- Malgré un trafic mondial attendu en hausse en 2026, les compagnies aériennes voient leurs marges fortement comprimées par la flambée du carburant et les perturbations liées à la guerre au Moyen-Orient.
- L’Iata anticipe un bénéfice net divisé par deux cette année, avec une situation particulièrement critique pour les transporteurs du Golfe.
Le transport aérien mondial traverse une zone de turbulences. En avril, deuxième mois de conflit entre les États-Unis et l’Iran, le trafic passagers a reculé dans toutes les régions du monde, avec des avions moins remplis et des programmes de vols revus à la baisse.
Emirates a ainsi supprimé près d’un vol sur six de son programme de juin en l’espace d’une semaine, signe de la pression exercée sur les compagnies les plus exposées aux tensions au Moyen-Orient.
Pour autant, l’Association du transport aérien international (Iata), réunie en congrès à Rio de Janeiro, table toujours sur une croissance du trafic mondial. Ses 370 compagnies membres, qui représentent environ 85 % du trafic aérien mondial, devraient transporter 5,1 milliards de passagers en 2026, contre 4,98 milliards en 2025, soit une hausse de 2,4 %.
Le fret aérien profite des perturbations maritimes
La guerre au Moyen-Orient pèse sur le trafic passagers, mais elle soutient parallèlement le fret aérien. Les perturbations du transport maritime dans le détroit d’Ormuz poussent une partie des flux de marchandises vers l’avion, plus coûteux mais plus rapide et plus sûr dans un contexte de tensions logistiques.
Cette dynamique contribue à soutenir le chiffre d’affaires du secteur, attendu en hausse de 9 % cette année, à 1.165 milliards de dollars, selon l’Iata.
Des bénéfices divisés par deux
La croissance du trafic ne suffira toutefois pas à préserver les marges. L’Iata anticipe une chute brutale des bénéfices du secteur aérien, qui devraient passer de 45 milliards de dollars en 2025 à 23 milliards en 2026.
« Les perturbations au Moyen-Orient dues à la guerre et la hausse des coûts des carburants ont fait virer les perspectives pour les compagnies aériennes dans le mauvais sens », a commenté Willie Walsh, directeur général de l’Iata.
« Les bénéfices vont se contracter, de 45 milliards de dollars en 2025 à 23 milliards cette année. Et les marges vont se réduire, passant de 4,2 % à 2,0 % », a-t-il ajouté.
Le kérosène pèse sur les billets et les marges
La principale menace vient du carburant. Produit à partir du pétrole, le kérosène subit directement la flambée des cours provoquée par la crise géopolitique. Une partie de cette hausse est répercutée sur les billets, mais les compagnies en absorbent encore une part importante.
« Les compagnies aériennes encaissent la majorité du choc des prix du carburant. Même si les prix des billets augmentent, elles en absorbent encore une partie sur leurs résultats », a souligné l’Iata.
Cette pression pourrait se traduire par de nouvelles hausses tarifaires dans les semaines et les mois à venir, notamment pour les voyageurs d’affaires et les touristes sur les liaisons les plus exposées.
Les compagnies du Golfe en première ligne
Les transporteurs du Moyen-Orient devraient être les plus durement touchés. Alors qu’ils affichaient en 2025 la marge nette la plus élevée au monde, à 9,4 %, ils pourraient basculer dans le rouge en 2026, avec une marge attendue à -6,1 %.
Pour Emirates, Qatar Airways et leurs concurrentes régionales, « le chemin pour se rétablir dans l’immédiat a des chances de passer par des prix avantageux plutôt que par un rétablissement rapide des volumes », estime l’Iata.
À l’inverse, les compagnies européennes devraient devenir les plus rentables, avec une marge nette attendue de 3,1 %, devant l’Amérique du Nord à 2,5 % et l’Asie-Pacifique à 2,1 %.
Les motoristes également pointés du doigt
Au-delà du carburant, l’Iata met aussi en cause les industriels du secteur. Willie Walsh a critiqué les retards de livraison et le manque de fiabilité de certains moteurs, visant notamment les grands motoristes comme Rolls-Royce ou Safran.
Ces difficultés immobilisent des appareils, renchérissent les coûts d’exploitation et compliquent la planification des vols. Pour les compagnies aériennes, elles s’ajoutent à un environnement déjà fragilisé par l’incertitude géopolitique.
Une demande toujours solide
Malgré ces vents contraires, l’Iata ne redoute pas d’effondrement de la demande. L’organisation rappelle que le prix moyen d’un billet d’avion a baissé de 26 % en dix ans, ce qui continue de soutenir l’accès au transport aérien.
Le secteur reste donc en croissance, mais avec une rentabilité nettement plus fragile. En 2026, les compagnies aériennes devraient transporter plus de passagers que jamais, tout en gagnant beaucoup moins sur chacun d’eux
