- La proposition du Medef de créer un « CDI jeune » — rompu à tout moment par l’employeur pendant trois ans, assorti d’une baisse du SMIC pour les plus jeunes — ne sera pas retenue par l’exécutif.
- Ce lundi 2 février, le Premier ministre a balayé l’idée, tandis que Jordan Bardella s’y oppose aussi, parlant d’un « nivellement par le bas ».
Le gouvernement ne donnera pas suite à la proposition polémique du Medef sur l’emploi des jeunes. Ce lundi 2 février, le Premier ministre que cette piste relancée par l’organisation patronale « n’est à l’ordre du jour », selon une information du Parisien. Dans l’entourage de Sébastien Lecornu, on indique qu’il s’agissait d’un « bon sujet pour les candidats à la présidentielle », tandis que la priorité du Premier ministre « est de terminer les négociations en cours sur les ruptures conventionnelles ».
Un rappel politique autant qu’un signal adressé aux partenaires sociaux : l’exécutif veut éviter l’ouverture d’un nouveau front, alors que des discussions sensibles restent en cours et que le calendrier initial — une conclusion annoncée pour fin janvier — a déjà glissé.
Dans le détail, le Medef prône l’instauration d’un « CDI jeune », un contrat qui pourrait être rompu « à tout moment » par l’employeur sur une période de trois ans. Le dispositif s’accompagnerait, par ailleurs, d’une baisse du SMIC pour les plus jeunes.
L’objectif affiché est de faciliter l’entrée des jeunes sur le marché du travail. Mais pour ses opposants, l’idée a un parfum de déjà-vu : elle reviendrait à ressusciter le « contrat première embauche » (CPE), créé en 2006 par Dominique de Villepin, avant qu’une mobilisation massive de la jeunesse ne contraigne Jacques Chirac à enterrer le projet.
La mesure a immédiatement crispé les syndicats. La CGT parle d’une « déclaration de guerre », et Sébastien Lecornu la refuse « catégoriquement », selon les éléments rapportés.
L’exécutif brandit le risque social à quinze mois de la présidentielle
Au-delà du contenu, le gouvernement redoute surtout l’effet détonateur. La perspective d’un retour, même partiel, à une forme de CPE « a tout pour embraser le pays ».
« Mettre les gens dans la rue, je ne suis pas certain que ce soit la meilleure chose à faire à quinze mois d’une présidentielle. Et encore plus en ce moment, alors qu’on sort à peine de l’épreuve budgétaire et que la grogne des agriculteurs est encore très puissante », prévient un conseiller ministériel cité par Le Parisien.
Le message sous-jacent est clair : à l’heure où l’exécutif cherche à canaliser les tensions, « balancer des pistes explosives dans le débat public » apparaît, au mieux, comme une diversion, au pire, comme une étincelle.
Dans le camp gouvernemental, la proposition heurte aussi un principe simple : l’égalité de rémunération pour un travail identique. « Si le Medef nous explique qu’il faut payer moins les jeunes que des salariés plus âgés pour le même travail, c’est inacceptable », a déploré ce lundi la députée Renaissance du Pas-de-Calais et ancienne ministre, Agnès Pannier-Runacher.
Une prise de position qui souligne la difficulté, pour la majorité, de défendre un mécanisme associant flexibilité accrue pour l’employeur et baisse du salaire minimum pour les plus jeunes, au risque d’alimenter le procès en précarisation.
Sur le plan politique, l’opposition à la proposition ne se limite pas à la gauche syndicale ou à la majorité. Invité ce lundi 2 février sur RMC et BFMTV, Jordan Bardella a dit ne pas croire dans un CDI « spécial jeunes ». Pour lui, « c’est du nivellement par le bas ».
« Ce n’est pas le sujet en réalité. Le sujet c’est de permettre à chaque jeune Français de pouvoir vivre en France, de pouvoir travailler en France, de pouvoir gagner sa vie en France sans être accablé de normes, de taxes et d’impôts », a-t-il indiqué, recentrant son discours sur le pouvoir d’achat et la compétitivité.
Le président du Rassemblement national a également plaidé pour « faire en sorte que les jeunes rentrent plus tôt sur le marché du travail », affirmant porter « l’ambition, sur le modèle suisse ou allemand, de revaloriser de manière significative à la fois l’apprentissage mais, dès le collège, les savoirs manuels ».
Selon lui, la France a « besoin dans une logique de réindustrialisation d’avoir des jeunes qui soient formés à des métiers manuels et dont les filières sont valorisées et dont la France doit être fière ».
