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mercredi, mai 20, 2026
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Engrais : Bruxelles prépare un plan d’urgence pour soutenir les agriculteurs européens

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  • Face à l’envolée des prix des engrais, aggravée par la guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, l’Union européenne s’apprête à débloquer plusieurs centaines de millions d’euros pour soutenir les agriculteurs.
  • Bruxelles veut aussi accélérer la diversification des approvisionnements et renforcer la production européenne d’alternatives aux fertilisants importés.

     La Commission européenne s’apprête à activer un plan d’urgence pour venir en aide aux agriculteurs confrontés à une forte hausse du coût des engrais. Depuis fin février, les fertilisants azotés ont bondi en Europe, autour de 500 euros la tonne, contre environ 380 euros l’hiver dernier.

La guerre au Moyen-Orient a accentué cette tension. Près d’un tiers des engrais importés transiterait par le détroit d’Ormuz, toujours bloqué après plusieurs semaines de conflit. Depuis le début de la guerre, le prix des engrais importés aurait progressé de 70 %.

À cette hausse s’ajoute l’envolée du gazole agricole, qui renchérit les coûts d’exploitation et pousse plusieurs États membres à envisager ou prolonger des soutiens budgétaires ciblés. Le plan européen doit être financé en partie par des fonds agricoles non utilisés de la Politique agricole commune.

« Il reste 200 millions d’euros dans cette réserve de crise, et mon intention serait de doubler au moins ce montant pour venir au secours de nos agriculteurs », a indiqué Christophe Hansen, commissaire européen à l’Agriculture.

Habituellement versés en octobre, ces fonds pourraient être débloqués plus tôt afin de répondre à l’urgence de trésorerie des exploitations.

Les céréaliers en première ligne

La situation apparaît particulièrement tendue pour les céréaliers, gros consommateurs d’engrais. Le secteur reste fragilisé par une récolte de blé catastrophique en 2024, une année 2025 déjà marquée par des fertilisants coûteux et des prix du blé passés sous les 200 euros la tonne en France, dans un contexte de concurrence internationale accrue.

« Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais », alerte le Copa-Cogeca, principale organisation représentative des syndicats agricoles européens.

Vers davantage d’engrais européens et naturels

Au-delà de l’aide immédiate, Bruxelles entend réduire la dépendance de l’Union européenne, qui importe environ 60 % des engrais qu’elle consomme. Deux priorités sont mises en avant : diversifier les fournisseurs et augmenter la production européenne.

Christophe Hansen plaide aussi pour un recours accru à des alternatives organiques. « C’est quelque chose que l’on produit nous-même et où l’on est très limité dans l’utilisation actuelle », a-t-il déclaré, évoquant notamment le lisier et les contraintes liées aux nitrates.

Bruxelles pourrait ainsi assouplir certaines règles pour permettre davantage d’usage du digestat, issu de la méthanisation des déchets organiques. Une piste qui suscite toutefois l’inquiétude des organisations environnementales, préoccupées par les risques de pollution de l’eau.

La taxe carbone aux frontières maintenue

Malgré les demandes de plusieurs pays, dont la France, et des organisations agricoles, la Commission européenne n’entend pas suspendre la taxe carbone aux frontières sur les engrais, entrée en vigueur le 1er janvier dans le cadre du mécanisme CBAM.

Pour Bruxelles, cet outil reste central afin de décarboner le secteur et de soutenir les producteurs européens. La guerre « a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais », souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des principaux producteurs européens d’engrais, citée par l’AFP. Le plan d’action européen est ainsi monté de « quelques crans en termes d’importance politique ».

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