- Invité des « 4V » sur France 2, le ministre de la Justice a plaidé pour une réduction des flux migratoires, des quotas fixés par le Parlement et une immigration davantage tournée vers les besoins économiques du pays.
- Entre intégration, régularisation des travailleurs étrangers et fermeté envers les délinquants étrangers, l’ancien ministre de l’Intérieur tente d’imposer une ligne mêlant contrôle renforcé et pragmatisme économique.
Dans un contexte marqué par la remontée du chômage et les tensions autour de l’intégration, Gérald Darmanin a estimé qu’il fallait « diminuer la part de notre immigration en France » afin de mieux intégrer les étrangers déjà présents sur le territoire.
Le ministre de la Justice invoque notamment les difficultés d’accès au logement, à l’emploi ou encore à l’apprentissage du français pour justifier cette orientation plus restrictive. « Nous devons d’abord intégrer les gens que nous avons sur notre sol avant de faire venir davantage d’autres personnes », a-t-il déclaré.
Cette prise de position intervient alors que le débat migratoire s’impose de nouveau au cœur du débat public, à l’approche des grandes échéances politiques nationales.
Des quotas migratoires inspirés du modèle canadien
L’ancien locataire de la place Beauvau souhaite également relancer le débat sur la mise en place de quotas migratoires contraignants. Selon lui, le Parlement devrait pouvoir fixer des quotas « définitifs et pas indicatifs », nécessitant au préalable une réforme constitutionnelle.
Pour défendre cette approche, Gérald Darmanin cite notamment l’exemple du Canada, qui privilégie une immigration répondant aux besoins économiques et linguistiques du pays. Le ministre estime qu’il est « plus normal de faire venir en France des personnes qui parlent français, ou qui sont de culture française », considérant que l’intégration est plus complexe pour des populations allophones.
Le garde des Sceaux insiste toutefois sur le fait que le critère central doit rester « la capacité à s’intégrer à la République française » et non l’origine ou la religion des candidats à l’immigration.
Une immigration ciblée sur les métiers en tension
Au-delà du débat identitaire, Gérald Darmanin assume une logique économique. Il défend une immigration limitée aux secteurs confrontés à des pénuries de main-d’œuvre.
« Nous avons besoin de médecins étrangers », rappelle-t-il, soulignant que près de 20 % des praticiens hospitaliers exerçant en France sont étrangers. Il cite également les métiers de la restauration, du BTP, de l’agriculture ou de la livraison, où de nombreux travailleurs immigrés occupent des postes difficiles à pourvoir.
Selon lui, faire venir massivement des travailleurs sans capacité d’intégration ni débouchés professionnels reviendrait à alimenter la précarité et le chômage.
Régulariser les travailleurs intégrés, expulser les délinquants
Le ministre défend parallèlement une ligne plus nuancée sur la régularisation des étrangers en situation irrégulière. Gérald Darmanin estime que les personnes présentes depuis de longues années, travaillant et respectant les règles de la République, doivent pouvoir être sécurisées administrativement.
« Ceux qui travaillent sur notre sol, qui respectent les règles de la République (…) il faut les intégrer », affirme-t-il. Il évoque notamment les travailleurs sans-papiers employés dans des secteurs essentiels mais exposés à des formes d’exploitation économique.
À l’inverse, le garde des Sceaux plaide pour une politique d’expulsion beaucoup plus ferme à l’égard des étrangers condamnés pour délits ou crimes. « Si nous sommes gentils avec les gentils, nous devons être absolument méchants avec les méchants », résume-t-il.
Le ministre défend également un durcissement des rapports diplomatiques avec les pays refusant de reprendre leurs ressortissants sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), allant jusqu’à envisager une restriction des visas délivrés.
Une réforme constitutionnelle en ligne de mire
Pour mettre en œuvre cette nouvelle doctrine migratoire, Gérald Darmanin juge indispensable une réforme de la Constitution. Le ministre rappelle que la précédente loi immigration avait déjà été adoptée « dans la douleur » en l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale.
Le chantier apparaît politiquement sensible, tant les questions migratoires cristallisent les divisions entre majorité, droite et extrême droite. Mais en relançant le débat sur les quotas, l’assimilation et les régularisations ciblées, le garde des Sceaux entend clairement imposer sa vision du futur cadre migratoire français.
