14.1 C
Paris
mercredi, avril 29, 2026
AccueilActualitéFrance–Algérie : Laurent Nuñez à Alger veut « réenclencher une coopération sécuritaire...

France–Algérie : Laurent Nuñez à Alger veut « réenclencher une coopération sécuritaire de très haut niveau »

Date:

  • En déplacement de deux jours à Alger, le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez a été reçu ce mardi 17 février par le président Abdelmadjid Tebboune.
  • Objectif affiché : réactiver une coopération sécuritaire « de très haut niveau » entre la France et l’Algérie, au cœur d’une relation bilatérale fortement dégradée depuis l’été 2024.

   La rencontre au sommet s’inscrit dans une séquence de discussions entamée la veille avec les services de sécurité des deux pays. À l’issue de l’audience, Laurent Nuñez a mis en avant l’ampleur des échanges menés à Alger : « Je viens de rencontrer le président Tebboune qui m’a fait l’honneur de me recevoir après avoir travaillé toute la journée d’hier avec mon homologue (Saïd Sayoud, ndlr) ainsi qu’avec l’ensemble des responsables des services de sécurité algériens et français », a-t-il déclaré.

Cette visite, présentée comme une étape politique après des contacts techniques, vise à remettre sur les rails un dialogue sécuritaire interrompu par la crise diplomatique.

Police, justice, renseignement : Paris veut « réenclencher » un dispositif commun Le ministre de l’Intérieur dit vouloir accélérer la reprise des échanges opérationnels. « L’objectif est de réenclencher un dispositif de coopération sécuritaire de très haut niveau », a souligné Laurent Nuñez, en précisant que celui-ci « porte à la fois sur la coopération judiciaire, policière et en matière de renseignements, afin de densifier et reprendre des relations de sécurité normales ».

Dans la foulée, il a remercié le chef de l’État algérien pour son engagement à remettre les administrations au travail sur les dossiers sensibles : Abdelmadjid Tebboune, selon lui, « a demandé à ses services de travailler avec les services français pour améliorer significativement notre coopération en matière policière, judiciaire et de réadmission ».

Et d’insister : « Tout ceci va maintenant se mettre en place dans les plus brefs délais », tout en affichant son souhait de voir la coopération « se poursuivre » au « plus haut niveau ».

Une visite sur fond de crise diplomatique entre la France et l’Algérie

Si la séquence se veut tournée vers la reprise des échanges, elle intervient dans un climat de défiance. La relation algéro-française s’est, selon les éléments du dossier, fortement dégradée depuis la reconnaissance, à l’été 2024, par la France d’un « plan d’autonomie » sous « souveraineté marocaine » pour le Sahara occidental.

 La crise s’est ensuite aggravée avec l’arrestation, en novembre 2024, de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal — depuis gracié par le président Tebboune — puis avec la mise en examen, en avril 2025, d’un agent consulaire algérien accusé d’être impliqué dans l’enlèvement d’un influenceur algérien, Amir DZ. Cette affaire a entraîné une escalade immédiate, se traduisant par l’expulsion réciproque de diplomates et d’agents consulaires.

 Les tensions ont également été alimentées par un épisode médiatique très commenté à Alger : la diffusion en janvier, sur la chaîne publique France 2, d’un numéro de « Complément d’enquête » intitulé « Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie », jugé offensant par les autorités algériennes.

« On passe à la phase politique » : Nuñez veut restaurer le dialogue sécuritaire

Avant sa visite à Alger, Laurent Nuñez avait présenté ce déplacement comme une étape décisive dans la méthode choisie par Paris. « Je me rends en Algérie pour une réunion de travail avec mon homologue. Il y a eu une phase de préparation entre services à un niveau technique et donc maintenant, on passe à la phase politique », a-t-il déclaré vendredi dernier à Marseille.

Le ministre a dit miser sur la continuité du dialogue, malgré les turbulences : « J’ai toujours été confiant dans le rétablissement des relations sécuritaires avec l’Algérie. (…) Cette visite est l’aboutissement de cette position, qui est de continuer à dialoguer avec les autorités algériennes sur les questions de sécurité. Ça me paraît indispensable », a-t-il ajouté.

Réadmission et dossier Christophe Gleizes : des attentes fortes côté français

 Début février, Laurent Nuñez avait conditionné son déplacement à un « bougé » ou une « amorce de réponse » de la part d’Alger. Ses attentes portaient sur la coopération bilatérale au sens large — notamment sur la réadmission — mais aussi sur un dossier particulièrement suivi en France : celui de Christophe Gleizes, journaliste français arrêté à Tizi-Ouzou en mai 2024 et condamné à sept ans de prison en appel en décembre dernier pour « apologie de terrorisme ».

À Alger, l’exécutif français espère désormais transformer les annonces en mécanismes opérationnels durables. Reste à savoir si la relance sécuritaire évoquée « dans les plus brefs délais » suffira à stabiliser une relation bilatérale minée par des contentieux politiques, consulaires et médiatiques.

Les plus populaires