- Reçu pendant deux heures et demie par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, Gérald Darmanin a affiché la volonté de Paris et Alger de « renouer la confiance » après près de deux ans de crise diplomatique.
- Coopération judiciaire, criminalité organisée, extraditions et biens mal acquis figurent au cœur de cette séquence de réchauffement bilatéral.
- Une visite pour consolider l’apaisement franco-algérien
La relation entre Paris et Alger poursuit son réchauffement. En déplacement à Alger, le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, a été reçu lundi par le président algérien Abdelmadjid Tebboune pour évoquer les moyens de réparer une relation bilatérale profondément fragilisée par près de deux ans de tensions.
À l’issue de cet entretien de deux heures et demie, le garde des Sceaux a salué un « très long échange » avec le chef de l’État algérien. « On a pu évoquer le travail que nous devons continuer à faire pour renouer la confiance entre deux pays qui se respectent, la France et l’Algérie », a-t-il déclaré.
Arrivé dimanche en Algérie, Gérald Darmanin avait auparavant rencontré son homologue algérien, Lotfi Boudjemaa. Ces réunions marquent, selon le ministère français de la Justice, « la reprise concrète de notre coopération judiciaire opérationnelle » après « deux années d’interruption totale ».
Les discussions ont porté sur plusieurs dossiers sensibles : coopération judiciaire et pénitentiaire, lutte contre la criminalité organisée, demandes d’extradition, mais aussi suivi des affaires liées aux avoirs d’anciens responsables algériens en France.
Criminalité organisée et extraditions au centre des échanges
Le ministre français a notamment évoqué le dossier de la « DZ mafia », cartel criminel originaire de Marseille, ainsi que les trafics de stupéfiants. « Nous partageons avec l’Algérie la difficulté de lutter contre les mafias (…) qui font venir de la drogue et qui touchent particulièrement notre jeunesse, qu’il s’agisse de la cocaïne, du cannabis ou des psychotropes », a souligné Gérald Darmanin.
Le garde des Sceaux a également indiqué que les deux parties avaient échangé « de très précieuses informations » et formulé « un certain nombre d’extraditions », précisant que l’Algérie avait elle aussi adressé des demandes à la France.

Biens mal acquis : Paris et Alger veulent avancer
Autre dossier structurant : celui des biens mal acquis. Gérald Darmanin a indiqué que les autorités algériennes avaient formulé « une centaine de demandes » pour récupérer des avoirs issus, selon Alger, de faits de corruption liés notamment à l’ancien régime d’Abdelaziz Bouteflika.
Le ministre français a invité les responsables judiciaires algériens à se rendre à Paris début juin afin « d’approfondir ces dossiers » et de permettre leur examen par la justice française, en vue d’éventuelles saisies et confiscations.
Le cas Christophe Gleizes abordé avec Alger
Gérald Darmanin a également évoqué le sort de Christophe Gleizes, journaliste sportif français incarcéré en Algérie et condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». De retour d’Alger, le ministre a livré des signaux positifs sur CNews.
« Nous avons été très rassurés par la façon dont Christophe Gleizes est traité », a-t-il déclaré, ajoutant : « Nous avons rappelé qu’il faut rendre Christophe Gleizes non pas à la France, mais à sa mère. » Le garde des Sceaux a dit faire confiance au président Tebboune, estimant qu’il « sera sensible » à cette situation.
Une détente diplomatique encore fragile mais tangible
Cette visite s’inscrit dans une série de signaux d’apaisement entre les deux capitales. Après le déplacement à Alger du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, à la mi-février, puis celui de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, le ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, est attendu à Paris dans les prochains jours.
La reprise des laissez-passer consulaires pour l’expulsion d’individus dangereux vers l’Algérie illustre déjà cette embellie. Leur nombre est passé de zéro à « quelques centaines » ces derniers mois, selon la chancellerie française.
Pour Paris comme pour Alger, la séquence ouverte par cette visite vise désormais à transformer l’apaisement diplomatique en coopération opérationnelle durable.
