- Après deux ans de négociations et un intense débat sur la souveraineté sanitaire, la cession de Biogaran, leader des médicaments génériques en France, est désormais actée.
- Le fonds britannique BC Partners prend le contrôle à 85%, tandis que Bpifrance investit 15% et obtient un siège au conseil d’administration, avec des engagements sur les emplois et la sécurisation des stocks stratégiques.
C’est la fin d’un dossier hautement sensible. Servier a finalisé la vente de Biogaran, numéro un des génériques dans l’Hexagone. Créée en 1995 par le laboratoire, l’entreprise passe sous le contrôle de BC Partners, qui détient 85% du capital. L’opération, évaluée entre 800 millions et un milliard d’euros, s’était retrouvée au cœur de tensions politiques après l’abandon d’un projet de vente à un acteur indien, sur fond de pénuries de médicaments et de craintes de délocalisation.
Les rumeurs de cession avaient circulé dès la fin 2023, déclenchant des réactions jusque dans l’hémicycle. En 2024, face aux inquiétudes, le processus avait été mis en pause à l’automne avant d’être relancé à l’été 2025, avec l’entrée en négociations exclusives avec BC Partners.
Bpifrance à 15% : une garantie d’État et un siège au conseil
Pour sécuriser ce qui est présenté comme un actif stratégique, Bpifrance devient actionnaire minoritaire à hauteur de 15% et disposera d’un siège au conseil d’administration. La banque publique entend jouer un rôle de vigie sur la trajectoire du groupe.
Dans le communiqué, Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, assure que l’établissement veillera « à la pérennité de son développement à long terme tout en préservant son ancrage français ».
Le dossier a fait l’objet d’un encadrement renforcé par l’État, notamment via les mécanismes de contrôle des investissements étrangers. Un communiqué de Bercy précise ainsi que « cette autorisation est assortie de conditions robustes destinées à garantir la pérennité, la continuité et l’ancrage national des activités de l’entreprise, qui s’appliqueront sans limitation de durée ».
Un pacte d’actionnaires prévoit également des droits de veto liés à l’empreinte française de l’entreprise, afin de verrouiller les paramètres jugés sensibles : localisation, gouvernance, continuité d’activité et capacité à sécuriser l’approvisionnement.
Biogaran n’a pas d’usines en propre : son modèle repose sur un réseau d’une quarantaine de sous-traitants, dont une part significative est implantée en France et en Europe. Un point central dans les discussions, tant la chaîne de production et de distribution des médicaments est sous tension depuis plusieurs années.
Selon Bercy, BC Partners a garanti auprès des autorités françaises « le maintien du siège et des activités en France, la sauvegarde des emplois, la préservation du modèle de sous-traitance de l’entreprise, ainsi que la continuité industrielle, logistique et commerciale ».
Les stocks stratégiques au cœur des exigences de Bercy
La sécurisation des médicaments et la prévention des ruptures ont été placées au premier rang des conditions posées par le gouvernement. Le ministre de l’Économie Roland Lescure insiste sur la fermeté des engagements demandés à l’acquéreur : « J’ai été très exigeant sur les conditions de cette opération avec des engagements fermes et durables imposés à l’acquéreur, notamment sur la sécurisation des stocks stratégiques. En entrant au capital de Biogaran, l’État veille et agit », a indiqué le ministre, cité dans un communiqué
« Je ne transige pas avec la souveraineté et la sécurité sanitaire de notre pays. C’est notre rôle à Bercy : une vigilance constante, des décisions proportionnées et une souveraineté affirmée », ajoute t-il
Biogaran, poids lourd des génériques… et pivot attendu des biosimilaires
En 30 ans, Biogaran est devenue un acteur central du paysage pharmaceutique français. L’entreprise revendique 30% de parts de marché sur les génériques en pharmacie. Son catalogue compte environ un millier de références, des traitements du quotidien aux pathologies lourdes (antibiotiques, antidiabétiques, anticancéreux). Lors de son exercice 2024-2025, elle a réalisé 1,26 milliard d’euros de chiffre d’affaires.
Au-delà des génériques, l’enjeu est aussi d’élargir l’accès à des médicaments moins chers pour Assurance Maladie. Les Echos souligne que la dynamique à venir concerne aussi les biosimilaires, alors que de nombreux brevets de médicaments biologiques doivent expirer dans les prochaines années. « Beaucoup de brevets de médicaments biologiques vont expirer ces prochaines années. Il faut réussir le tournant des biosimilaires en France », soutient Bpifrance.
