement majeur. La Chine n’exporte plus seulement des produits d’entrée de gamme à bas coût. Désormais, la concurrence se joue sur le cœur de gamme et le haut de gamme.

Le rapport met en évidence un différentiel de coûts de 30% à 40% en moyenne, au profit des industriels chinois. Et surtout, ajoute-t-il, les produits chinois affichent une qualité similaire, voire supérieure aux équivalents européens. Dans ce contexte, la focalisation récente sur les plateformes Shein et Temu est jugée trompeuse : elle occulte le basculement industriel global.

« L’Europe risque de tomber dans le piège du ‘il y a moins bien mais c’est plus cher’, face à des coûts de production plus bas, une monnaie sous-évaluée et une qualité au moins équivalente, du côté chinois », écrivent Thomas Grjebine, Pacôme Lefebvre et Mattéo Torres.

Le constat chiffré vise large. Selon le rapport, près d’un quart des exportations européennes sont aujourd’hui exposées à une concurrence chinoise jugée critique. Et la menace ne se limite pas aux marchés extérieurs : sur le marché intérieur, jusqu’à 55% de la production manufacturière européenne serait fragilisée à moyen terme si la trajectoire actuelle se prolonge.

L’Allemagne en première ligne, l’Europe centrale en ricochet

Le pays le plus concerné est l’Allemagne. « La totalité des avantages comparatifs allemands sont exposés, sur le marché intérieur, à une pression concurrentielle chinoise élevée », écrivent les auteurs. La montée en gamme de l’industrie chinoise attaque les piliers du modèle allemand : machines-outils, équipements industriels, plastiques…

Le rapport rappelle que l’Allemagne a déjà perdu 240.000 emplois industriels depuis 2023. Et il ne s’agirait plus d’un simple creux conjoncturel : « Ces pertes ne relèvent plus de restructurations conjoncturelles, mais d’un processus de désindustrialisation accélérée, lié aux difficultés structurelles de l’industrie européenne et à l’intensification de la concurrence internationale sur les secteurs clés », ajoute le Plan.

Par extension, les pays d’Europe centrale où l’industrie allemande s’appuie sur des sous-traitants sont exposés à leur tour. Le rapport souligne notamment la Slovaquie, dont 81% de la production manufacturière serait menacée par une montée significative des importations chinoises sur son marché intérieur.

En France, l’automobile et la chimie sous pression

En France, la vulnérabilité se concentre sur des secteurs très industrialisés, à forte dépendance en intrants : batteries, plastiques, caoutchouc, chimie. Mais le rapport insiste aussi sur les secteurs fortement exportateurs, au premier rang desquels l’automobile.

« En France, la menace se concentre prioritairement sur des secteurs à forte intensité d’intrants industriels et chimiques (batteries, plastiques, caoutchouc, chimie) mais touche aussi des secteurs à forts volumes d’exportation, au premier rang desquels figure le secteur automobile, pour lequel plus de 70% des exportations sont exposées », ajoute le Plan.

Pour le Haut-Commissariat, les mécanismes existants — enquêtes anti-dumping, instruments de défense commerciale — ne suffisent plus face à la nouvelle donne. « Les instruments actuels de défense commerciale, bien qu’utiles, apparaissent structurellement insuffisants » dans un contexte où l’écart de coûts atteint 30% à 40%, souligne le rapport.

La stratégie consistant à compter uniquement sur des gains de compétitivité, ou à pousser la préférence européenne, ne permettrait pas d’éviter une désindustrialisation jugée inévitable sans action plus ferme.

Deux options : taxer à 30% ou déprécier l’euro

Le rapport met l’Union européenne devant un choix binaire : droits de douane de 30% sur tous les produits chinois ou dépréciation de 20% à 30% de l’euro face au renminbi (yuan).

Cette seconde voie, inspirée des accords du Plaza de 1985, paraît toutefois difficile à mettre en œuvre. Elle nécessiterait une coordination internationale complexe avec Washington et Pékin. Mais elle met en lumière un point central : selon les spécialistes cités, la monnaie chinoise serait sous-évaluée de 20% à 25%, ce qui renforcerait la compétitivité de ses industriels.

L’obstacle politique : convaincre Berlin

Reste donc, aux yeux des auteurs, l’option des droits de douane — qu’ils prennent soin d’inscrire dans le cadre des règles du commerce international, en s’appuyant sur des dispositions du GATT de 1947. Encore faut-il obtenir un accord européen, et notamment celui de l’Allemagne, déjà réticente à l’idée de droits de douane, même ciblés, comme sur les véhicules électriques.

Clément Beaune estime toutefois que les lignes commencent à bouger outre-Rhin : « Les choses bougent à Berlin. Les fédérations industrielles s’inquiètent. Mais pour l’instant, cela se traduit surtout par un agenda de simplification qui peut avoir ses mérites mais n’est pas du tout à la hauteur des enjeux », juge-t-il.

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