- Face aux répercussions économiques de la guerre au Moyen-Orient, le ministère de l’Économie et des Finances met en place un dispositif de suivi renforcé.
- Cellule de crise quotidienne, réunions avec les fédérations professionnelles et point d’étape avec la Banque de France : l’exécutif veut anticiper les chocs sur l’énergie, les marchés financiers et le commerce mondial.
À Bercy, la prudence domine, mais sans dramatisation excessive. Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a annoncé la mise en place d’un dispositif exceptionnel pour suivre les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient.
Face à des « tensions inédites dans la région du Proche et du Moyen-Orient », le ministre a estimé que ce conflit génère des « incertitudes économiques et financières » qui doivent être suivies « de très près ». Pour y répondre, il a annoncé la mise en place d’un dispositif spécifique, reposant notamment sur « une cellule de crise qui se réunit une fois par jour » sous son autorité à Bercy.Cette instance a pour mission de surveiller l’évolution « des marchés financiers, des indicateurs économiques et évidemment des marchés de l’énergie », en mobilisant l’ensemble des services concernés.
Lancée dimanche, cette cellule de crise réunit l’ensemble des services du ministère afin d’analyser en continu l’évolution des marchés et d’anticiper les différents scénarios possibles, dans un contexte jugé encore très incertain.
Réunions quotidiennes avec les fédérations et les secteurs sensibles
En parallèle, le ministre doit rencontrer chaque jour les représentants des principales organisations patronales – Medef, AFEP, CPME – ainsi que les fédérations des secteurs les plus exposés : énergie (pétrole, gaz, électricité), transport, logistique, assurances, banques et industrie. Ces échanges se tiendront « tant que la crise sera à ce pic d’intensité », selon Bercy.
Roland Lescure a également détaillé l’organisation mise en place pour assurer un suivi au plus près du terrain. Il a indiqué qu’il échangerait « dans la journée avec les représentants des services économiques régionaux qui sont sur le terrain », afin de disposer d’informations actualisées sur la situation, notamment pour les entreprises françaises implantées dans la zone.
En parallèle, le ministre a annoncé la tenue de réunions quotidiennes avec les filières industrielles les plus exposées — « l’énergie, le transport, la logistique, l’industrie » — rencontres engagées dès la veille. L’objectif est double : « informer nos entreprises des informations dont on dispose » et permettre aussi « de faire remonter de l’information sur ce qu’elles voient sur le terrain et sur les marchés qui les concernent« .
L’objectif de Bercy consiste à informer rapidement les entreprises françaises et recueillir les signaux faibles remontant du terrain, notamment sur les chaînes d’approvisionnement et les coûts logistiques.
Énergie et marchés financiers sous haute surveillance
La question énergétique reste au cœur des préoccupations. Approvisionnement en gaz, prix du pétrole, impact sur l’électricité : autant de paramètres susceptibles d’affecter directement l’économie française. Le gouvernement a d’ailleurs profité de la réunion trimestrielle du Haut Conseil pour la stabilité financière (HCSF) pour dresser un premier état des lieux.
« Nous avons souhaité profiter de cette réunion habituelle, trimestrielle du Haut Conseil sur l’instabilité financière pour faire un point sur les marchés financiers et sur les marchés de l’énergie avec le gouverneur de la Banque de France », a indiqué le ministre.
De son côté, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a adopté un ton prudent face aux tensions actuelles. Il a assuré que les autorités monétaires suivent « avec une grande attention les développements sur les prix de l’énergie et sur les marchés financiers », tout en soulignant que l’économie française dispose de « certains éléments favorables », citant notamment « une inflation basse », « une croissance relativement résiliente » et « un secteur financier solide avec une exposition limitée sur le Moyen-Orient ».
Il a toutefois appelé à la retenue, estimant qu’« il faut un peu plus de recul » avant de tirer des conclusions, précisant que le Conseil des gouverneurs de la BCE disposera, lors de sa prochaine réunion des 18 et 19 mars, de « prévisions économiques actualisées ».
S’agissant des taux d’intérêt, François Villeroy de Galhau a mis en garde contre toute réaction hâtive : « Ce serait une erreur » de décider « dans la précipitation » d’un éventuel mouvement, rappelant que les décisions monétaires ne se fondent pas « seulement au vu des prix instantanés de l’énergie ».
Pas de risque d’approvisionnement à court terme
Face aux inquiétudes des ménages et des entreprises, le gouvernement cherche également à éviter tout mouvement de panique sur les carburants. Roland Lescure a tenu à rassurer fermement : « Il n’y a aucun, aucun risque d’approvisionnement à court terme en France ni sur le gaz, ni sur l’essence. Donc ne créons pas un problème qui n’existe pas, il n’y a aucune raison aujourd’hui de se rouer dans les stations-service, il n’y a aucun risque d’approvisionnement ni sur le gaz, ni sur l’essence. »
