25.8 C
Paris
samedi, juillet 18, 2026
AccueilEconomieNouveau DPE au 1er janvier 2026 : 850 000 logements pourraient sortir...

Nouveau DPE au 1er janvier 2026 : 850 000 logements pourraient sortir des passoires thermiques

Date:

7 min de lecture
  • Dès le 1er janvier 2026, la méthode de calcul du diagnostic de performance énergétique évolue et rebat les cartes pour des millions de propriétaires.
  • En abaissant le coefficient de conversion de l’électricité, l’État promet une amélioration immédiate de l’étiquette de nombreux logements… sans rénovation.

   C’est une petite ligne dans une formule, mais un grand bouleversement sur le marché immobilier : au 1er janvier 2026, le DPE devient plus favorable aux logements chauffés à l’électricité. Résultat attendu : 850 000 propriétaires pourraient sortir de la catégorie “passoire thermique” sans réaliser de travaux, alors même que les logements classés G sont interdits à la location depuis 2025. Une réforme saluée par l’immobilier, dénoncée par des associations, sur fond de polémique grandissante autour des fraudes aux diagnostics.

Une réforme technique qui change l’étiquette de milliers de biens

Le diagnostic de performance énergétique (DPE) va connaître une nouvelle évolution à compter du 1er janvier 2026. Cet indicateur, qui classe les logements de A à G, est devenu un instrument central de la politique de rénovation énergétique, notamment pour identifier les passoires thermiques (F et G) et encadrer leur mise en location.

Cette fois, ce n’est pas un nouveau dispositif d’aide ou une obligation supplémentaire : c’est la méthode de calcul elle-même qui change. Et l’effet pourrait être spectaculaire pour les logements chauffés à l’électricité, certains pouvant gagner une lettre d’un coup, passant par exemple de G à E, voire D, sans aucun chantier.

Le coefficient de conversion de l’électricité abaissé de 2,3 à 1,9

La modification clé tient au coefficient appliqué à l’électricité dans le calcul. Au 1er janvier, « le coefficient de conversion de l’électricité, actuellement fixé à 2,3, sera abaissé à 1,9″, indique le gouvernement. Un ajustement présenté comme une correction d’un biais : l’exécutif estime que l’ancienne méthode pénalisait l’électricité au profit du gaz, alors que l’électricité française est moins émettrice de CO₂ grâce au nucléaire.

Dans un pays où quatre millions de DPE sont réalisés chaque année, l’impact statistique s’annonce massif.

Passoires thermiques : un recul “mécanique” de 14 % annoncé

Aujourd’hui, la France compterait 5,8 millions de logements classés F ou G. Avec le nouveau mode de calcul, ce nombre devrait baisser mécaniquement de 14 %. Non pas parce que les bâtiments auront été rénovés, mais parce que la grille d’évaluation deviendra plus favorable aux logements chauffés à l’électrique.

Concrètement, le gouvernement estime que 850 000 propriétaires pourraient gagner une lettre et donc sortir de l’étiquette “passoire thermique” sans toucher à leur isolation, ni changer leurs équipements.

Un DPE actualisable gratuitement, sans nouveau diagnostic

Pour les propriétaires concernés, la démarche se veut simple. Il suffira d’actualiser son DPE sur le site de l’Ademe, sans repayer un diagnostiqueur.

 « Ce changement pourra entraîner une évolution de votre étiquette, sans nécessiter de nouveau DPE ou de nouvel audit »,précise l’Ademe.

L’enjeu est considérable, car les logements classés F et G subissent déjà des contraintes lourdes : gel des loyers, restrictions progressives et, pour les plus mauvais élèves, exclusion du marché locatif.

Un calendrier de restrictions qui se poursuit jusqu’en 2034

Le DPE ne sert pas seulement à informer : il détermine désormais ce qui peut, ou non, être loué. L’interdiction de mise en location vise les logements classés G depuis 2025. Elle doit ensuite concerner la lettre F en 2028, puis la lettre E en 2034, selon le calendrier actuel.

Pour les professionnels de l’immobilier, cette réforme arrive donc comme une soupape sur un marché locatif déjà tendu : 850 000 logements “sortis” administrativement des passoires thermiques, ce sont potentiellement autant de biens qui restent sur le marché.

« Cette évolution du DPE encouragera les propriétaires à remplacer leur chaudière fossile par une pompe à chaleur, une solution décarbonée et efficace énergétiquement pour chauffer et climatiser les bâtiments », défend l’exécutif.

Les associations alertent : “les perdants seraient les locataires”

La mesure, toutefois, ne fait pas l’unanimité. Seize organisations de défense des consommateurs et de l’environnement ont adressé une lettre ouverte au Premier ministre pour dénoncer un texte jugé contre-productif.

 « Les premiers perdants d’une telle mesure seraient bien entendu les locataires, souvent précaires, de passoires et bouilloires thermiques. Les propriétaires de ces logements n’auraient plus aucune incitation ni obligation à les rénover, malgré des factures toujours aussi élevées pour les locataires », écrivent-elles.

En toile de fond, la critique est claire : changer l’étiquette ne change pas la réalité thermique des logements. Un appartement mal isolé restera coûteux à chauffer, même s’il remonte d’une lettre sur le papier.

Le bâtiment craint un nouveau coup dur pour la rénovation

Autre conséquence redoutée : l’effet sur l’activité de rénovation énergétique. La Fédération française du bâtiment estime que le secteur est déjà en perte de vitesse et voit dans cette réforme un signal négatif, d’autant qu’elle intervient après la suspension de MaPrimeRénov’, faute de budget voté pour 2026.

Moins de logements contraints à rénover pour échapper à l’interdiction de louer, c’est potentiellement moins de chantiers, au moment même où l’État affiche des objectifs ambitieux de décarbonation du parc résidentiel.

“80 000 faux DPE” par an : un rapport parlementaire en décembre 2025

 Parallèlement à la réforme du calcul, une autre bataille s’intensifie : celle de la fiabilité des diagnostics. Selon le député Renaissance d’Indre-et-Loire Daniel Labaronne, auteur d’un rapport publié en décembre 2025, il y aurait environ 80 000 faux DPE émis chaque année, lors de demandes de subventions mais aussi pour faciliter des ventes ou des travaux.

Le parlementaire plaide pour un encadrement plus ferme de la profession, jusqu’à proposer la création d’« un ordre professionnel » pour lutter contre la fraude et « consolider » le métier. Il souligne la pression qui entoure un document désormais juridiquement opposable : « Le diagnostic de performance énergétique qui est opposable, et qui a un pouvoir très fort parce qu’il peut remettre en cause la valeur d’un bien » fait qu’il y a « une pression forte qui pèse sur les épaules du diagnostiqueur »,expliquait-il sur France Inter.

 Le rapport avance donc l’idée d’un dispositif équivalent, plus souple : une possible “fédération de diagnostiqueurs” qui définirait « un règlement intérieur », mettrait « en place des commissions de discipline », pourrait « prononcer des sanctions » et « ferait un peu le ménage pour mettre hors d’état de nuire les diagnostiqueurs de performance énergétique indélicats, comme le font les médecins, les avocats, les architectes », propose le député.

Plateforme de signalement et note finale attribuée par l’Ademe

Autre piste : la mise en place d’une plateforme nationale de signalement adossée à un registre d’alertes. Le rapport évoque également une mesure plus structurante : dissocier la réalisation du diagnostic et la communication de la note finale, qui pourrait être attribuée par l’Ademe afin de limiter les pressions exercées par certains propriétaires sur les diagnostiqueurs.

La Rédactionhttps://echosplus.com
La Rédaction d’Echos Plus propose une information indépendante, rigoureuse et accessible sur l’actualité économique, financière et géopolitique en France, au Maghreb, en Europe et à l’international. À travers des analyses, décryptages et mises en perspective, nous couvrons les grands enjeux qui transforment les économies et les sociétés : énergie, finance, entreprises, marchés, innovation et commerce international. Signés « La Rédaction », nos articles reflètent l’engagement d’Echos Plus en faveur d’un journalisme de qualité, au service de la compréhension des mutations du monde et du dialogue entre les deux rives de la Méditerranée.

Les plus populaires