Roland Lescure envisage une sous-indexation des pensions les plus élevées dans le budget 2027, afin d'associer les retraités aisés à la réduction du déficit. Le ministre de l'Économie assure vouloir protéger les revenus modestes, alors que l'indexation des retraites pèserait environ 6 milliards d'euros en 2027.
| Revalorisation des pensions janvier 2022-janvier 2026 | environ 15 %chiffres avancés par Roland Lescure |
|---|---|
| Coût de l'indexation des retraites en 2027 | environ 6 milliards d'eurosdonnées de Bercy rapportées par Le Monde |
| Hausse totale des dépenses de pension en 2027 | 12 milliards d'eurosen intégrant les nouveaux départs à la retraite |
| Taux de chômage au 2e trimestre 2026 | 8,3 %niveau le plus élevé depuis 2020 |
| Inflation française au plus fort de la crise | n'a pas dépassé 5,9 %contre proche de 10 % dans plusieurs pays voisins |
Le dossier explosif des retraites revient au cœur du débat budgétaire. Dans un entretien accordé à Libération, Roland Lescure a défendu l’idée d’une contribution plus importante des retraités disposant des pensions les plus élevées à l’effort de réduction du déficit public.
« La question de la contribution des retraités aisés à l’effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, mérite d’être posée », a déclaré le ministre de l’Économie et des Finances.
Une position qui confirme que le gouvernement envisage une sous-indexation ciblée des pensions dans le cadre du budget 2027. L’exécutif assure toutefois vouloir protéger les retraités aux revenus les plus modestes.
Une revalorisation inférieure à l’inflation
La sous-indexation consiste à revaloriser les pensions à un niveau inférieur à celui de l’inflation. Elle entraîne donc une diminution du pouvoir d’achat en termes réels, contrairement au principe actuel d’une revalorisation annuelle alignée sur l’évolution des prix à la consommation.
Le mécanisme pourrait être limité aux pensions les plus élevées afin de concentrer l’effort sur les retraités jugés les mieux à même d’y contribuer. Rien n’est cependant encore arbitré. Matignon présente ces différentes options comme de simples pistes de travail soumises à l’examen du gouvernement.
Selon les chiffres avancés par Roland Lescure, les pensions ont été revalorisées d’environ 15 % entre janvier 2022 et janvier 2026. Cette progression nourrit, au sein de l’exécutif, le débat sur la répartition de l’effort budgétaire entre les actifs et les retraités.
D’après les données de Bercy rapportées par Le Monde, l’indexation de l’ensemble des retraites représenterait environ 6 milliards d’euros de dépenses supplémentaires en 2027. La hausse totale des dépenses de pension pourrait atteindre 12 milliards d’euros en intégrant les nouveaux départs à la retraite.
Un sujet à haut risque politique
La perspective d’un gel, même partiel, reste politiquement délicate. Les précédentes tentatives visant à limiter la revalorisation des pensions ont suscité une forte opposition au Parlement et dans l’opinion publique.
Le gouvernement de François Bayrou avait notamment proposé une « année blanche », prévoyant le gel de plusieurs prestations sociales et des pensions. Avant lui, Michel Barnier avait défendu un report de six mois de la revalorisation des retraites. Ces projets n’avaient pas abouti, dans un contexte marqué par la chute successive des deux gouvernements.
L’exécutif espère désormais qu’une mesure ciblée sur les retraités les plus aisés pourrait recueillir le soutien d’une partie de la gauche. Cette dernière réclame néanmoins une répartition plus large de l’effort, comprenant notamment une contribution accrue des hauts revenus et des patrimoines.
La présidentielle pourrait peser sur les débats
Roland Lescure s’attend à des discussions particulièrement tendues lors de l’examen du budget 2027, organisé à quelques mois de l’élection présidentielle. Le ministre redoute que chaque amendement ne devienne un « galop d’essai » pour les candidats déclarés ou potentiels.
Il les appelle à voter « un budget sérieux », quitte à le « corriger quand [ils] seront élus ».
« Je préférerais qu’un budget puisse être adopté par les voies naturelles. Cela s’annonce sans doute plus difficile cette année que l’année dernière, mais pas impossible », estime le ministre. Celui-ci souhaite éviter aussi bien le recours à une loi spéciale qu’à l’article 49.3 de la Constitution.
L’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale et les divisions croissantes à l’approche de 2027 rendent toutefois l’adoption d’un texte budgétaire particulièrement incertaine.
Roland Lescure défend le bilan économique d’Emmanuel Macron
Au-delà du dossier des retraites, Roland Lescure, qui revendique être « au cœur de la Macron-économie depuis 2017 », a défendu le bilan de la majorité présidentielle en matière d’emploi.
Alors que le taux de chômage a atteint 8,3 % au deuxième trimestre 2026, son niveau le plus élevé depuis 2020, le ministre souligne que « 30 millions de Français travaillent aujourd’hui, contre 27 millions en 2017 ».
Il rappelle également que le chômage est resté « en dessous de 7,5 % sans discontinuer entre 2021 et 2025 ». Des résultats qui demeurent néanmoins éloignés de l’objectif de plein-emploi fixé par Emmanuel Macron lors de sa réélection en 2022.
Une protection jugée trop longue et trop coûteuse
Interrogé sur la dégradation des finances publiques, Roland Lescure assume les mesures prises pour protéger les ménages contre les crises successives, notamment lors de la flambée des prix de l’énergie provoquée par la guerre en Ukraine.
« Nous avons choisi de protéger davantage nos concitoyens que d’autres et peut-être que nous l’avons fait un peu trop et trop longtemps », reconnaît le ministre.
Il rappelle que l’inflation française « n’a pas dépassé 5,9 % » au plus fort de la crise, alors qu’elle était « proche de 10 % » dans plusieurs pays voisins. Les dispositifs de soutien ont certes limité la hausse des prix supportée par les ménages, mais ils ont également alourdi les dépenses publiques.
Le gouvernement devra désormais arbitrer entre la nécessité de restaurer les comptes publics et celle de préserver le pouvoir d’achat. La possible sous-indexation des pensions les plus élevées illustre toute la difficulté de cet équilibre, à l’approche d’une échéance présidentielle qui devrait rendre chaque économie plus difficile à faire accepter.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la sous-indexation des retraites ?
La sous-indexation consiste à revaloriser les pensions à un niveau inférieur à l'inflation, ce qui entraîne une diminution du pouvoir d'achat en termes réels des retraités concernés.
Qui serait concerné par la sous-indexation dans le budget 2027 ?
Le mécanisme pourrait être limité aux pensions les plus élevées, afin de concentrer l'effort sur les retraités aisés jugés les mieux à même d'y contribuer. Rien n'est encore arbitré.
Combien coûte l'indexation des retraites en 2027 ?
Selon Bercy, l'indexation de l'ensemble des retraites représenterait environ 6 milliards d'euros de dépenses supplémentaires en 2027, et jusqu'à 12 milliards en intégrant les nouveaux départs.
Quelles mesures similaires avaient été proposées avant ?
François Bayrou avait proposé une « année blanche » gelant plusieurs prestations et pensions, et Michel Barnier un report de six mois de la revalorisation. Ces projets n'ont pas abouti.
