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Croissance : l’Insee abaisse sa prévision à 0,4 % pour la France en 2026

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Dans sa note de conjoncture du 10 septembre, l'Insee abaisse sa prévision de croissance française à 0,4 % pour 2026, contre 0,7 % en juin. La France serait la seule grande économie avancée à freiner significativement, avec une inflation attendue à 2,9 % en décembre et un chômage grimpant à 8,6 %.

Faits clés
Prévision de croissance 2026 0,4 %contre 0,7 % estimé en juin par l'Insee
Inflation attendue en décembre 2,9 %sur un an, après 2,4 % en août
Recul du pouvoir d'achat des ménages en 2026 0,4 %recul identique à celui de 2025
Taux de chômage fin 2026 8,6 %contre 8,3 % au deuxième trimestre
Destructions d'emplois salariés en 2026 52.000 emploisaprès 48.000 postes perdus en 2025

     L’économie française passe en « vigilance orange ». Dans sa note de conjoncture publiée le 10 septembre, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) ramène sa prévision de croissance à seulement 0,4 % pour 2026, contre 0,7 % estimé en juin. Si cette projection se confirmait, la France enregistrerait sa plus faible progression du produit intérieur brut (PIB) depuis 2012, hors période de Covid-19.

Le ralentissement français apparaît d’autant plus préoccupant qu’il contraste avec la résistance des économies voisines. La croissance de la zone euro et celle du Royaume-Uni devraient être environ trois fois plus élevées cette année.

« La France n’a plus grand-chose dans le tuyau, il n’y a plus d’activité », résume Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode.

Un décrochage dès le premier semestre

La France serait « la seule grande économie avancée où l’activité freinerait significativement en 2026 », souligne l’Insee. Après une contraction de 0,2 % au premier trimestre, le PIB a stagné au deuxième, marquant un net décrochage par rapport aux autres grandes économies européennes. 

« C’est une surprise que nous n’avions pas anticipée », reconnaît Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture de l’Insee.

L’amélioration attendue durant la seconde moitié de l’année resterait très limitée. L’activité progresserait de seulement 0,1 % au troisième trimestre, puis de 0,2 % au quatrième. Le commerce extérieur constituerait le principal soutien à la croissance, grâce notamment aux exportations des secteurs aéronautique et naval.

À l’inverse, les moteurs traditionnels de l’économie française tournent au ralenti. « Tous les moteurs de la croissance française sont grippés : la consommation privée est atone, la consommation publique progresse moins vite et l’investissement patine », résume Clément Bortoli, chef de la division Synthèse conjoncturelle de l’Insee.

La canicule coûterait 0,1 point de croissance

Les tensions géopolitiques et la flambée des prix de l’énergie ne suffisent pas à expliquer ce coup de frein. Les épisodes caniculaires de l’été ont fortement pénalisé la production agricole, qui a reculé de 3,1 % au deuxième trimestre.

Selon l’Insee, les vagues de chaleur amputeraient la croissance annuelle d’environ 0,1 point. Les rendements du maïs, des fourrages, des oléagineux, des pommes de terre et de la vigne figurent parmi les plus affectés. La baisse de la production de légumes frais alimente également la hausse des prix alimentaires. 

La France serait, au vu des données disponibles, « la seule économie dont la production agricole semble avoir été affectée par les vagues de chaleur de l’été », relève Dorian Roucher. L’économiste n’exclut toutefois pas que les statistiques étrangères intègrent plus tardivement les conséquences climatiques.

La construction a également souffert des températures extrêmes, avec une baisse de 0,6 % de sa valeur ajoutée au deuxième trimestre. À cet effet climatique s’ajoute un « retournement violent de l’activité dans les travaux publics », traditionnellement observé après les élections municipales. L’investissement public reculerait ainsi de 1,7 % sur l’ensemble de l’année.

Une inflation attendue à 2,9 % en décembre

Le ralentissement de l’activité s’accompagnerait d’un regain d’inflation. Après avoir atteint 2,4 % sur un an en août, la hausse des prix devrait accélérer jusqu’à 2,9 % en décembre, selon l’indice national retenu par l’Insee. 

Cette remontée proviendrait principalement de l’augmentation des prix des hydrocarbures liée au conflit au Moyen-Orient. Le renchérissement des intrants énergétiques se diffuserait progressivement aux produits manufacturés et à certains services, notamment les transports. La baisse des récoltes ferait parallèlement grimper les prix des légumes frais.

« Le discours politique va consister à dire que c’est la canicule, la situation géopolitique, or les chocs sont symétriques et il y a de la croissance ailleurs en Europe », observe Anthony Morlet-Lavidalie. Pour l’économiste de Rexecode, « il y a maintenant une spécificité française, une exception sur la dynamique de l’activité ».

Le pouvoir d’achat reculerait de 0,4 %

Dans ce contexte, les salaires réels stagneraient et resteraient inférieurs à leur niveau de 2021. Le pouvoir d’achat de l’ensemble des ménages diminuerait de 0,4 % en 2026, soit un recul identique à celui enregistré en 2025, mais dont les causes et la portée seraient différentes.

« En 2025, cette baisse provenait seulement des dividendes (…) alors qu’en 2026 elle provient de l’inflation et de la baisse de l’emploi, donc cela concerne beaucoup plus de Français », explique Dorian Roucher.

Les ménages puiseraient dans leur épargne pour maintenir leurs dépenses. La consommation résisterait ainsi, mais ne progresserait que de 0,3 % sur l’ensemble de l’année. 

La faiblesse de la demande et l’augmentation du coût du crédit pèseraient également sur les entreprises. Leur investissement reculerait de 0,3 %, après une hausse de 0,7 % en 2025.

Le chômage grimperait à 8,6 %

Le marché du travail devrait continuer à se dégrader. L’économie française détruirait 52.000 emplois salariés en 2026, après une perte de 48.000 postes en 2025. Ce recul s’expliquerait principalement par la baisse de l’alternance, sur fond de réduction des aides publiques.

L’emploi non salarié poursuivrait toutefois sa progression, avec 95.000 créations attendues. Cette hausse permettrait à l’emploi total de rester presque stable, mais ne suffirait pas à absorber l’augmentation de la population active.

Le taux de chômage passerait ainsi de 8,3 % au deuxième trimestre à 8,6 % à la fin de l’année. La France serait alors la seule, parmi les principales économies européennes, à connaître une hausse du chômage. 

Une équation budgétaire encore plus difficile

La nouvelle prévision de l’Insee s’écarte nettement de l’hypothèse de croissance de 0,7 % encore retenue par le gouvernement. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, doit présenter vendredi un scénario macroéconomique révisé, à quelques semaines de la présentation du budget pour 2027.

Une dégradation des prévisions de Bercy compliquerait davantage l’objectif de ramener le déficit public à 4,9 % du PIB en 2026, après 5 % en 2025. 

« Il n’y a finalement que la demande publique qui se maintient, comme les dépenses de santé, mais cela, c’est du mauvais PIB», conclut Anthony Morlet-Lavidalie. À ses yeux, la hausse attendue des taux d’intérêt réduit également les perspectives d’un redémarrage en 2027.

Questions fréquentes

Quelle est la prévision de croissance de la France en 2026 ?

L'Insee prévoit une croissance de seulement 0,4 % pour 2026, contre 0,7 % estimé en juin. Ce serait la plus faible progression du PIB depuis 2012, hors période de Covid-19.

Pourquoi la croissance française ralentit-elle ?

Tous les moteurs sont grippés : consommation privée atone, consommation publique en ralentissement et investissement en berne. Les canicules ont aussi amputé la croissance d'environ 0,1 point.

Quel niveau atteindra le chômage fin 2026 ?

Le taux de chômage passerait de 8,3 % au deuxième trimestre à 8,6 % fin 2026. La France serait la seule grande économie européenne à connaître une hausse du chômage.

Quelle inflation l'Insee prévoit-elle pour fin 2026 ?

Après 2,4 % en août, l'inflation accélérerait à 2,9 % en décembre, principalement en raison de la hausse des prix des hydrocarbures liée au conflit au Moyen-Orient.

La Rédactionhttps://echosplus.com
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