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Finances publiques : la crise au Moyen-Orient pourrait coûter jusqu’à 6 milliards à la France

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  • Le gouvernement évalue entre 4 et 6 milliards d’euros l’impact budgétaire de la crise au Moyen-Orient.
  • Entre hausse de la charge de la dette, soutien aux secteurs exposés et ralentissement économique, l’exécutif s’apprête à annoncer de nouvelles mesures d’économies, tout en prolongeant ses aides ciblées.

La crise au Moyen-Orient commence à produire ses effets sur les comptes publics français. Mardi matin, sur RTL, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a estimé que son coût pour la France atteignait à ce stade « l’ordre de grandeur » de 4 à 6 milliards d’euros, alors que le gouvernement réunit à Bercy un comité d’alerte des finances publiques pour préparer de nouveaux ajustements budgétaires.

« C’est l’ordre de grandeur à ce stade du coût de la crise tel qu’on peut l’estimer », a déclaré le ministre, en soulignant le caractère encore mouvant de cette évaluation. Une large part de cette facture provient du renchérissement de la dette publique. Selon lui, 3,6 milliards d’euros sont liés à une charge de la dette « qui est en hausse parce que les taux d’intérêt ont monté ». A cela s’ajoute le coût des dispositifs de soutien, notamment les aides ciblées sur les carburants.

La dette et l’énergie au cœur du choc

Le conflit agit comme un nouveau facteur de tension sur une trajectoire budgétaire déjà fragilisée. Bercy insiste depuis plusieurs jours sur le « renchérissement significatif » du coût de financement de l’État, évalué « aux alentours de 4 milliards » d’euros. Le ministre des Comptes publics, David Amiel, avait lui aussi chiffré à 3,6 milliards d’euros le surcoût lié à la remontée des taux d’intérêt.

Cette dégradation intervient au moment même où l’exécutif a revu ses hypothèses macroéconomiques. La prévision de croissance pour 2026 a été légèrement abaissée à 0,9 %, contre 1 % auparavant, tandis que la prévision d’inflation a été relevée à 1,9 %, contre 1,3 % jusque-là. La flambée des prix de l’énergie pèse ainsi à la fois sur l’activité, sur les dépenses publiques et sur les conditions de financement de l’État.

Roland Lescure a d’ailleurs insisté sur l’incertitude entourant encore les conséquences de la crise : « Cette crise est extrêmement incertaine dans son impact sur les finances publiques. »

Un gel des dépenses plutôt que des coupes immédiates

Face à cette nouvelle donne, le gouvernement privilégie pour l’heure une stratégie de précaution. Il ne s’agirait pas, à ce stade, d’annuler formellement des crédits, mais de les geler en attendant d’y voir plus clair sur l’évolution du conflit et ses effets économiques.

« On est dans une logique de précaution, on ne va rien annuler, on appelle ça le gel des dépenses, et on peut ensuite dégeler si ça va mieux, c’est qu’on va annoncer aux parlementaires aujourd’hui », a expliqué le ministre de l’Économie.

La ligne de l’exécutif reste inchangée : préserver l’objectif de ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2026. Dans cette logique, toute nouvelle dépense devrait être compensée. David Amiel avait prévenu que « toute dépense publique nouvelle qui pourrait être rendue nécessaire par la crise » entraînerait « une annulation d’une dépense qui était prévue, à l’euro près », afin de « tenir (les) objectifs pour 2026 ».

Ces arbitrages pourraient se traduire, dans les prochains jours, par des gels ou annulations de crédits dans plusieurs ministères.

De nouvelles aides ciblées en préparation

En parallèle de cet effort de discipline budgétaire, l’exécutif ne veut pas couper court aux dispositifs de soutien. « Les mesures de soutien vont se poursuivre au mois de mai », a confirmé Roland Lescure.

Parmi les pistes étudiées figurent des aides en faveur des « gros rouleurs qui utilisent leur véhicule dans le cadre professionnel», un signal adressé à des professions particulièrement exposées à la remontée des prix du carburant. Le Premier ministre doit détailler de nouvelles annonces.

Vendredi déjà, Sébastien Lecornu avait indiqué que le gouvernement « prépar(ait) un prochain paquet d’aides » pour les filières les plus touchées, notamment les agriculteurs, les pêcheurs et les transporteurs routiers. L’enjeu est de contenir l’impact immédiat du choc énergétique sur des secteurs dont les marges sont déjà sous pression.

Bercy sous pression politique

Le comité d’alerte des finances publiques réunit mardi matin à Bercy des parlementaires, des représentants de l’Etat, de la Sécurité sociale, des élus locaux ainsi que des syndicats, autour de plusieurs ministres, dont Roland Lescure, David Amiel, Jean-Pierre Farandou, Stéphanie Rist et Françoise Gatel.

Mais avant même l’ouverture de cette séquence, l’exécutif se heurte à des critiques sur la nature des ajustements envisagés. Le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, Eric Coquerel (LFI), a dénoncé sur X une réponse budgétaire qui, selon lui, ferait porter l’effort sur les ménages plutôt que sur les grands groupes.

« Au lieu de jouer sur les marges de Total, pour bloquer les prix du carburant et d’envisager de taxer les surprofits des grandes entreprises, le gouvernement s’apprête à faire payer les Français via la baisse des dépenses publiques et sociales », a-t-il écrit. Selon lui, cette stratégie aura « un effet récessif garanti sur l’économie, la croissance et les rentrées fiscales. C’est injuste et stupide économiquement », plaidant pour un projet de loi de finances rectificative.

Une ligne de crête budgétaire

L’exécutif avance donc sur une ligne de crête. D’un côté, il cherche à préserver sa crédibilité budgétaire et à tenir ses objectifs de déficit dans un environnement de taux durablement plus élevés. De l’autre, il lui faut amortir un choc énergétique qui fragilise l’activité et alimente les tensions sociales dans plusieurs secteurs.

A ce stade, Bercy parie sur une combinaison de gel des dépenses, de soutiens ciblés et d’arbitrages ministériels. Mais si la crise au Moyen-Orient devait se prolonger, la facture pourrait rapidement dépasser les estimations avancées mardi, contraignant le gouvernement à aller au-delà de simples mesures de précaution

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