- À six mois de l’entrée en vigueur du règlement européen sur les émissions de méthane, quatre grands pays exportateurs d’hydrocarbures appellent Bruxelles à revoir son calendrier d’application.
- L’Algérie, le Nigeria, le Qatar et les États-Unis alertent sur un risque de perturbation des approvisionnements énergétiques et de flambée des prix si le texte est appliqué sans période de transition adaptée.
À la veille d’une réunion des ministres européens de l’Énergie à Luxembourg consacrée aux prix de l’énergie, quatre grands producteurs d’hydrocarbures ont officiellement demandé à l’Union européenne de revoir son règlement sur les émissions de méthane, dont l’entrée en vigueur est prévue en janvier 2027.
Dans une lettre ouverte adressée aux dirigeants européens, les ministres de l’Énergie de l’Algérie, du Nigeria, du Qatar et des États-Unis — respectivement Mohamed Arkab, Ekperikpe Ekpo, Saad Sherida Al-Kaabi et Chris Wright — estiment que le dispositif, en l’état, pourrait fragiliser les échanges énergétiques avec l’Europe.
Les producteurs réclament un moratoire et une période de transition
Adopté par l’Union européenne en mai 2024, le règlement impose aux importateurs de gaz naturel, de pétrole brut et de charbon de démontrer que leurs fournisseurs appliquent des normes de mesure, de déclaration et de vérification des émissions de méthane équivalentes aux exigences européennes.
Les entreprises qui ne respecteraient pas ces obligations pourraient être sanctionnées à hauteur de 20 % de leur chiffre d’affaires annuel. Le texte s’applique à l’ensemble des fournisseurs d’hydrocarbures de l’Union européenne, qu’ils soient situés en Afrique, au Moyen-Orient ou en Amérique du Nord.
Face à ces nouvelles contraintes, les quatre pays signataires demandent l’instauration d’un moratoire temporaire afin de mettre au point des méthodologies de mesure jugées plus réalistes.
Ils souhaitent également que les contrats d’approvisionnement déjà conclus soient protégés durant la période de transition et réclament la suspension de toutes les sanctions jusqu’à la mise en œuvre complète du dispositif. Selon eux, une application sans ajustement entraînerait des perturbations des approvisionnements énergétiques vers l’Europe ainsi qu’une hausse injustifiée des prix.
Une étude alerte sur un risque majeur pour les importations européennes
Les inquiétudes des producteurs s’appuient notamment sur une étude publiée en mars par Wood Mackenzie pour le compte de l’Association internationale des producteurs de pétrole et de gaz (IOGP).
Selon cette analyse, jusqu’à 87 % des importations européennes de pétrole brut et 43 % des importations de gaz naturel pourraient devenir non conformes dès janvier 2027 si le règlement est appliqué sans modification.
L’étude estime également que la facture pétrolière de l’Union européenne pourrait augmenter de 17 milliards de dollars par an, provoquant une hausse des prix de l’essence de 24 % et du diesel de 16 %. Autre conséquence avancée : jusqu’à 40 raffineries européennes pourraient être contraintes de fermer entre 2027 et 2030.
L’Algérie défend les objectifs climatiques mais conteste le calendrier
Dans un communiqué publié le 25 juin, le ministère algérien des Hydrocarbures précise que son opposition ne vise pas les objectifs environnementaux du règlement européen. Selon Alger, les réserves portent essentiellement sur le calendrier et les modalités pratiques de mise en œuvre.
Le ministère rappelle également que Sonatrach et ses partenaires ont déjà engagé des investissements importants afin de réduire les émissions de méthane de leurs installations, en cohérence avec les ambitions climatiques poursuivies par l’Union européenne.
Bruxelles prépare encore les modalités d’application
La Commission européenne n’a, à ce stade, pas répondu publiquement à la lettre des quatre pays producteurs. Elle dispose jusqu’au 30 juillet pour publier les lignes directrices précisant les modalités d’application des pénalités prévues par le règlement.
Parallèlement, Bruxelles a proposé de suspendre les sanctions pendant une période transitoire de trois ans, de 2027 à 2029.
Une proposition vivement critiquée par la Clean Air Task Force, qui estime qu’un tel assouplissement risquerait de priver le règlement d’une grande partie de son efficacité environnementale et de compromettre les objectifs européens de réduction des émissions de méthane.
