- Plus d’un millier de dirigeants d’entreprises européennes, dont Michelin, Sanofi, Veolia et EDF, appellent l’Union européenne à instaurer une “véritable préférence européenne”.
- Dans une tribune initiée par Stéphane Séjourné, ils plaident pour que l’argent public soutienne prioritairement la production et l’emploi en Europe, alors que “les règles du commerce sont en train d’être redéfinies”.
Ils sont plus de 1 000 grands patrons à signer une même ligne : l’Europe doit accélérer et protéger davantage son tissu industriel. Dans une tribune publiée dimanche 1er février dans plusieurs titres de la presse européenne — dont Les Échos en France —, ces dirigeants demandent à l’Union européenne de favoriser une “préférence européenne” au moment où la concurrence internationale se durcit.
Initiée par Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne chargé de la Prospérité et de la Stratégie industrielle, la tribune a été consultée par Radio France. Elle revendique un cap clair : défendre un “Made in Europe” en réponse à l’offensive économique américaine.
Parmi les signataires français figurent Michelin, Sanofi, Veolia ou encore EDF. D’autres grands noms industriels européens se joignent à l’initiative, tels que les chantiers navals italiens Fincantieri et le chimiste belge Solvay.
Le texte dresse le constat d’un monde “que nous pensions révolu”, avec le retour de pratiques agressives : “droits de douane, de subventions massives, de restrictions à l’exportation, de violations de la propriété intellectuelle”. Dans ce contexte, l’Union européenne n’aurait “plus le choix” et doit se montrer plus offensive, “alors que les règles du commerce sont en train d’être redéfinies”.
Stéphane Séjourné pousse un message sans détour : “La concurrence internationale n’a jamais été aussi déloyale”, écrit-il, en plaidant pour une “politique industrielle ambitieuse, efficace et pragmatique”.
Produire davantage, mais surtout “plus stratégiquement”
Le texte martèle une urgence : “Il est temps pour l’Europe de produire plus, et surtout, plus stratégiquement”. Pour y parvenir, les dirigeants plaident pour une accélération sur des leviers jugés essentiels à la compétitivité industrielle du continent, allant de la simplification administrative à la baisse des coûts de l’énergie, en passant par la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en matières premières.
Dans les secteurs considérés comme essentiels, la Commission européenne est appelée à franchir un cap. “Nous devons établir, une fois pour toutes, une véritable préférence européenne dans nos secteurs les plus stratégiques”, insiste Stéphane Séjourné.
L’argent public européen comme levier de réindustrialisation
La tribune précise le mécanisme souhaité, en l’adossant à une règle présentée comme simple et structurante :
“Elle repose sur un principe très simple : chaque fois que l’argent public européen est utilisé, celui-ci doit contribuer à la production et aux emplois européens”.
Les signataires affirment toutefois vouloir éviter un repli complet et conserver une ligne d’équilibre : “Fidèles à notre ADN, nous veillerons à maintenir l’équilibre nécessaire entre la préservation de notre ouverture internationale, et la promotion de nos intérêts stratégiques”, peut-on lire.
Industrial Accelerator Act : un “acte d’indépendance économique” attendu en février
L’appel des industriels s’inscrit dans un calendrier politique déjà engagé. La tribune annonce une priorité législative : “C’est cette logique que nous défendrons dans chaque initiative, à commencer par la loi sur l’accélérateur industriel, que la Commission présentera prochainement.”
“Cette loi n’est pas simplement un texte de plus, c’est un acte d’indépendance économique”, mentionnent-ils dans le texte
En février, la Commission européenne doit présenter l’Industrial Accelerator Act, une initiative censée renforcer la souveraineté industrielle européenne, notamment en simplifiant certaines procédures.
Pour les signataires, la priorité est désormais d’aligner les moyens publics avec une stratégie de souveraineté. De Michelin à Sanofi, en passant par Fincantieri et Solvay, tous martèlent la même exigence : une stratégie industrielle plus protectrice, plus rapide et plus lisible.
Le texte résume l’ambition en une formule : ils en appellent “à une préférence claire et assumée pour tous ceux qui choisissent l’Europe”.
