- En 2025, Bpifrance a “injecté” 72 milliards d’euros dans l’économie française et battu plusieurs records, notamment sur les crédits accordés aux entreprises.
- Mais la banque publique termine l’année avec un bénéfice net en forte baisse (-44%), plombé par trois participations majeures : Stellantis, STMicroelectronics et Soitec, qualifiées de “grumeaux” par Nicolas Dufourcq.
Bpifrance veut retenir de 2025 une année d’activité intense. La banque publique indique avoir injecté 72 milliards d’euros dans l’économie française via ses crédits, investissements et garanties. Dans un contexte économique encore fragile, l’établissement revendique surtout “un record historique de crédits”, à 20,7 milliards d’euros, soit une progression de 6,3% sur un an.
La banque souligne également un niveau d’intervention inédit en capital-développement, avec 2,5 milliards d’euros investis dans 168 entreprises, confirmant son rôle de financeur de long terme auprès des PME et des ETI.
Bpifrance met aussi en avant son engagement dans la tech. Nicolas Dufourcq insiste sur la place de l’institution dans le financement des entreprises françaises :
“Avec environ 300 dossiers traités par an, nous sommes la plus grosse machine de déploiement d’equity en France, le deuxième ou troisième acteur mondial par le nombre d’opérations menées.”
En 2025, la banque indique avoir investi 385 millions d’euros dans des sociétés technologiques, dont 240 millions d’euros dans des projets liés à l’intelligence artificielle. Un choix stratégique, à l’heure où la France cherche à renforcer sa souveraineté technologique.
Fonds de fonds et export : des volumes en forte progression
La dynamique se confirme aussi dans l’activité dite de “fonds de fonds”, un mécanisme qui permet à Bpifrance de soutenir des fonds d’investissement qui, eux-mêmes, financent des milliers d’entreprises. En 2025, la banque publique annonce 76 investissements pour un montant total de 1,8 milliard d’euros, et des actifs sous gestion portés à 21,7 milliards d’euros.
Bpifrance explique travailler désormais avec 700 fonds partenaires, présents dans près de 7 000 entreprises, soit 600 de plus en 2025.
Sur l’international, la banque publique met également en avant ses résultats en assurance export : plus de 30 milliards d’euros pris en garantie, et 1 500 entreprises accompagnées.
Innovation : un recul lié à France 2030
Dans ce tableau globalement positif, un point est en baisse : le financement de l’innovation. Nicolas Dufourcq explique ce recul “en raison du reflux du programme France 2030 pour lequel 10 milliards d’euros sont encore disponibles.”
Bpifrance indique avoir déployé 3,4 milliards d’euros auprès de 5 000 entreprises, contre 5,2 milliards d’euros en 2024. Les investissements en capital innovation reculent aussi légèrement, avec 559 millions d’euros investis dans 155 entreprises (-2%), dans un contexte où les levées de fonds sont plus difficiles.
“Très belle année”… mais un bénéfice net en forte baisse
Sur le plan financier, Bpifrance revendique une création de valeur de 1,3 milliard d’euros en 2025, notamment grâce à des cessions. Sur l’année, la banque indique avoir réalisé 3,2 milliards d’euros de cessions (127 opérations), générant environ 0,9 milliard d’euros de plus-values.
“Une très belle année”, a souligné le directeur général adjoint Arnaud Caudoux. Les fonds propres progressent aussi : 30 milliardsd’euros, en hausse de 7%.
Mais le résultat final est beaucoup moins flatteur. Le bénéfice net s’établit à 501 millions d’euros, contre 896 millions d’euros en 2024 : une chute de 44%. Le produit net bancaire recule également, de 14,4%, à 1,8 milliard d’euros. Les chiffres définitifs doivent être publiés à la mi-mars.
Trois “grumeaux” qui font dérailler les comptes
Pour expliquer cette baisse, Bpifrance met en cause trois participations majeures, sur un portefeuille total de 1 200 participations. Arnaud Caudoux souligne que ces dossiers pèsent lourd dans les comptes.
Le premier est Stellantis, dont le dividende a été divisé par plus de deux en 2025 et “devrait être nul en 2026”. Les deux autres sont STMicroelectronics et Soitec, deux groupes de semi-conducteurs qui, selon Nicolas Dufourcq, “marchaient très fort jusqu’en 2023, mais ensuite c’est le toboggan.”
Les trois groupes ont été “mis en équivalence” dans les comptes de Bpifrance, c’est-à-dire intégrés en raison de “l’influence notable” exercée par la banque publique. Nicolas Dufourcq insiste sur le fait que ces trois dossiers ne doivent pas masquer le reste : “Pour comprendre la performance intrinsèque de Bpi, il faut mettre de côté ces trois « grumeaux ».”
Dans la baisse du bénéfice net, Stellantis pèse pour 168 millions d’euros, tandis que STMicroelectronics et Soitec pèsent ensemble 353 millions d’euros.
Défense, concurrence chinoise et nouveau fonds de 5 milliards
Bpifrance a aussi indiqué que son fonds dédié à la défense, destiné aux particuliers, avait déjà collecté 50 millions d’euros fin décembre, pour un objectif de 450 millions.
Sur la concurrence internationale, Nicolas Dufourcq a par ailleurs qualifié “d’arme atomique” la suggestion d’instaurer des droits de douane de 30% sur l’ensemble des produits chinois, pointant le risque de “rétorsion”. Il plaide plutôt pour une stratégie plus fine, en “copiant les Chinois en la matière”, et compare les droits de douane à une “table de mixage” : il faudrait “bouger un bouton par-ci par là”.
Le dirigeant cite l’exemple des panneaux solaires, la Chine étant devenue leader mondial en imposant des droits massifs sur le polysilicium tout en “gardant 3% sur les (produits) dont elle avait besoin”. Il dénonce aussi “l’énorme problème d’effectifs” à Bruxelles pour traiter les plaintes douanières, et plaide pour une “commission d’office” d’avocats afin de soutenir les PME ne pouvant financer des défenses à “un million d’euros minimum”.
Enfin, Nicolas Dufourcq a annoncé le lancement de Blue Sea, un fonds de capital-investissement non coté de cinq milliards d’euros, avec des tickets d’entrée à “plusieurs centaines de millions d’euros”.
