- Le déficit commercial marocain a fortement augmenté au premier trimestre, sous l’effet d’une progression soutenue des importations.
- Si l’automobile, l’aéronautique et le tourisme continuent de soutenir les recettes extérieures du Royaume, le ralentissement des exportations et le recul des investissements étrangers rappellent les fragilités persistantes de l’économie marocaine.
Le commerce extérieur marocain s’est nettement dégradé à fin mars. Selon les dernières données publiées par l’Office des changes, le déficit commercial du Royaume atteint 87,37 milliards de dirhams (MMDH), soit environ 8 milliards d’euros, contre 70,54MMDH (près de 6,5 milliards d’euros) un an plus tôt, soit une hausse de 23,9 %.
Cette détérioration traduit un déséquilibre croissant entre des importations dynamiques et des exportations dont la progression reste modérée. Les achats à l’étranger ont augmenté de 11,1 %, à 208,1 MMDH (environ 19 milliards d’euros), tandis que les exportations n’ont progressé que de 3,3 %, à 120,7 MMDH (près de 11 milliards d’euros). Le taux de couverture des importations par les exportations recule ainsi de 62,4 % à 58 %.
Une poussée des importations portée par l’investissement
La hausse des importations provient principalement des biens d’équipement, dont les achats bondissent de 24,7 % sur un an. Une évolution qui traduit la poursuite des investissements industriels et des besoins des entreprises en matériels et équipements.
Les produits de consommation enregistrent également une progression soutenue (+14,6 %), tout comme les produits bruts (+42,2 %). À l’inverse, la facture énergétique demeure relativement stable (+1,1 %), malgré un contexte international volatil.
Les importations alimentaires reculent, elles, de 6 %, sous l’effet notamment de la baisse des achats de sucre et d’animaux vivants.
Le tourisme et les services jouent un rôle d’amortisseur
Dans ce contexte, les services continuent de soutenir les équilibres extérieurs du Royaume. L’excédent de la balance des services progresse de 16,1 %, à 38,7 MMDH (environ 3,5 milliards d’euros), porté par une hausse de 13,2 % des exportations de services.
Le tourisme confirme ainsi sa place centrale dans cette dynamique. Les recettes voyages progressent de 23,5 %, à 30,9 MMDH (près de 2,8 milliards d’euros), tandis que les dépenses augmentent beaucoup plus modérément (+3,4 %). Le solde voyages s’améliore ainsi de 31,4 %, pour atteindre 23,7 MMDH (environ 2,2 milliards d’euros).
Les transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) demeurent également un soutien important pour les réserves en devises. Ils augmentent de 11,7 %, à 29,7 MMDH (près de 2,7 milliards d’euros).
Les investissements étrangers marquent le pas
Sur le volet financier, les investissements directs étrangers (IDE) affichent un recul. Les recettes diminuent de 13,1 %, à 12,1MMDH (environ 1,1 milliard d’euros), tandis que les dépenses reculent de 22,4 %, à 3,7 MMDH (près de 340 millions d’euros).
Le flux net des IDE ressort ainsi en baisse de 8,3 %, à 8,5 MMDH (environ 780 millions d’euros), contre 9,2 MMDH (près de 840 millions d’euros) un an auparavant.
À l’inverse, les investissements directs marocains à l’étranger (IDME) progressent fortement. Leur flux net atteint 2,8 MMDH (près de 260 millions d’euros), en hausse de 57,3 %, signe d’une internationalisation croissante de certains groupes marocains.
L’automobile confirme son statut de locomotive
Du côté des exportations, le secteur automobile reste le principal moteur de croissance. Les ventes progressent de 12,1 %, à 41,9MMDH (environ 3,8 milliards d’euros), grâce notamment à la bonne tenue de la construction automobile (+23,7 %) et du câblage (+10,9 %).
L’aéronautique poursuit également sa montée en puissance, avec des exportations en hausse de 12,6 %, à 7,9 MMDH (près de 720 millions d’euros).
En revanche, plusieurs secteurs historiques enregistrent un recul. Les exportations de phosphates et dérivés diminuent de 7,4 %, celles du textile de 14,1 % et celles de l’agriculture et de l’agroalimentaire de 2,3 %.
Une économie extérieure sous tension
Le tableau des échanges extérieurs marocains met ainsi en évidence une économie traversée par des dynamiques contrastées. D’un côté, la vigueur des importations alourdit le déficit commercial. De l’autre, le tourisme, les services et les filières industrielles exportatrices continuent d’apporter des relais de croissance.
Pour Rabat, l’enjeu reste désormais de consolider ces secteurs compétitifs tout en réduisant les déséquilibres structurels qui pèsent sur la balance commerciale.
